Transformation digitale : vos employés aussi sont concernés !

Par Gaëlle Hoogsteyn  - 30 janvier 2018 à 14:01 | 306 vues

©Thinkstock

L’expression « transformation digitale » est sur toutes les lèvres. Au-delà du buzzword, la transformation digitale recouvre une réalité cinglante qui va bousculer les entreprises, surtout celles nées au siècle dernier. D’un point de vue commercial, bien sûr, mais aussi sur le plan des ressources humaines. Enquête et témoignages.

C’est un fait établi : avec la transformation digitale, les habitudes et attentes des consommateurs changent. Les entreprises doivent s’adapter et « numériser leur business » pour rester compétitives. Ceci vaut aussi aussi en interne : l’organisation de l’entreprise doit changer et la gestion du personnel est l’un des domaines les plus touchés.

Face à ce constat, le Club DRH de Beci a organisé, fin 2017, un petit-déjeuner débat sur ce thème. « La mutation annoncée par la transformation digitale soulève bien des peurs et interroge l’entreprise en profondeur », explique Erick Thiry, coordinateur de Club DRH. « C’est pourquoi nous souhaitons mettre ce thème au cœur des discussions et des échanges organisés par le Club DRH. »

La réalité derrière la transformation digitale

Que recouvre précisément ce terme de « transformation digitale » ? Est-elle vraiment là ? Pour Reggy Degen, CEO de YoumanCapital et professeur à la Solvay Business School, le terme recouvre deux volets : l’un commercial et l’autre, humain. Et selon lui, aucune entreprise ne pourra échapper à cette transformation : « Le processus est déjà en cours, on ne peut pas revenir en arrière. Les entreprises vont donc devoir s’adapter… ou se préparer à des temps très critiques. »

Actuellement, toute une série de petites entreprises pensent pouvoir tirer leur épingle du jeu parce qu’elles sont locales. Elles ne se sentent pas concernées par la numérisation, ou du moins pas tout de suite. « Mais elles se trompent… », assure Reggy Degen. « Les clients finiront par demander à l’entreprise de se transformer. Ils ne s’intéresseront à ses services que s’ils sont accessibles via un chemin digital. Ils voudront commander en ligne et recevoir un reporting digital », illustre-t-il.

transformation digitale et les ressources humaines

Reggy Degen, CEO de YoumanCapital

« Les clients finiront par demander à l’entreprise de se transformer. Ils ne s’intéresseront à ses services que s’ils sont accessibles via un chemin digital. »

 

Un marché national qui s’assèche

Pour notre expert, le monde dans lequel nous vivons est devenu un monde « vuca » (Volatility, Uncertainty, Complexity et Ambiguity). 30 % des consommateurs achètent leurs produits sur le web. « Et 9 de ces achats sur 10 ne seront pas effectués en Belgique », ajoute-t-il. En effet, des entreprises étrangères sont capables d’arriver très rapidement devant notre maison, ouvrant ainsi les portes d’un monde où le consommateur ne doit même plus sortir de chez lui. « Le consommateur ne se rend pas compte qu’il ne fait pas un achat ‘belge’ et assèche sans le vouloir le marché local. »

Les digital natives au travail

La transformation numérique a aussi un impact important sur le fonctionnement des entreprises, notamment sur les ressources humaines. Reggy Degen pense, en particulier, à l’arrivée sur le marché du travail de la génération Z. Ces digital natives, comme on les appelle, ont un mode de fonctionnement différent. Ils sont dans « l’ici et maintenant ». Ils veulent une réponse à tout, tout de suite, et souhaitent qu’on les écoute. Les entreprises doivent donc mettre en place une gestion des ressources humaines et des conditions de travail, de mobilité, d’horaires… qui sont en adéquation avec leurs attentes. « La population qui rentre sur le marché du travail est beaucoup plus volatile, moins loyale et fidèle envers son employeur qu’avant. Les jeunes travailleurs ont besoin d’être managés différemment. Ils n’acceptent plus de recevoir des ordres sans explications. Le management doit passer de directif à collaboratif. »

Des compétences très vite obsolètes

Par ailleurs, la validité des compétences d’un collaborateur est de plus en plus courte. Autrefois, on obtenait son diplôme et on utilisait les mêmes techniques/outils pendant 20 ans. Dans un monde « vuca », les compétences acquises par les travailleurs deviennent de plus en plus vite obsolètes. Leur durée de vie n’oscille aujourd’hui plus qu’entre 3 et 5 ans. Et Reggy Degen d’expliquer que cela aura deux conséquences : « D’une part, les managers vont avoir de moins en moins de légitimité à être patron. La nouveauté, la création… ne viendront plus forcément d’eux. Comme ils auront de moins en moins de légitimité, il vont devoir travailler davantage sur leur objectivité. Les managers ne resteront crédibles et respectés que s’ils arrivent à être objectifs. » 

