Se garer à Bruxelles ? Finissons en avec ce calvaire !

Par Cédric Lobelle  - 20 février 2018 à 08:02 | 610 vues

Les premiers panneaux de téléjalonnement ont fait leur apparition à Bruxelles.

Les attentats et le blackout d’abord, les tunnels fermés ensuite, des travaux ici et là qui durent, l’aménagement du piétonnier, le nombre de stationnements en voirie qui régresse… La mobilité bruxelloise en a pris un coup, avec des conséquences sérieuses sur la fréquentation des parkings. Se garer à Bruxelles reste une problématique pour laquelle les solutions sont mal mises en place. 

Le téléjalonnement est un système de panneaux statiques et dynamiques orientant les automobilistes vers les parkings disponibles. Son implémentation est supposée arrondir les angles, mais on semble encore loin du compte. Selon Beci, cette problématique peut s’analyser sous trois angles. La politique de stationnement en général, les réglementations restrictives et les parkings de dissuasion.

Top difficile pour les employés de se garer à Bruxelles

Ischa Lambrecht (Beci)

« Il existe un plan de stationnement Iris2, mais sa mise en place est laborieuse », explique Ischa Lambrechts, conseiller mobilité chez Beci. « Depuis quelques années, certaines communes ne délivrent plus de cartes de stationnement aux entreprises. Par ailleurs, en dix ans, 28.000 places de stationnement en voirie ont été supprimées dans la Région, suite à divers réaménagements, transformations d’infrastructures, etc. Nous comprenons l’objectif d’améliorer les espaces publics pour les autres usagers. Mais le plan prévoyait en compensation la création de stationnements alternatifs. On les attend toujours. »

Autre point problématique : la réglementation liée au stationnement hors voirie dans le cadre du Cobrace (code bruxellois de l’air, du climat et de la maîtrise de l’énergie), qui prévoit notamment de diminuer le nombre de places dans les parkings d’immeubles de bureau, « mais aussi ceux loués par les entreprises dans les immeubles voisins. Une réglementation trop restrictive. C’est assez radical et décourage les entreprises », poursuit Ischa Lambrechts.

Bref, tout semble fait pour dissuader les navetteurs et les clients « motorisés » de venir en centre-ville. « L’idée des autorités est de pousser les plus motivés, et ceux qui n’ont pas le choix, à utiliser les transports en commun à partir des parkings de dissuasion et de transit. Mais là aussi, il y a des grosses insuffisances. D’une part, il manque de connexions faciles et régulières depuis les parkings de dissuasion ; d’autre part, ces derniers ne sont pas assez nombreux, et sont d’ailleurs souvent utilisés par les riverains. Des projets existent, mais ne bougent pas assez vite à notre sens. »

Le téléjalonnement : trop lent

Et le téléjalonnement là-dedans ? Un petit pas dans la bonne direction, selon le conseiller mobilité de Beci. « C’est un dossier très ancien, on y pense depuis 20 ans. Les premiers panneaux statiques et dynamiques ont été installés en 2017, mais ils n’indiquent pas encore le nombre de places disponibles de tous les parkings mentionnés et la majorité attend encore dans les dépôts. La mise en œuvre est trop lente. C’est dommage car le téléjalonnement permet de trouver plus vite un parking, ce qui fluidifie la circulation. Il peut également contribuer à l’attractivité du piétonnier : plusieurs études démontrent que le succès des zones piétonnes tient notamment au fait qu’on puisse accéder et stationner facilement aux alentours. »

Environ 30 % des conducteurs circulant dans les rues bruxelloises sont aujourd’hui à la recherche d’un emplacement où se garer à Bruxelles , selon Parking.brussels, l’agence du stationnement de la Région bruxelloise, qui veille à son harmonisation et à sa simplification. Elle est entre autres chargée d’implanter le téléjalonnement.

