Comment valoriser une entreprise ? Un guide pour vendre sa société…

Par Gaëlle Hoogsteyn  -  - 23 février 2018 à 13:02 | 906 vues

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Que vous soyez en phase de préparation à la cession ou que vous vouliez tout simplement vous faire une idée, connaître la valeur de son entreprise est toujours intéressant. Mais comment estimer la valeur de votre société ? Quelle méthode utiliser ? Comment valoriser une entreprise pour augmenter sa plus-value ? Le point avec Erick Thiry, responsable du Hub Transmission de Beci.

« Valoriser son entreprise est communément réalisé par l’entrepreneur qui souhaite céder son activité et veut savoir s’il peut chercher, pour sa retraite, un château dans le Bordelais ou un appartement dans les Ardennes… », commence Erick Thiry. « J’utilise volontairement cette métaphore car il est très fréquent que le chef d’entreprise ne sache pas, à la veille de sa retraite, combien il pourra obtenir de la vente de sa société, voire s’il va arriver à la céder. »

La majorité des entrepreneurs attendent en effet le moment de la cession de leur entreprise pour s’interroger sur sa valeur réelle. Or, valoriser son entreprise est une démarche qui devrait être effectuée régulièrement.

« Outre le fait qu’une opportunité peut se présenter à n’importe quel moment, la valorisation permet de mettre en place dans l’entreprise toute une série de mesures qui vont optimiser sa performance. »

Valeur et prix, deux notions distinctes

Mais comment calculer la valeur de son entreprise ? C’est un exercice difficile, car la valeur principale d’une société ne se trouve pas forcément là où on le pense. Et Erick Thiry d’expliquer : « L’une des premières difficultés que l’on rencontre souvent, c’est la confusion entre la  valeur et le prix. » Or, ce sont deux notions tout à fait différentes. « Il est très fréquent que des entrepreneurs viennent nous voir avec une valeur fixée par leur comptable. Seulement, voilà… Ce n’est pas parce que votre agence immobilière estime votre maison à 500.000 euros que vous en obtiendrez cette somme. »

Erick Thiry

Erick Thiry, ©Isopix

Pour calculer la valeur de son entreprise, mieux vaut donc se faire conseiller par des professionnels et utiliser une méthode d’évaluation reconnue. Il en existerait plus de 90 dans le monde ! Erick Thiry insiste cependant sur la nécessité de discerner les méthodes de valorisation basées sur le passé de l’entreprise et celles qui sont orientées sur les résultats futurs, donc basées sur le business plan de la société. « Les méthodes les plus régulièrement utilisées sont celles qui valorisent le passé de l’entreprise, alors que ce qui intéresse en priorité l’acquéreur, c’est l’avenir. Il est donc important d’opter pour une valorisation qui tienne compte des deux », conseille-t-il.

Les évaluations basées sur les résultats tiennent compte en général des 3 à 5 dernières années d’exercice. Cela permet de calculer la valeur patrimoniale et la valeur de rendement de l’entreprise. Pour les évaluations basées sur le futur, une combinaison des résultats acquis et prévisionnels tiendra compte des 3 à 5 années d’exploitation à venir.

 

Entre objectivité et subjectivité

Une deuxième difficulté dans le processus de valorisation de l’entreprise est de trouver le juste équilibre entre objectivité et subjectivité. En effet, quelle que soit la méthode de calcul que vous choisirez, certains aspects seront toujours de nature subjective.

À titre d’exemple, Erick Thiry nous cite le multiple de l’EBITDA[1], une méthode très fréquemment utilisée en Belgique pour les PME. L’EBITDA est une marge très facile et fiable à calculer. Dans le processus de valorisation, la question à se poser est « comment peut-on augmenter la valeur de cette marge ? ». « Votre comptable saura très probablement répondre à cette question. Mais attention, augmenter cette valeur nécessite souvent des actions longues à mettre en œuvre et ne se fait pas d’une simple écriture comptable. »

Une fois acquise la valeur de l’EBITDA, il faut lui appliquer un coefficient multiplicateur qui va donner à l’entreprise sa valeur théorique.