D’autre part, les entreprises devront s’appuyer sur leur seul vrai capital : les compétences de ses employés (et non les employés eux-mêmes). « Beaucoup d’entreprises n’investissent pas dans le développement des compétences de leurs employés. Elles ne réalisent pas qu’elles se tirent elles-mêmes une balle dans le pied, car si leurs employés ne mettent pas leurs savoir-faire à jour, ils finiront par être dépassés et une perte de productivité s’en suivra », déclare notre expert.

Quelles pistes de solution ?

Il est heureusement encore possible de prendre le train en route et d’aller vers la transformation digitale. Reggy Degen évoque quelques pistes de solutions…

« Sur le plan commercial, la première chose à faire est d’avoir une vision. Quelle image je veux donner de mon entreprise ? Est-ce que je veux me positionner comme le petit plombier du quartier ou comme un plombier qui vous dépanne dans les 8 heures, quel que soit votre problème ? », illustre-t-il. Ensuite, les entreprises doivent s’assurer que leur organisation est, au moins, en train de se transformer et de se structurer en fonction de cette transformation digitale. Les questions à se poser sont nombreuses… Quelle est la place de ma société sur le web ? Comment suis-je référencé ? Quelles actions dois-je entreprendre ? « Tout cela doit faire partie d’une réflexion marketing et commerciale stratégique. Les entrepreneurs doivent arriver à ce que leurs pratiques de vente soient en adéquation avec le monde du 21e siècle. »

Sur le plan des ressources humaines, Reggy Degen conseille de prendre la voie de la gestion collective des talents. « Les managers doivent devenir des conseillers en talents. Il ne faut plus regarder uniquement les performances des collaborateurs mais les voir dans leur globalité. Quel est mon capital humain et comment le développer ? Dans les petites sociétés, ce n’est pas toujours facile. C’est pourquoi, constituer des groupes de DRH et organiser des rencontres (réelles ou virtuelles) permet de réfléchir ensemble et de s’aider mutuellement sur la façon de résoudre les problèmes », conclut-il.

Intéressés par la rencontre des Ressources Humaines et de la technologie? Dans ce cas, la réalité virtuelle comme outil de recrutement devrait vous plaire.

L’avis des DRH

« La transformation digitale a eu un double effet chez Edenred. Tout d’abord, nos produits ont changé. Les chèques-repas, notre produit-phare, sont aujourd’hui distribués uniquement de façon électronique via une carte. Nous avons donc dû revoir en profondeur notre façon de travailler et nos procédures. Le développement des systèmes informatiques, d’applications et de solutions numériques a pris une place beaucoup plus importante dans notre organisation. Cela a impliqué le recrutement de nouveaux profils. D’autre part, au niveau des ressources humaines, nous travaillons maintenant essentiellement autour de projets. Nous avons remplacé les descriptions de fonction par des missions, ce qui correspond mieux aux attentes de la nouvelle génération de travailleurs. Notre management est devenu plus collaboratif et nous investissons beaucoup dans la formation continue des employés. »

Alain  Jonet, HR and Public Social Programs Director chez Edenred

 

« Au niveau de l’organisation du travail, la digitalisation a eu de nombreux effets positifs. Elle nous a entre autres permis de désencombrer nos espaces, de libérer nos équipes de nombreuses tâches administratives et de mieux organiser nos flux de travail. Grâce à cette nouvelle manière de travailler, nous disposons de plus de temps pour repenser les formes d’apprentissage tel que les classes inversées, la vidéo… »

Isabelle Marchal, HR Manager chez TeamPower

 

« Au jour d’aujourd’hui, la numérisation des entreprises est obligatoire. Tout le monde doit s’adapter rapidement (l’enseignement, la médecine, les RH ….). C’est une question de compétence et de survie de l’entreprise. Le numérique détruira inévitablement certains emplois, mais il en fera aussi émerger de nouveaux. En tant que DRH, nous devons tenir compte de cette numérisation pour repenser l’organisation du travail, ses modalités, ses dynamiques et sa flexibilité. Le défi est de taille, mais les perspectives sont immenses ! »

Caroline Jacob-Steyt, HR & Finance Manager chez Progentis SA

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