Acheteur, un métier qui se spécialise

Par Géry Brusselmans  - 6 mars 2018 à 09:03 | 486 vues

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Pour réduire les coûts, de plus en plus d’entreprises mettent en place un département achats. Explication d’un métier peu connu, qui tend à se structurer et à se diversifier.

Vous comptez renouveler le mobilier de bureau de votre entreprise ? Si vous dirigez une petite structure, vous devriez logiquement éplucher quelques catalogues ou même envoyer un collègue chez Ikea. Certaines grandes entreprises disposent d’un département achat, à qui elles confient cette tâche. En contact permanent avec les fournisseurs, l’acheteur se chargera de trouver l’offre la plus adéquate. Fin connaisseur du marché, il pourra ainsi apporter une nouvelle dynamique à votre lieu de travail, par exemple en commandant des chaises de bureau plus confortables, une table plus ergonomique ou même un espace vert pour la détente entre collègues !

Catherine Humbert

Catherine Humbert

« Le rôle principal d’un acheteur, c’est l’expression du besoin », détaille Catherine Humbert, acheteuse durant dix ans chez Carrefour et aujourd’hui professeur d’une formation en achat à l’Ephec. « L’acheteur doit pouvoir analyser le marché, établir une stratégie d’achat, faire des appels d’offre et analyser les offres en fonction de différents critères. »

Ces départements peuvent gérer des demandes classiques, comme la commande de bics ou de bloc-notes pour des réunions, ou gérer des commandes bien plus spécifiques en fonction de l’activité de l’entreprise. Frans Verbeken est par exemple acheteur senior pour Symeta, filiale graphique de  Colruyt Group. « Je suis chargé de trouver des fournisseurs dans le domaine de l’impression ou de la distribution », détaille Frans Verbeken, en contact permanent avec 50 à 100 fournisseurs. « Colruyt dispose d’un service de mise en page pour ses magazines, mais l’impression et la distribution sont externalisées. Je négocie par exemple avec un imprimeur le type de format, je définis ensuite une méthode de travail et je négocie un délai de livraison. » Afin d’optimiser les commandes et donc de gagner du temps, certains acheteurs mettent en place des techniques d’achat. « Plutôt que de demander plusieurs offres à différents fournisseurs, nous essayons d’établir une relation durable avec un fournisseur référent », poursuit Frans Verbeken. « Nous pouvons ainsi déterminer à l’avance plusieurs paramètres, inscrits dans un fichier. Lors d’une nouvelle commande par exemple, nous entrons les différentes données discutées à l’avance dans le fichier (type de papier, format, encre…) et le prix s’affiche automatiquement, sans devoir à chaque fois rediscuter de toutes les caractéristiques. Nous gagnons ainsi un temps considérable. »

 

Un rôle clé dans la grande distribution et le milieu médical

Une autre tendance se développe dans certains secteurs : à l’instar d’un consultant, certaines entreprises envoient par exemple du personnel chez un fournisseur potentiel. Une manière pour l’entreprise d’apporter son expertise, réduire ainsi le coût de production pour devenir ensuite acheteur régulier.

De manière générale, au plus une entreprise est grande, au plus elle disposera d’un département achat. De par leur nature, certaines petites ou grandes entreprises spécialisées mettent automatiquement en place un service de ce type. « Citons évidemment le secteur de la grande distribution, dont l’idée même est d’acheter pour revendre », poursuit Catherine Humbert. « Citons également l’industrie mécanique ou encore l’industrie pharmaceutique. »

Elsa Chaventré

Elsa Chaventré

Dans le même ordre d’idées, de nombreux hôpitaux bruxellois ont développé ces dernières années un département propre. « Jusqu’il y a quatre ans, une seule responsable gérait cette fonction », confie Elsa Chaventré, responsable achat pour la clinique Saint-Jean. « Vu l’ampleur de la tâche et pour assurer un contrôle fiable et systématique, le service achat s’est développé et occupe désormais sept personnes. Il est amené à grandir encore prochainement. » À l’instar d’autres départements achats, cette centralisation permet aux hôpitaux de rationaliser les coûts.

