Le piétonnier améliorera-t-il l'attraction commerciale et touristique du centre-ville ?

A l’heure actuelle, pour le touriste et le chaland lambda, visiter le centre-ville se résume bien souvent à fréquenter quelques axes bien spécifiques.

Parfois en slalomant péniblement entre les voitures : la rue de la Madeleine et la place Agora, les Galeries du Roi et de la Reine, la rue Marché aux Herbes, les rues adjacentes à la Grand-Place, la rue des Fripiers, que les férus de shopping « mainstream » prolongeront vers la rue Neuve.

Quant à ceux qui se dirigent vers la Bourse et traversent le boulevard Anspach vers les Halles Saint-Géry, Sainte-Catherine ou le quartier Dansaert, ils devront faire face à un obstacle peu commode : un large boulevard, encombré et peu accueillant, synonyme de nuisances visuelles et acoustiques.

Le phénomène est bien connu. Dans la carte mentale du promeneur, un boulevard est une barrière, qui, à défaut d’être insurmontable, est assez dissuasive… Plusieurs villes, telles Munich, Strasbourg ou Amsterdam, l’on comprit depuis longtemps, et ont aménagé leur centre-ville pour accueillir les promeneurs, touristes, chalands et habitants dans des espaces aérés et vidés de la présence automobile.

A Bruxelles, la piétonisation (prévue pour 2017) du tronçon du boulevard Anspach entre la place De Brouckère et la Bourse, ainsi que d’une série d’autres ruelles à caractère « touristique », constitue une extension d’un périmètre d’une dizaine de rues (le périmètre UNESCO) qui permettra de créer une vaste zone piétonne, la plus grandes d’Europe selon certains.

Au-delà de la mobilité, qui va devoir être repensée en profondeur, un élément indissociable du succès de cette piétonisation repose sur la qualité urbanistique du nouvel ensemble par la création d’espaces publics agréables, confortables et sécurisants permettant la détente, le jeu, la rencontre et pourquoi pas, l’organisation d’événement festifs et culturels. Imaginez-vous prendre un verre confortablement installé en face de la Bourse, sur une grande place dégagée !

La piétonisation peut également se profiler comme l’opportunité d’entamer une réflexion concrète autour de l’ouverture dominicale des commerces (notons qu’ouverture le dimanche ne signifie pas absence de fermeture hebdomadaire), tant pour animer l’espace public que pour permettre aux touristes en city trip le week-end d’effectuer leur shopping plus à leur aise.

Ce projet est en outre l’occasion de reconsidérer le mix commercial – et d’entraver la multiplication parfois problématique des nigthshop - du cœur de la capitale. Car soyons clair : les nouveaux projets de développements commerciaux dans la périphérie bruxelloise mettent en compétition différents pôles de commerces, et le centre-ville a tout à gagner à miser - d’avantage encore - sur ses atouts intrinsèques : un patrimoine d’exception, une offre commerciale et HORECA variée et originale, des activités culturelles dynamiques, le tout dans un périmètre à échelle humaine qui invite à la promenade.

Cet audacieux projet de piétonisation devra bien sûr impérativement s’accompagner d’une série de mesures permettant aux activités économiques de s’épanouir, car derrière la vision idéalisée d’une ville piétonne, c’est toute une logistique, indissociable de l’activité économique, qui demeure : livraisons, parking, desserve des hôtels, accès pour les taxis,… Parler de centre piéton est un raccourci trompeur. Il s’agira en réalité de zones de trafic limité, et d’espaces partagés… mais les modalités ceux-ci restent à examiner en profondeur, en tenant compte des spécificités commerciales et des particularités de chaque rue.

Pour être une réussite, le projet de piétonnier devra donc faire l’objet d’une large et véritable concertation. La période de travaux sera particulièrement délicate et il est à espérer qu’elle ne devienne pas synonyme de déclin de l’activité, par manque de coordination, d’information, de signalétique, tant envers les commerçants qu’envers les usagers, chalands, habitants et touristes. C’est à cette seule condition qu’un projet cohérent et ambitieux verra le jour.

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Cet article vous est proposé par Lise Nakhlé, Conseiller Aménagement du territoire, 05/01/2015.

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