Communiqué de presse - 08.06.2017

Le kintsugi ou l’art de donner une nouvelle vie aux « faillis »

Connaissez-vous le kintsugi ? Né au 15e siècle au Japon, le kintsugi est l’art de réparer les céramiques brisées par un magnifique travail de jointure d’or. L’objet n’est pas restauré à l’identique ; au contraire, le kintsugi utilise le dommage comme une possibilité de changement et d’amélioration, pour donner à l’objet un nouvel aspect, qui le rend unique et lui confère une nouvelle valeur. De même, l’échec entrepreneurial peut être exploité par ceux qui le vivent comme l’occasion d’un nouveau départ, avec de nouvelles armes.     

Telle était l’une des idées développées mardi soir à la Factory Forty, à Bruxelles, lors d’une conférence-débat organisée dans le cadre du programme reStart lancé par BECI (Chambre de Commerce de Bruxelles). « Je suis heureux d’accueillir BECI reStart dans un lieu qui a été conçu sur des valeurs semblables à celles du programme : la bienveillance, le bien-être et la solidarité », a déclaré David Sdika, fondateur de Factory Forty.

Plus de 2000 faillites par an à Bruxelles

60 000 entreprises déposent le bilan chaque année en France. Le chiffre est de 12 000 en Belgique – dont plus de 2000 à Bruxelles. Pour les chefs d’entreprise concernés, le traumatisme est triple (personnel, professionnel et financier) et il est vécu dans un silence total. Parmi eux se trouvent de très nombreux talents. Leur expertise est essentielle pour l'entrepreneuriat et pour la vitalité de l’économie. Mais rien ou presque n'existe pour les aider à rebondir, ce qui est un paradoxe face aux programmes d’encouragement à l’entreprenariat.

En France, l'association 60 000 Rebonds est née de ce constat et de l'expérience personnelle de son président, Philippe Rambaud, invité d’honneur de la conférence de mardi. Créée en juin 2012, 60 000 Rebonds s’est rapidement développée dans toutes les régions en France et compte 17 implantations à ce jour. Elle réunit environ 500 experts de talent, totalement bénévoles, qui soutiennent 300 entrepreneurs post-faillite pour les aider à rebondir plus vite. BECI reStart est son 2e essaimage après l’Italie, avec 100 000 Ripartenze.

Frédéric Rouvez, CEO de la chaîne Exki et parrain de reStart, était également présent pour expliquer les raisons de son engagement : « J’ai fait faillite et j’ai eu la chance de rencontrer quelqu’un qui m’a redonné confiance et m’a permis d’ouvrir de nouveaux horizons. Il avait la conviction que mon échec pouvait apporter quelque chose aux autres et générer une force nouvelle dans l’organisation ». À quand l’émergence de modèles de management où le savoir-être compte autant que le savoir-faire… ?

Valérie Delande, ex-présidente de 60 000 Rebonds à Toulouse, installée à Bruxelles depuis près de deux ans, pilote le projet en adaptant le modèle à la Belgique, avec l’aide d’Eric Vanden Bemden, entrepreneur en rebond recruté pour coordonner le programme BECI reStart. Valérie rêve d’appliquer la technique japonaise du kintsugi aux hommes et aux femmes brisés par les échecs et les traumatismes professionnels, pour les aider à se réparer, pour révéler leurs talents et leur valeur, au travers de leur histoire personnelle. « Pour qu’ils acceptent leurs cicatrices et qu’ils en soient fiers. Pour qu’elles leur permettent de se connaître, de se dépasser, et de reconstruire durablement ». Elle évoque aussi la nécessité d’imaginer de nouvelles sources de financement durables pour appuyer cette force, « qui fera bientôt la fierté et l’honneur de notre économie européenne ».

BECI reStart : la première promotion

ReStart a débuté l’accompagnement de 15 entrepreneurs en post-faillite. Parmi eux, Ines Pires a présenté son histoire avec courage et enthousiasme lors de la conférence : « J’ai fait toutes les erreurs mais je suis souriante parce que j’ai un bébé de 10 mois et parce que je continue à y croire. Malheureusement et heureusement, j’ai fait faillite en octobre 2016. J’ai délégué car j’avais confiance, mais je n’ai pas fait de suivi. C’est de ma faute. Je le paie très cher mais j’ai appris. »

ReStart utilise une méthodologie spécifique, élaborée par 60 000 Rebonds, mixant un accompagnement individuel approfondi (séances de coaching et de mentoring) et des groupes d’échange et de développement (GED) afin de répondre aux besoins de l’entrepreneur en rebond. Objectif : délivrer bénévolement un dialogue proactif bienveillant et exigeant, avec des ressources de la plus grande expertise, cassant ainsi les préjugés sur le bénévolat. Au sein du programme, l’entrepreneur post-faillite n’est pas seulement un candidat au rebond, que les membres aident et accompagnent à réussir, mais aussi une ressource pour les autres entrepreneurs post-faillite. Donner et recevoir, recevoir et donner est le processus continu pour chacun des membres.

Partenaire du programme reStart, l’EMCC fédère des associations nationales de coaching professionnel de 25 pays. L’organisation compte 55 membres à Bruxelles dont 32 coaches accrédités EIA (European Individual Accreditation). Le coaching solidaire fait partie de l’ADN de l’EMCC ; c’est pourquoi ses coaches ont souhaité entrer dans l’aventure de reStart. Une dizaine sont déjà prêts à apporter leur soutien aux entrepreneurs entrés dans le programme, soit de façon individuelle, soit en animant les groupes de co-développement ou les coachings collectifs. D’autres sont attendus. 

Extraits

« L’échec est permis, à condition de mettre toute son énergie à réussir, de travailler sur ses talents pour les potentialiser, et sur ses vulnérabilités pour les minimiser, afin de ne pas répéter les erreurs. » 

« L’estime de soi est un préalable à toute reconstruction personnelle. Le regard des pairs est essentiel au moment où on se sent nul. L’image de soi dépend de ce qu’on lit dans les yeux des autres. »

« L’échec est un moment exceptionnel pour grandir, car on commence à progresser lorsque l’on sort de sa zone de confort. Les cicatrices renforcent la légitimité, comme un général avec ses armées. »

« Attention à ne pas mettre tous les œufs dans le même panier. Une boîte n’est pas son bébé. Il faut soigner les autres centres d’intérêts et avoir un plan B. »

« Aucun patron de grande société n’est seul. Ils sont tous accompagnés (coach, équipes, réseau). Pourquoi un entrepreneur dans une PME devrait-il être seul ? Il faut changer ça. »

(Philippe Rambaud
Fondateur de 60 000 Rebonds)