Communiqué de presse - 24.08.2016

 Complexité des marchés : difficile d'estimer les risques

Depuis la crise financière de 2008, de nombreux efforts ont été mis en place pour diminuer l’opacité des marchés financiers et améliorer les moyens de contrôle des risques. Une étude de chercheurs issus d’universités belge (ULB), américaine, suisse, anglaise et italienne démontre cependant que la complexité des marchés financiers modernes reste un frein critique pour évaluer aujourd’hui avec précision les risques d’une nouvelle crise.

La crise financière et son impact sur nos sociétés ont généré un long et laborieux processus de réforme des marchés financiers. Suite à la crise financière de 2008, de nombreux efforts ont été mis en place pour diminuer l’opacité des ces derniers et améliorer les moyens de contrôle des risques liés à ces marchés. Néanmoins, la nature interconnectée et complexe de ces systèmes constitue un défi technique majeur pour l’estimation des risques de défaut.

Tarik Roukny - IRIDIA, Ecole Polytechnique de Bruxelles, Université libre de Bruxelles
- a participé à une étude pour calculer les probabilités de défauts individuelles et systémiques au sein de marchés de crédit et d’investissement. L’étude rassemble des chercheurs des Universités de Bruxelles, Zurich, Oxford, Columbia ainsi que l’institut de recherche de Lucca, spécialistes de l’économie, de l’ingénierie et de la science de la complexité et parmi lesquels figure notamment Joseph Stiglitz (prix Nobel d’économie 2001).

L’équipe internationale publie le résultat de son étude ce 23 août dans la revue scientifique Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS). Ils y montrent que les estimations de risque peuvent être sujettes à de très larges déviations par rapport aux risques réels dès que les données utilisées contiennent des erreurs de mesure, aussi légères soient-elles. Ainsi, un régulateur pourrait conclure que le marché ne présente pas de risque majeur quand, en réalité, ce même marché est au bord de la faillite globale. L’inverse devient également envisageable: le régulateur déclencherait des alertes de risque inadéquates au vu de la situation réelle du marché.

Les récentes initiatives de collecte de larges données financières et de consolidation du contrôle prudentiel à l’échelle internationale vont dans le sens de l’amélioration de la transparence financière et de la surveillance des marchés. Néanmoins, les résultats de cette étude mettent en évidence que la complexité des marchés financiers modernes, en augmentant la sensibilité des estimations par rapport aux erreurs de mesures, reste un frein critique à la capacité pour les régulateurs d’évaluer avec précision les risques d’une nouvelle crise financière.

The Price of Complexity in Financial Networks, PNAS, 23 août 2016 –
http://www.pnas.org/cgi/doi/10.1073/pnas.1521573113

Contact scientifique :
Tarik Roukny
IRIDIA, Université libre de Bruxelles
Tél. : 02 650 47 26
Email : Tarik.Roukny@ulb.ac.be