« Nous avons installé une bonne cinquantaine de panneaux statiques et dynamiques en 2017. C’était la première phase », explique François Robert, porte-parole de Parking.brussels. « Pour l’instant, nous ne pouvons qu’indiquer la direction des parkings. La seconde phase, c’est de mettre en place un véritable système incluant les parkings de transit de la Région et permettant le décompte des places libres, comme à Brussels Airport. Mais je ne suis pas en mesure de vous dire quand elle pourra démarrer. Car la gestion du téléjalonnement est actuellement couplée, au sein d’un marché public, à un système d’enlèvement des voitures. Il faut donc un nouveau marché public, qui est en cours de rédaction. »

Roland Cracco (Interparking)

Les exploitants de parking trouvent, eux, le temps long. Roland Cracco, le CEO d’Interparking, approuve évidemment le principe et la mise en place du téléjalonnement, mais… « On a trop attendu. Les tableaux dynamiques sont maintenant dépassés, des années après leur achat. Il n’y a pas assez de caractères pour indiquer clairement les noms des parkings et leur direction. Une bonne idée, mais une mauvaise mise en œuvre. La solution ? Acheter des panneaux modernes, digitaux. Se ressaisir, se coordonner, s’inspirer de villes comme Anvers, Bruges et Gand, qui ont fait ça vite… et bien. »

 

 

Une application mobile en soutien

Julien Vandeleene (Bepark)

BePark, par contre, se sent un petit peu moins concernée par la question. La société concentre son offre de stationnement en périphérie avec un système d’abonnement à la carte, destiné principalement aux employés qui y laissent leur voiture avant de prendre les transports en commun,  « Nous sommes en faveur du téléjalonnement, évidemment », précise Julien Vandeleene, administrateur délégué. « Mais il concerne surtout une clientèle qui ne doit pas forcément anticiper ses déplacements vers le centre, contrairement à la nôtre. Cela dit, le téléjalonnement serait encore plus efficace si tous les opérateurs concernés communiquaient le taux d’occupation de leurs parkings. »

C’est là aussi qu’intervient l’application de stationnement pour smartphone de Parking.brussels. Elle guide les automobilistes vers les parkings disponibles à proximité de leur destination, via l’intégration d’applications comme Google Maps, Waze… Plus de 24.000 emplacements, répartis sur 58 parkings publics et privés, y sont recensés, ainsi que les facilités présentes (bornes de rechargement électriques, proximité des transports publics, d’une station Villo , etc.) « À l’avenir, plus de parkings seront encore intégrés dans le système. Pour une partie d’entre eux, l’application indique s’il est libre, quasi complet ou complet. Cette fonction sera bientôt encore plus poussée et détaillée », précise François Robert.

Un avenir trop incertain, selon les opérateurs

En attendant ces développements, chacun fait ses comptes. Interparking commence d’ailleurs à peine à se remettre des conséquences des attentats, de l’aménagement du piétonnier et de la fermeture des tunnels, entre autres. « L’année 2017 a été une année de stabilisation par rapport à 2015 et surtout 2016, qui a vu la fréquentation de certains de nos parkings du centre-ville baisser de 40 à 50 %. Petit à petit, les gens reviennent vers le centre, en tout cas le bas de la ville et la zone Toison d’Or et Louise », détaille Roland Cracco.

Mais il ne faut pas oublier les parkings du haut de la ville. « Ils ont également souffert des aménagements  et chantiers commandés par l’administration régionale de la mobilité. Dans le bon sens, on constate également, depuis septembre, une diminution des chantiers et de leur durée à Bruxelles-Ville. L’accès au centre est donc un peu moins malaisé. Bref, la situation s’améliore légèrement, mais elle reste fragile. J’encourage les responsables politiques concernés à faire attention et à éviter de prendre des décisions irréfléchies. »

Du côté de BePark, par contre, les problèmes de mobilité en centre-ville ont permis d’augmenter la clientèle en périphérie. « Cela nous a poussés à améliorer notre offre du côté de Delta et Herrmann Debroux », explique Julien Vandeleene. « Et nous sommes prêts à investir pour offrir d’avantage de solutions de parking… Mais le problème est la difficulté d’obtenir un permis d’exploiter. Attendre trois ans, la réalité actuelle, c’est super-énergivore. En attendant, les commerces souffrent, les entreprises se demandent si elles ne vont pas aller voir ailleurs. »

Tout n’est pas noir pour autant à ses yeux : « Bruxelles est un laboratoire. Les opérateurs vont devoir évoluer avec la ville. À l’avenir, les parkings ne seront pas seulement réservés aux voitures, mais aussi aux deux-roues, en tant que point de collecte, de livraison pour les véhicules en libre-service, avec des bornes de recharge pour véhicules électriques, etc. Nous sommes gestionnaires d’un actif immobilier qui, demain, permettra aux individus de se déplacer encore mieux. »

 

 

 

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