Achats durables : « Une approche qui fait partie de l’ADN de l’entreprise »

Par Johan Debière  - 6 mars 2018 à 08:03 | 492 vues

Spadel a mis en place une 'Supplier Sustainability Charter'.

Depuis la fin des années 90, les exemples d’entreprises qui intègrent la notion de développement durable dans leur management sont de plus en plus nombreux. Les plus impliquées vont jusqu’à développer une véritable stratégie impliquant jusqu’à la politique d’achats durables. Et elles en sortent gagnantes.

Aujourd’hui, les entreprises qui intègrent d’une manière ou d’une autre la notion de développement durable dans leurs actions sont nombreuses. On ne compte plus les ruches installées sur le toit des entreprises, les plans d’action visant à mobiliser le personnel autour d’une bonne cause ou encore les plans de réduction des impacts environnementaux de la production. Tout cela doit évidemment être salué, mais une étape supplémentaire semble aujourd’hui en train de s’engager. Elle concerne ce que les spécialistes appellent le « green procurement ».

 

Green procurement

« Pour que le développement durable s’établisse véritablement dans l’organisation, sa mise en œuvre doit s’étendre dans toute ses fonctions de gestion, et notamment dans son processus d’achats », relève Ludovic Verbeke, Auteur d’une thèse sur le sujet dans le cadre de ses études à la Louvain School of Management, où il a décroché un master en sciences du management. Ludovic Verbeke a pu constater combien cette intégration de la politique d’achat verte au sein des entreprises se révélait difficile, il y a encore quelques années d’ici, du fait du manque d’outils. Un manque désormais comblé grâce au développement de méthodes d’intégration de la durabilité au sein du processus d’achat, avec d’une part la méthode dite de « Leire et Mont »[1] et le Green Procurement[2] prôné par la Commission Européenne à partir d’une expérience d’abord acquise auprès du secteur public (Green Public Procurement).

 

Quatre étapes essentielles de la politique d’achats durables

Ludovic Verbeke identifie quatre étapes essentielles pour qu’une politique d’achats durables soit implémentée de manière réellement efficace au sein d’une entreprise : « Il faut commencer par définir soigneusement les priorités et les activités cibles ; il faut ensuite intégrer les critères environnementaux et sociaux dans le processus existant ; vient alors la formation des équipes ; enfin, et ce point n’est pas à négliger, il faut clôturer avec la mise en place d’une collaboration spécifique avec les fournisseurs ».

À la question du « comment », Ludovic Verbeke est formel : il faut s’appuyer sur les ressources existantes. Comme le « handbook » de la Commission Européenne, les normes ISO ou encore les conventions et les pactes parfois engagés par certains secteurs comme ceux du textile ou de l’agro-alimentaire.  « Lors de la rédaction de ma thèse, j’ai pu constater combien le manque d’une approche stratégique formalisée (ndlr : notamment l’ISO 26000) pouvait nuire au déploiement efficace de la politique d’achat vert au sein de l’entreprise ». Il s’agit en particulier de bien communiquer en interne avec les différents départements ; le management doit montrer la détermination des engagements pris auprès de toutes les parties prenantes, qu’elles soient internes ou externes.

 

Spadel, cas d’école

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Spadel est aussi certifiée « CO2-Neutral » depuis 2016. Ci-dessus, le CEO Marc du Bois (à gauche), en compagnie d’Antoine Geerinckx, du bureau CO2logic.

Parmi les entreprises exemplaires à cet égard, on trouve Spadel, le dernier grand minéralier indépendant familial belge. Celui-ci produit et commercialise des eaux minérales naturelles, des eaux de source et des boissons rafraîchissantes à base d’eau minérale naturelle.

Il y a quelques années, Spadel affichait son ambition d’atteindre 100 % d’achats durables avec ses fournisseurs. Un travail titanesque que l’entreprise s’est attachée à accomplir année après année avec, comme le confirme Dirk Le Roy, spécialiste de la durabilité au sein du bureau de consultance Sustenuto, une démarche très systématisée : « À travers sa démarche globale engagée sur le plan de la durabilité, Spadel souhaite fournir une plus-value sur les trois P : People, Planet, Profit. L’entreprise évalue ses achats sur base de cinq critères : le prix, la qualité, le délai de mise en œuvre, le service et depuis près de dix ans également la durabilité ».

