Ray Kurzweil et la Singularité

Par Giles Daoust (Daoust) -  - 26 janvier 2018 à 11:01 | 267 vues

Giles Daoust

Pour cette première chronique dans Bruxelles Métropole, je voudrais vous parler d’un livre : The Singularity Is Near, de Ray Kurzweil.

Comment présenter Kurzweil ? Futuriste, écrivain, figure emblématique du transhumanisme ? Cadre chez Google depuis 2012 ? Stephen Hawking de la technologie ?

Dans The Singularity is Near, Kurzweil fait un exposé extrêmement détaillé et scientifiquement étayé, de l’évolution future de ce que l’on appelle en français les NBIC : Nanotechnologie, Biotechnologie, Informatique, et sciences Cognitives :

  • Informatique : Kurzweil prédit leur évolution fulgurante dans les prochaines décennies, avec pour événement majeur la Singularité, soit la création d’une intelligence artificielle (IA) immensément plus puissante que toute l’intelligence humaine réunie. À partir de la Singularité, l’intelligence machine à disposition de l’homme sera telle que des problématiques totalement insolubles jusque-là (vaincre le cancer…) seront adressées dans les décennies qui suivent. D’autant plus que cette nouvelle intelligence aura la capacité de s’améliorer elle-même, acquérant donc des capacités exponentielles.
  • Sciences Cognitives : la connaissance du cerveau humain et de son fonctionnement évoluera aussi fortement (notamment grâce à l’IA), jusqu’à ce que l’on puisse même interfacer le cerveau et la machine. On pourra donc à terme interagir avec la machine par simple pensée, augmenter ses capacités intellectuelles grâce à elle, et surtout un jour, downloader son esprit dans la machine. Elon Musk (Tesla, SpaceX) vient de lancer la start-up Neuralink dans ce but précis, et Facebook travaille dessus également.
  • Robotique : son évolution permettra de remplacer de plus en plus de parties de son corps par des équivalents artificiels. Un jour peut-être… toutes les parties.
  • Biotechnologies : on progressera dans l’analyse du génome humain, les organismes génétiquement modifiés, la réparation de gènes abîmés ou malades, voire le remplacement de gênes.
  • Nanotechnologies : au lieu de médicaments, ce seront un jour des « nanobots » ou « nanites » (robots intelligents microscopiques à l’échelle moléculaire) qui viendront « réparer » nos corps, déboucher une artère, reconstruire un foie (à l’aide de matériaux organiques ou artificiels). Ils évolueront en permanence dans nos corps pour les réparer, les améliorer, voire même un jour… les remplacer ?

 

L’aboutissement des théories transhumanistes, c’est la conjugaison de toutes les sciences ci-dessus, avec pour résultat la possibilité de transférer l’esprit humain, marié à l’IA, dans un corps artificiel, qu’il soit robotique ou composé de « nanites ». Autrement dit, et à long terme : la « fusion » de l’homme avec la machine, peut-être jusqu’à l’échelle moléculaire.

Ray Kurzweil prétend que ceci pourrait se produire… avant la fin du 21e siècle. Évidemment, cette prédiction a l’air complètement folle aujourd’hui. Il le dit lui-même. Mais Kurzweil s’appuie sur le postulat que la Singularité est proche : cette intelligence artificielle serait d’une puissance telle qu’elle accélèrerait de manière exponentielle les découvertes scientifiques de l’humanité. Cette Singularité, Kurzweil pense qu’elle pourrait avoir lieu aussi tôt que… 2045.

Alors ? Complètement irréaliste ou peut-être possible ?

Même si Kurzweil se trompe de quelques décennies, quelle importance ? Lorsqu’on se plonge dans The Singularity is Near, cela donne une irrépressible envie de se mettre à penser à très long terme, de se demander quel sera le monde de nos petits-enfants.

Il y a 20 ans le GSM était une nouveauté, que beaucoup considéraient comme un gadget futile. Il y a 10 ans l’iPhone était inventé, et il a révolutionné notre quotidien. Alors à quoi ressemblera la technologie dans 30 ans… ?

Quoi qu’on en pense au final, lorsqu’on lit ce livre, on réfléchit, on imagine, on rêve. Et il est inutile de dire que les implications économiques et politiques d’une telle théorie sont immenses. À quoi ressemblerait une entreprise dans un tel univers ? Et une école ?

Partager