Un nouveau stade national à Bruxelles : Pour ou contre?

Par Ophélie Delarouzée  - 20 février 2018 à 09:02 | 412 vues

Avec, début décembre, le refus de l’UEFA (Union européenne de football) d’accorder à Bruxelles l’organisation de matchs pendant l’Euro 2020, puis, début janvier, l’avis négatif rendu par l’administration flamande, le projet de construire un « Eurostade » au Heysel voit sa viabilité largement questionnée. La rénovation du stade Roi Baudouin bénéficie dès lors d’une plus grande d’attention. Alors, pour ou contre un nouveau stade national à Bruxelles ?

 

Pour

Philip Neyt, administrateur et porte-parole de Ghelamco

Les modalités du projet ont été définies au préalable par la Ville et la Région bruxelloise. Ghelamco a uniquement remporté l’appel d’offres pour son exécution. Si on a perdu l’Euro 2020, ce n’est pas notre faute. L’audit de l’UEFA était même très positif, ce qui atteste de sa confiance en notre planning, nos techniques et nos plans architecturaux et financiers. Quant au chemin vicinal, il est sujet à polémique entre la Flandre (Grimbergen) et Bruxelles depuis l’exposition universelle de 1958. On a résolu ce problème, mais on a perdu trois ans et demi. On continuera cependant à exécuter nos engagements.

L’Euro 2020 n’était pas une date limite. La Belgique bénéficie déjà d’un rayonnement international avec ce projet et risque de perdre une belle image. S’il ne se fait pas à Bruxelles, d’autres pays nous contacterons pour l’avoir. Avec la Ligue des nations qui sera organisée dès 2018, un stade state of the art, conforme aux normes UEFA, est indispensable.

C’est triste qu’en Belgique il soit si difficile de faire avancer de grands projets. L’étude sur les 13 implantations envisagées date déjà de 2005. Les responsables politiques ont alors opté pour le parking C. Ce n’est pas notre choix. C’est un terrain qui est situé en Flandre et Bruxelles doit en tenir compte.

Quand je lis l’avis négatif de la Commission, je ne le trouve pas aussi négatif que ce que la presse en dit. On va envoyer au ministre nos contre-arguments et attendre sa décision. Même en cas de réponse négative, ce ne sera pas la fin. On cherchera des solutions. Sans quoi, on risque encore de perdre 10 à 15 ans pour trouver un nouvel emplacement. La rénovation du stade Roi Baudouin nécessiterait de tout recommencer jusqu’à l’appel d’offres – et la mobilité ne serait pas un problème quelques centaines de mètres plus loin ? Selon différentes études, une simple rénovation est impossible. Il n’est pas assez grand pour respecter les normes de l’UEFA. Les premiers riverains sont aussi bien plus près du stade Roi Baudouin que du parking C.

 

Contre

Johan Van den Driessche, chef du groupe N-VA au Parlement bruxellois

L’Eurostade, pour moi, est mort avec l’avis négatif de l’administration flamande. Le gouvernement flamand doit maintenant décider de la délivrance du permis de bâtir mais sa marge de manœuvre  est  très limitée. Dans le cas d’une délivrance, les opposants auraient bonne matière à contestation. L’avis pointe des problèmes de mobilité non solutionnés et un calcul trop créatif. Ghelamco veut construire 700.000 m², soit dix fois plus que la superficie autorisée à cet endroit, grâce par exemple à des prorata, en considérant que le stade sera uniquement utilisé lors des matchs. L’administration flamande aurait créé un antécédent majeur en acceptant cela. C’est devenu à 80 % un projet immobilier pour une question de rentabilité.

Avec notamment les 4,5 millions payés annuellement par la Ville pendant 30 ans et les frais supplémentaires d’un parking souterrain, l’Eurostade va coûter entre 300 et 400 millions aux contribuables selon mes calculs. En plus, on parle en fait de trois stades : un Eurostade, un stade prévu dans le projet Néo au Heysel pour le club d’athlétisme Excelsior, et il faut encore chercher ailleurs à créer un stade assez grand, environ 30.000 spectateurs, pour le Mémorial Van Damme.

Les défenseurs de l’Eurostade ont eu intérêt à écarter la rénovation du stade Roi Baudouin en disant qu’elle coûterait trop cher et que le privé n’était pas intéressé. Ce débat a toujours été contaminé. Des candidats ont pourtant proposé un partenariat public-privé et Besix s’est même avancé sans engager d’argent du contribuable. Selon le bureau Goedefroo, le stade Roi Baudouin pourrait être mis en conformité avec les normes des matchs de football internationaux. Il faudrait que des experts indépendants se penchent sérieusement sur cette question. Une rénovation aurait un impact limité en termes de nuisances et de mobilité car l’équipe d’Anderlecht veut son propre stade et beaucoup souhaitent voir l’équipe nationale jouer ses matchs dans les différents stades du pays, Bruxelles inclus.

 

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