Au stade des projets…

Par Marc Decorte Decorte  - 26 janvier 2018 à 08:01 | 254 vues

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« Organiser l’Euro 2020 à Bruxelles présentait un trop grand risque. » Le désaveu, prononcé le mois dernier par Aleksandar Ceferin, le président de l’Union européenne de football, ne pouvait être plus clair. Le championnat d’Europe de foot ne passera donc pas par Bruxelles, capitale européenne, faute d’une infrastructure aux normes internationales.

Bien sûr, on peut émettre des doutes sur le projet d’Eurostadium. On peut se demander s’il fallait vraiment un nouveau stade ; s’il fallait le bâtir à cet endroit et le construire aussi grand. On a même le droit de ne pas aimer le football. Ce n’est pas le débat.

Ce qui est préoccupant, dans ce dossier, c’est que Bruxelles et la Belgique ont pris des engagements qu’elles se sont avérées incapables de tenir. C’est l’image du pays et de la ville qui sont en jeu. La perte de crédit est impossible à chiffrer. Ce que l’on peut chiffrer, par contre, c’est l’impact économique : accueillir quatre matchs de l’Euro 2020 aurait entraîné, au bas mot, 80 millions d’euros de retombées positives pour notre économie– à commencer par 240.000 nuitées d’hôtel.

Ce qui est préoccupant, c’est une certaine incapacité à mener de grands projets en Belgique. On pourrait en citer d’autres : le RER, dont les prémisses remontent au début des années 1990, ne sera pas achevé avant 2027. Le métro nord, en projet depuis 50 ans, devait entrer en service en 2025 mais vient de prendre trois ans de retard – et d’aucuns semblent vouloir le remettre en cause. La Palais de Justice est couvert d’échafaudages depuis 35 ans…

Pourquoi donc, une fois la décision prise, sommes-nous incapables de la mettre en œuvre ?

La complexité institutionnelle belge et l’émiettement des compétences font certainement partie des causes. Cette dilution des responsabilités impose une concertation permanente qui fait la force du système belge, mais qui est aussi sa faiblesse tant elle retarde les décisions et leur application.

On pourrait aussi pointer les lenteurs administratives, mais aussi les lenteurs judiciaires, quand le moindre recours introduit par un particulier (et c’est son droit incontestable) peut entraîner des années de retard sur un chantier d’intérêt public. Sans oublier une certaine culture bureaucratique, quand un chemin vicinal enfoui sous 4 mètres de remblai, que plus personne n’a emprunté depuis un quart de siècle, et qui n’a plus d’autre réalité que sur plan, empêche la délivrance d’un permis.

L’échec du stade national est cuisant. Espérons qu’il ait au moins une vertu pédagogique. Parfois, le fiasco est nécessaire pour provoquer une prise de conscience, une remise en question et un changement de mentalité.

Car des projets, nous sommes toujours capables d’en réaliser. Train World ou le Musée Magritte sont de ceux-là. Deux projets qui ont connu leur lot de difficultés, qui ont impliqué divers partenaires, publics et privés, mais qui ont abouti. Qui ont permis de mettre en valeur un patrimoine belge et qui ont renforcé l’attractivité de Bruxelles. Inspirons-nous plutôt de ces exemples-là.

 

 

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