Une politique régionale en matière de stationnement certes nécessaire, mais quelles alternatives pour les places de parking supprimées ?

Les employeurs bruxellois inquiets concernant la suppression de plus de 60.000 emplacements de stationnement
Les organisations patronales bruxelloises se félicitent du fait que la politique de stationnement dans la Région bruxelloise va être harmonisée, mais sont très inquiets quant à l’absence d’alternatives aux dizaines de milliers d’emplacements de parking supprimés. Le plan régional de politique de stationnement du Gouvernement bruxellois parle en effet de la disparition de 36.000 emplacements sur la voie publique. De plus, il faut aussi tenir compte du code environnemental de ce même gouvernement dans lequel il est question de la suppression de 25.000 emplacements dans les immeubles de bureaux. Étant donné que diverses zones industrielles sont mal desservies par les transports publics et que le RER se fait toujours attendre, l’accessibilité des entreprises est compromise et donc aussi le rôle économique de Bruxelles, soulignent la fédération technologique Agoria, l’organisation patronale BECI, la fédération du commerce et des services Comeos, la fédération de la chimie et des sciences de la vie essenscia Bruxelles et la fédération de l’industrie alimentaire Fevia.

Les employeurs adhèrent à l’objectif d’une politique de stationnement unique pour la Région de Bruxelles-Capitale. C’est plus logique et cela favorise aussi une meilleure politique de la mobilité. Une politique de stationnement uniforme doit toutefois être conçue de manière telle qu’elle contribue à l’attractivité économique de la région. Et c’est là que le bât blesse encore actuellement, estiment les fédérations d’employeurs.

Les projets du Gouvernement se contredisent

Des objectifs réalistes font en effet défaut, en atteste la suppression de quelque 36.000 emplacements non réglementés sur la voie publique. Il s’agit d’emplacements situés en dehors des zones payantes ou bleues. Le plan de politique de stationnement de la ministre Grouwels, au sujet duquel l’enquête publique se termine aujourd’hui, indique que ces emplacements seront en partie compensés par des places de parking dans les bâtiments professionnels.

Mais ce principe est anéanti par le code environnemental de la ministre Huytebroeck. Sous l’effet de ce texte légal (le fameux COBRACE), ce sont 25.000 emplacements de parking supplémentaires qui disparaîtront dans les bâtiments de bureaux. Et la possibilité pour les entreprises de les maintenir s’ils sont ouverts au public est souvent très difficilement applicable. Si nous additionnons le tout, plus de 60.000 places de parking sont vouées à disparaître. Sans oublier les nombreux emplacements réglementés situés dans des zones payantes et bleues qui disparaissent lorsque la voie publique est réaménagée, si bien que le nombre total de places perdues sera vraisemblablement encore plus important.

7 entreprises sur 10 envisagent de quitter Bruxelles en raison du problème de mobilité

Et quelles sont les alternatives à l’automobile ? Une enquête réalisée par la fédération technologique Agoria en 2012 montre que sept entreprises sur dix envisagent de quitter la Région en raison du problème de mobilité. La moitié des entreprises bruxelloises ont alors répondu qu’elles n’étaient pas suffisamment accessibles par les transports publics. La suppression de dizaines de milliers d’emplacements de parking ne semble pas liée à des alternatives au niveau des transports en commun. Il est question de la construction de nouvelles lignes de métro et du développement du RER, mais ces investissements ne seront réalisés que dans dix ans au plus tôt et ont déjà été reportés à maintes reprises. Avant de procéder à la suppression d’emplacements de parking, il faudrait à tout le moins que des alternatives dignes de ce nom soient disponibles. Le baromètre politique de BECI, basé sur une récente enquête auprès de 850 entrepreneurs bruxellois, confirme cette demande d’un traitement rationnel, pragmatique et surtout accéléré des problèmes de mobilité.

Pour un bon développement économique, il importe que les entreprises puissent disposer de suffisamment d’emplacements de parking pour leurs travailleurs, clients et fournisseurs. Afin d’assurer la survie du commerce, il faut aussi que les clients trouvent des places de stationnement non loin des magasins. Les employeurs accueillent dès lors positivement le fait que la Région souhaite prévoir des cartes de dispense pour les entreprises. Il est toutefois essentiel que ces cartes soient mises à la disposition de toutes les entreprises opérant dans la Région et que leur prix soit abordable.

Les communes ont en effet la possibilité d’augmenter les tarifs fixés par la Région. Ceci ouvre la porte à des tarifs prohibitifs qui sont déjà applicables dans certaines communes. Les employeurs proposent des tarifs de 100 euros par an pour les cartes d’entreprise et de 200 euros par an pour les cartes d’intervention, en demandant que toutes les communes respectent ces tarifs pour ainsi ne pas compromettre l’objectif initial d’harmonisation. Ces tarifs correspondent d’ailleurs aux tarifs les plus élevés applicables aux autres utilisateurs. Les employeurs demandent aux communes d’intégrer dès maintenant les dispositions du plan régional dans leurs nouveaux plans de stationnement et de prévoir des zones où le stationnement ne sera pas réglementé à proximité des entreprises.

Bruxelles n’est pas une île

Enfin, les employeurs insistent pour que la Région bruxelloise entreprenne des démarches visant à rechercher, en collaboration avec les autorités de la périphérie, des solutions au problème de mobilité. Ils constatent qu’à de nombreux endroits en périphérie de la Région, il existe peu ou pas d’alternatives à la voiture. La suppression éventuelle de places de stationnement à Bruxelles ne peut se faire que si suffisamment d’alternatives sont prévues à Bruxelles même, mais aussi en périphérie. La bonne accessibilité dans et de Bruxelles revêt en effet une importance capitale pour le rayonnement économique de la Région et du pays tout entier.
 

À propos des fédérations patronales à Bruxelles :

Agoria est la fédération de l’industrie technologique. Dans la Région bruxelloise, l’industrie technologique compte plus de 300 entreprises qui occupent ensemble quelque 31.000 personnes, soit près de 10% de l’emploi dans le secteur privé.

BECI (Brussels Enterprises Commerce & Industry) est issue du partenariat entre la Chambre de Commerce et l’Union des Entreprises de Bruxelles. BECI représente les deux tiers de l'emploi à Bruxelles et compte plus de 35.000 entreprises membres.
 
Comeos est le porte-parole du commerce et des services en Belgique. À Bruxelles, les membres de Comeos sont actifs au sein de dix-huit secteurs qui représentent ensemble 7,5 pour cent du PIB et occupent quelque 60.000 personnes.
 
Essenscia Bruxelles est la section régionale pour la Région de Bruxelles-Capitale de la fédération belge de l’industrie chimique et des sciences de la vie. Elle compte plus de 160 entreprises. Elles occupent ensemble plus de 5.000 travailleurs.
 
Fevia est la fédération de l’industrie alimentaire. Au sein de la Région de Bruxelles, l’industrie alimentaire compte plus de 340 entreprises (boulangeries comprises), qui occupent ensemble environ 3.500 personnes et réalisent un chiffre d’affaires de 1,2 milliard euros.