European Sport Academy : Jacques Borlée lie le sport et l’innovation

Par Victor Lepoutre  - 16 février 2018 à 14:02 | 333 vues

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Ancien sportif de haut niveau, père et coach de quatre athlètes de niveau international, Jacques Borlée est aussi conférencier. Il parcourt le monde afin de partager la recette de sa réussite sportive avec le monde de l’entreprise. Il a également le projet de lancer l’ European Sport Academy à Bruxelles. Pour lui, il faut y trouver davantage de coaches privilégiant l’émotionnel à l’intellectuel.  Rencontre.

 

Innover pour avancer

Bruxelles Métropole : Quel lien entre le monde de l’entreprise et celui du sport ? 

Jacques Borlée : Pour qu’il y ait un lien, il faut que l’entraîneur soit également un coach ou un mentor. Il faut qu’il ait une vision, c’est impératif. Il faut aussi créer une équipe soudée, car on ne gagne pas tout seul. Et il faut que les missions concernant l’ambition et l’innovation soient bien définies. Mais le plus important dans le domaine sportif, et ce qui n’est pas toujours réalité dans le domaine de l’entreprise malheureusement, c’est de donner de la considération, c’est-à-dire donner un influx. Il faut également tenir l’ambition dans le temps. Et, dans l’entreprise comme dans le sport, il faut garder les pieds sur terre.

Cette vision est-elle le résultat de votre expérience personnelle ? 

Quand j’étais sportif, j’étais tout le temps dans l’innovation, et j’avais de l’avance dans beaucoup de domaines, que ce soit la diététique, la survitesse, etc., qui étaient importants et dans lesquels je ne me sentais pas suivi. J’avais l’impression que je ne pourrais pas y arriver. J’ai donc eu une bonne petite carrière internationale, mais je n’étais pas au top niveau, même si j’ai fait les Jeux Olympiques et une deuxième place aux championnats d’Europe. En plus de cela, ce qui me frustrait énormément, c’était tout l’aspect dopage qui était assez important à l’époque – et qui le reste d’ailleurs maintenant.

J’ai donc beaucoup travaillé avec la technologie et l’innovation pour aller chercher la sensation. On vous fait bouffer de l’analyse, mais le sport de haut niveau, c’est avant tout de la sensation. Dans le monde du sport, il faut savoir gérer le cerveau à des vitesses vertigineuses ; il est vraiment capital de pouvoir travailler la sensation par le schéma corporel, la coordination, l’harmonisation du corps, les yeux, et le cerveau ! Le sentiment de fierté est également très important pour faire ressentir cette sensation, aussi bien dans le sport que dans l’entreprise. Avoir un beau stade, avoir un beau parlement, avoir une belle entreprise : il faut que l’employé soit fier d’appartenir à son entreprise, qui a une image, qui a les valeurs qu’il défend. Il faut créer le calme et la sérénité et pour cela avoir beaucoup d’empathie, créer la réciprocité et être dans la clarté, puis s’engager. Et puis, il faut qu’on sente cette ambition et cette innovation, et ne pas oublier le positivisme.

 

Bruxelles accueille l’ European Sport Academy

Retrouve-t-on ces valeurs dans le sport à Bruxelles?

Quand on veut démolir un stade et tuer un mémorial Van Damme pour organiser une coupe d’Europe de foot en Belgique, on fait chuter les notions de fierté. C’est un réel souci, car le stade Roi Baudouin fait rêver un jeune d’Ostende comme un jeune d’Arlon. Quand l’un ou l’autre arrive dans ce stade, il y a un effet subliminal. Le fait que le monde politique amène l’espoir d’aller dans ce stade avec le Mémorial Van Damme, c’est important. Il ne faut pas toujours tout donner pour le foot. Ce n’est pas le chemin à suivre, et en plus, cela a échoué. Il faut construire un stade multisports pour permettre à nos jeunes de s’exprimer et d’accomplir leur rêve.

Votre projet de lancer l’ European Sport Academy , à Bruxelles, répond-il à cette envie d’avoir des infrastructures sportives qui font rêver ? 