« Plus facile à dire qu’à faire… Car, si le calcul de l’EBIDTA est très objectif, le coefficient multiplicateur, lui, est totalement subjectif à définir. »

Ce curseur – qui va généralement être fixé entre 3,5 et 7,5 – change toute la donne à l’arrivée. Un EBITDA de 500.000 euros ne donne pas la même valeur s’il est multiplié par 3,5 ou par 7,5.

« Il est plus intéressant de faire bouger ce curseur vers le haut, que d’agir sur l’EBITDA, même si les deux actions sont toujours menées de concert », assure Erick Thiry.

Alors, comment définit-on le coefficient de ce curseur qui change tout ? « Il est influencé par toutes les valeurs immatérielles de l’entreprise », explique Erick. « C’est-à-dire, toutes les valeurs et richesses créées par l’entreprise au cours de ses années d’existence, telles que la qualité et la performance de ses collaborateurs, sa réputation, la qualité de ses clients, ses process, le potentiel de développement de l’activité, etc… » Pour certaines nouvelles entreprises, cotées des milliards d’euros en bourse, cette valeur immatérielle représente plus de 95 % de la valeur globale.

À cela, il faut ajouter une autre dimension qu’est la valeur de l’entreprise sur le marché. « Si vous avez 10 acquéreurs qui se disputent votre entreprise, il est bien évident que le curseur aura tendance à se décaler vers le haut. Reprenez l’exemple de la maison. Si plusieurs acheteurs se disputent votre maison, forcément vous en tirerez un meilleur prix que si une seule personne est preneuse. »

Panel de discussion

L’importance d’optimiser les valeurs immatérielles

Ces valeurs immatérielles si importantes à la valorisation de votre entreprise, sont analysées et estimées grâce à un audit. Celui-ci détermine un graphique qui peut se présenter comme suit.

Dans le schéma ci-dessus, les valeurs immatérielles de l’entreprise sont loin d’être optimales. Cela va avoir comme impact de placer le curseur vers le coefficient 3,5, voire moins.

 

Sur le 2e schéma – qui pourrait être la même entreprise après une préparation – les valeurs immatérielles sont optimales. Elles vont avoir pour effet de placer le curseur vers le coefficient de 7,5, voire plus !

On comprend dès lors très clairement l’importance de préparer son entreprise à la cession.

« Préparer la vente de votre entreprise vous permettra d’avoir le temps d’agir sur plusieurs leviers qui seront primordiaux dans sa valorisation. »

Selon notre expert, la méthode utilisée pour valoriser son entreprise est plutôt secondaire. Il est toutefois important de tenir compte des résultats futurs de l’entreprise. Cela se fait en veillant, notamment, à ce qu’ils soient pertinents, raisonnables et justifiables. « Le plus important, c’est la qualité des valeurs créées par l’entreprise, son organisation et son potentiel de développement. 1 euro d’EBITDA peut valoir 3,5 à 7,5 euros en valeur d’entreprise », commente Erick. « D’où notre recommandation à tous les chefs d’entreprise de préparer leur société suffisamment longtemps avant d’être mis en relation avec des acquéreurs potentiels », conclut-il.

 

 [1] EBITDA = Chiffre d’affaires – Achats – Charges externes – Charges de personnel
ou EBITDA = Résultat net + Charges d’intérêts + Charges d’impôts + Amortissements et provisions

Comment valoriser une entreprise? 3 bonnes raisons de préparer à temps votre cession

En préparant à temps votre cession :

  1. Votre entreprise sera beaucoup plus attractive et vous optimiserez ainsi sa valeur sur le marché.
  2. Vous allez déplacer le curseur du coefficient vers le haut et donc pouvoir en obtenir un meilleur prix.
  3. Vous allez vous positionner en situation de force dans la négociation. Il est plus aisé de négocier vis-à-vis d’acquéreurs intéressés et d’avoir le choix, que de faire des concessions par défaut de repreneur.

 

 

 

 

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