Il est en effet préférable d’acheter par exemple 25 scanners en une fois sur l’année plutôt que deux chaque mois pour dix départements différents ! « Grâce à des conventions établies sur plusieurs années et nos connaissances du marché, nous pouvons en effet assurer des prix avantageux », poursuit Elsa Chaventré. « De plus, les services médicaux n’ont plus à se soucier de la gestion des commandes et du suivi avec les fournisseurs. »

 

Des formations encore rares

Pour recruter des acheteurs, les employeurs ont l’habitude de chercher des profils d’ingénieur commercial ou des spécialistes du marketing. Même si la fonction se spécialise, peu de structures offrent en effet une formation spécifique : les hautes écoles bruxelloises comme l’Ichec ou Solvay intègrent des modules dans leurs formations, et l’Abcal, l’Association Belge des Cadres d’Achat, de Logistique et de la supply chain, propose des formations courtes spécialisées en achat. Il est également possible de se spécialiser via un bachelier en marketing à l’Ephec, qui propose en troisième année une spécialisation en achat. « Hormis des modules proposés par l’Ichec ou Solvay, la formation de l’Ephec est la seule en Communauté française spécialisée en achat », souligne Catherine Humbert, qui en est la responsable.

Bien que le métier d’acheteur soit très spécifique, la formation n’est pas forcément mieux valorisée en termes de salaire. « Un acheteur junior démarre aux environs de 1500 euros nets par mois, et cela monte à 2500 euros net ou plus en fonction de l’expérience et de la nature de l’entreprise. C’est donc comme la gestion commerciale ou le marketing. » Un acheteur peut toutefois évoluer dans la fonction et ses missions peuvent se diversifier au fil de sa carrière. « Dans notre département, certains s’occupent uniquement de la commande », évoque Frans Verbeken (Symeta). « En tant qu’acheteur senior, je peux par exemple développer des stratégies d’achat, analyser des plaintes, écrire des contrats cadre, faire du sourcing, à savoir connaître le marché… »

Un acheteur peut-il donc passer d’une entreprise à une autre, pas forcément dans le même domaine d’activité ? « Pour être acheteur, il faut une certaine rigueur, développer une bonne communication, être curieux et pouvoir jongler avec plusieurs domaines différents », poursuit Frans Verbeken. « À condition d’être flexible et de maîtriser le domaine d’expertise, l’acheteur peut changer de domaine d’activité. »

 

« Le métier d’acheteur chez Delhaize a évolué »

Acheteuse depuis sept ans pour Delhaize, Vinciane Cerckel est aujourd’hui Category Manager. Elle sonde notamment les tendances pour sélectionner le meilleur produit à placer en rayons.

Comment a évolué votre fonction au sein de Delhaize ?

Après un Master en sciences de gestion à l’UCL, avec une spécialisation en économie de stratégie et innovation, j’ai été engagée au sein de Delhaize au département achat. Ce fut mon premier boulot, j’y travaille depuis désormais sept ans. J’ai démarré en tant qu’assistante acheteuse, puis j’ai été négociatrice. J’ai été en charge des catégories « baby food », « food caring » et je suis aujourd’hui Category Manager pour la partie « petit-déjeuner ». Cela concerne trois types d’articles : les pâtes à tartiner, les céréales et les boissons chaudes (café, thé, cacao principalement).

Quel est votre rôle au jour le jour ?

J’intègre la stratégie de Delhaize par rapport aux priorités « 4 P » : produits, promos, place et prix. J’analyse les nouvelles tendances et je sonde les habitudes des consommateurs pour sélectionner le produit le plus adéquat pour nos rayons. De manière pratique, je me rends notamment dans des salons ou chez des fournisseurs potentiels, je visite des magasins… Après le choix d’un article, il faut définir le cahier des charges, que je transmets au service négociation. Je développe également les recettes de nos produits existants et je propose des améliorations pour l’emballage.

Le métier d’acheteur chez Delhaize s’est-il spécialisé en cinq ans ?

Oui, Delhaize a récemment revu les catégories au sein du département achat. En tant que Category Manager, je fais plutôt office de chef d’orchestre. Je suis le lien entre les négociateurs, le service commande, le marketing pur. Il existe une trentaine de Category Managers chez Delhaize et une dizaine de Sourcing Managers, qui s’occupent de la négociation. Une des raisons pour lesquelles le métier d’acheteur se spécialise, c’est notamment parce que les chartes de qualité sont plus spécifiques qu’avant. Nous avons par ailleurs accès à plus d’informations et d’études autour des tendances des consommateurs.

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Vinciane Cerckel (Delhaize)

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