Bruxelles, la ville qui se trompe

Par Guy A. Delhaye  - 16 février 2018 à 11:02 | 233 vues

Guy Delhaye

Dans le cadre du débat sur la mobilité à Bruxelles, un lecteur nous a fait parvenir cette carte blanche, que nous publions dans son intégralité.

Là où il nous faudrait de la mobilité, on cul-de-sacalise, on sens-interdit. Alors que le commerce à Bruxelles périclite, on verbalise à tour de bras, on flique les parkings, on les complique aussi (malheur à celui qui n’a pas une carte de banque en poche), on les raréfie ou, bardaf !, on les supprime. Bref, on pourchasse, on dégoûte le client motorisé. Côté pollution, on provoque inutilement d’énormes émissions de CO2 en déviationnant à n’en plus finir, en ne synchronisant pas les feux de signalisation, en embouteillant sciemment un nombre de plus en plus réduit d’artères concentrant ainsi tout le trafic aux mêmes endroits aux mêmes heures. Et on fait croire qu’il y a de plus en plus de voitures en ville… Que nenni ! Sans en avoir l’air, on maltraite Bruxelles, on la désertifie, on l’appauvrit.

Il est pourtant simple d’imaginer qu’une mobilité accrue favorisera le retour des citoyens-clients dans le centre de la ville, qu’une politique des tarifs de parking adaptés à la longueur des véhicules est de nature à encourager l’usage en ville des petites voitures moins encombrantes, mais aussi et surtout moins polluantes. La perte de temps à chercher une place de parking dans un imbroglio de sens interdits et de rues fermées à la circulation fait perdre de l’argent à tout le monde, conducteurs et commerçants sans distinction. Et encore, c’est sans prendre en compte l’impact sur la santé tant physique que psychologique. La fatigue et la morosité ont leur prix… fort.

Osons favoriser la circulation des véhicules dans Bruxelles. À la condition que ceux-ci soient petits, peu polluants et de puissance acceptable. Il n’est pas normal qu’un Hummer paye le même montant pour stationner qu’une Smart qui est moitié moins longue. Que ce tout-terrains en pleine ville ne soit pas surtaxé pour pollution abusive et inutile, laisse songeur. L’argument (honteux) que les grosses cylindrées rapportent plus à l’État, est faux. La santé des citoyens, tant au niveau des poumons de chacun que des nerfs des en retard, ou que de ma tension artérielle perso, coûte des fortunes. « Véhicules plus courts » veut également dire multiplication des places de parking sur un espace identique.

Les suggestions qui pointent le bout du museau au travers de ces lignes vont évidemment soulever d’autres lièvres, comme celui du choix des voitures de société qui semblent devoir être les plus imposantes possible. Pensez aussi au tollé que déclencherait dans un premier temps l’obligation pour les camions de livrer la nuit, la ville leur étant fermée pendant la journée (comme dans la Rome antique). Peut-être cela (re)lancerait-il le ferroutage, le transport par voie d’eau, avec la conséquence bénéfique d’une multiplication de livraisons par camionnettes nettement moins encombrantes, moins chères et moins polluantes. Dans le même ordre d’idées, quand va-t-on mettre en service de plus petits bus sur les lignes secondaires ou aux heures où les passagers se font rares ? Combien de fois ne voit-on pas dans la lumière blafarde d’une soirée un seul et unique passager dans un bus articulé ? Les économies à l’achat et au ravitaillement en carburant des camionnettes et des bus légers compenseront l’embauche de conducteurs supplémentaires, de personnel d’entretien… L’emploi, lui aussi, en sortira gagnant.

Le service à la population doit être le maître mot de nos hommes et femmes politiques. Il est archi temps de se retrousser les manches, de travailler avec bon sens à la qualité de la vie des citoyens et à la bonne santé des affaires dans Bruxelles. Comme disent les militaires, qui ponctuent nos rues, en situation difficile « On bouge ! ». De préférence dans le bon sens, il y va de notre survie.

Guy A. Delhaye,

Fondateur de Bis Repetita

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