La première fonction de l’ European Sport Academy , c’est d’être un centre européen de la haute technologie. Le but est de réunir les gens dans la capitale belge et européenne. Il y a de la technologie dans les domaines de la neuroscience, et le travail des muscles dans les universités bruxelloises, que vous ne trouverez nulle part ailleurs. On pourrait diffuser cette connaissance et donner de l’espoir à nos jeunes en leur disant que nous avons un centre de la haute performance multisport, où nous allons amener des techniques exclusives. Ces techniques existent, mais il faut pouvoir les réunir dans ce centre et avoir un lieu où l’on peut se rassembler, se former. Ce centre peut aussi être bénéfique face à trois grands défis de la société : l’obésité, le burn-out et les maux de dos. La connaissance que nous y créerons pourra ensuite être transférée dans le monde de l’entreprise et dans le coaching. Ce centre de haut niveau pourra permettre à plein de coaches de se réunir pour diffuser l’info, coacher les gens, les aider à supporter le stress ainsi que leur apprendre à avoir un mode de fonctionnement performant.

Où en est le projet ?  

L’étude faite avec Besix a été diffusée fin janvier. C’est une grosse étude sur ce que doit être un centre de haut niveau pour être performant. Bientôt, nous nous réunissons avec les politiques pour décider de ce que nous allons faire dans un futur très proche. On avance très lentement, mais on commence à être écoutés grâce à notre obstination et grâce à la force de l’équipe, dont font partie le Comité olympique, le président du RSC Anderlecht, le directeur du Mémorial Van Damme, le recteur de la VUB et plusieurs chefs d’entreprise.

« La première fonction de l’ European Sport Academy , c’est d’être un centre européen de la haute technologie. »

 

Travailler le quotient émotionnel

Vous êtes aussi conférencier, quels sont les thèmes que vous abordez ?

Je parle beaucoup du cerveau, et de tout notre mode de fonctionnement, de l’harmonisation du corps et du cerveau. Quand on montre des belles choses, on crée un reset positif dans le cerveau ; et quand on a un traumatisme ou un choc émotionnel négatif, on revient avec ce reset négatif et on ne s’en sort pas. J’explique donc tout cela ; comment on stimule le reset positif et comment passer en 48 h du négatif au positif. Je fais d’ailleurs beaucoup de team building sur ce sujet. Dans notre société, on ne travaille que le QI. Il est plus que temps que l’on travaille le QE, le quotient émotionnel. J’ai beaucoup travaillé là-dessus et cela me permet de coacher mes enfants et de faire des résultats mondiaux depuis plus de dix ans.

Pensez-vous avoir une méthode managériale différente d’autres chefs d’entreprise ? 

Le moment clé pour moi, c’est 1999, quand j’ai été rencontrer la Juventus de Turin et que je leur ai demandé pourquoi ils revenaient toujours au top niveau. Ils m’ont dit que, tous les mois, ils réunissent des experts et leur demandent de donner leur point de vue sur l’aspect médical, sur la diététique, sur l’image du club. Ces experts n’ont pas de relations directes avec le conseil d’administration ou avec les bénéfices du club. Je me suis mis, moi aussi, à consulter des experts et des chefs d’entreprise pour me guider dans mes décisions et mes intuitions, et pour pouvoir les confronter. Quand vous allez vers ceux qui gagnent, ils sont souvent très honorés qu’on vienne les trouver, et ensuite, ils vous donnent avec grand plaisir leur mode de fonctionnement. Dans la réussite, que ce soit dans le sport ou dans le monde de l’entreprise, vous retrouvez toujours les mêmes modes de fonctionnement.

 

Le coaching pour former les chefs d’entreprise de demain

Les sportifs de haut niveau et les chefs d’entreprise ont-ils des points communs ? 

Oui : les ondes cérébrales alpha et beta. Ce sont les ondes à performance que l’on trouve à la fois chez les sportifs de haut niveau et chez les chefs d’entreprise et qui leur donnent cette particularité de pouvoir fonctionner dans une concentration intense, mais aussi dans un très grand relâchement. Par exemple, un bon conseil d’administration se passe dans la détente ; alors, on construit, on est créatif. Si on est dans l’énervement et qu’il n’y a pas de calme et de sérénité, la réunion se passe mal et n’est pas performant. Le sportif peut donc devenir un bon chef d’entreprise s’il suit de bonnes formations de coaching et de mentoring, mais sa formation de base est déjà excellente.

Le monde doit former de plus en plus de coaches. Les professeurs doivent devenir des coaches, et arrête de simplement « donner » leur savoir. Tous ces aspects de considération, de positivisme, le savoir-écouter, la clarté et la réciprocité vont devenir quelque chose de déterminant dans la formation.

 

 

« Le monde doit former de plus en plus de coaches. Les professeurs doivent devenir des coaches, et arrête de simplement ‘donner’ leur savoir. »

 

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