Et le managing director de Sustenuto d’ajouter que trois KPI sont associés à cette démarche: le suivi effectif de la charte de durabilité, ce qui en fait tout autre chose qu’un document qu’on épingle à l’entrée de l’entreprise pour faire bonne figure ; mais aussi l’audit complet des fournisseurs stratégiques et des fournisseurs avec le score ‘CSR sous contrôle’ .

Pour Dirk Le Roy, cette démarche a évidemment un coût qui peut grever la position concurrentielle de la marque sur le segment très disputé des eaux minérales. Ceci dit, aux yeux de Dirk Le Roy et pour la direction qui n’a jamais changé de cap depuis l’introduction de cette démarche exigeante : « Il y a à présent une appropriation de la part des acheteurs au sein de la société. Ils soutiennent la démarche et participent même à des échanges d’expériences. Cela fait partie de leur évaluation ».

 

Le diable est dans les détails

Ex-Group Purchasing Manager de Spadel, Dominique Keiser nous a maintes fois confié combien l’exercice rebuterait n’importe quel acheteur professionnel, étant donné l’effort supplémentaire que le principe d’achat durable implique : «  Dans un premier temps, nous avons dû consacrer toute notre énergie à faire en sorte qu’un maximum de nos fournisseurs stratégiques approuvent notre ‘Supplier Sustainability Charter’. Il était en effet primordial de s’engager avec eux vers des objectifs en matière de RSE qui soient en phase avec les nôtres ».

Il est vrai que parvenir à un tel résultat est bien plus compliqué qu’on ne pourrait l’imaginer, car le diable se retrouve dans les détails pour une entreprise comme Spadel, comme le confesse le Manager R&D Thierry Ququ, qui avait dû se plier à une série de contraintes : « À défaut de pouvoir nous appuyer sur une réglementation spécifique encadrant l’étiquetage et la communication autour des boissons ‘naturelles’, nous avons engagé une démarche visant à définir nos propres ‘guidelines’. Nous avons également travaillé au développement d’un outil qui nous a permis de quantifier le degré de ‘naturalité’ d’une boisson avant de mesurer  concrètement les progrès réalisés à chaque rénovation de nos recettes ».

 

Volonté farouche de poursuivre le travail entamé

Coordinateur CSR au sein de Spadel depuis 2015 tout en poursuivant ses missions de Sustainability Coach au sein de Sustenuto, Gil Stevens a pu suivre la progression de Spadel vers une politique d’achat durable et la comparer à celle d’autres entreprises. Et il confirme chez Spadel cette volonté farouche et cette détermination à toute épreuve, identifiée il y a un peu plus de dix ans :  « L’ambition affichée à l’origine était d’intégrer 80 % des biens et services stratégiques achetés à l’échéance 2015. Aujourd’hui, le travail se poursuit, sans que rien ne semble pouvoir le faire changer de cap. Cette particularité fait partie de l’ADN de l’entreprise et la distingue très clairement d’autres grandes marques d’eau minérales ».

 

 

Le cadre formel de l’ISO 20400:2017

En 2013, l’ISO (Organisation Internationale de Normalisation) a lancé le développement de la future norme ISO 20400 pour les achats durables. « Ces lignes directrices sont très utiles car, sans être obligatoires, elles permettront aux organisations, quelles qu’elles soient, de mieux relever  la mise en application des principes de durabilité, tant au niveau environnemental que social », explique Mieke Pieters, Sustainable Procurement Expert chez The Global Picture.

Selon la consultante, l’ISO 20400 offre au moins cinq avantages : elle permet de donner un cadre commun à toutes les organisations qui s’engagent dans la voie de l’achat durable ; elle offre une méthode systématique pour les achats ; elle permet de mieux mettre l’accent sur les achats stratégiques ; elle met à disposition des outils et peut déjà renseigner des best pratices, malgré la jeunesse du dispositif (les travaux préparatoires de cette norme ISO ont débuté en 2013 pour n’aboutir à l’ISO que nous connaissons aujourd’hui qu’en 2017…) ; enfin, elle donne aux entreprises qui s’astreignent à en suivre les procédures une inestimable crédibilité, en ces temps où l’acheteur doute de tout.

Info : https://www.iso.org/news/Ref2178.html

 

[1] Mont, O. et Leire, C. (2009), « Socially Responsible Purchasing in Supply Chains: Drivers and Barriers in Sweden », Social Responsibility Journal, Vol. 5 No. 3, p. 388‑407.

 

[2] http://ec.europa.eu/environment/gpp/index_en.htm

 

 

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