CHU Bruxelles : un impact socio-économique sous-estimé

Par Ophélie Delarouzée  - 9 mars 2018 à 08:03 | 289 vues

Le CHU Bruxelles publiera au mois de mars, en collaboration avec Beci, une étude sur son impact économique et sociétal (basée sur les chiffres 2016). Si les hôpitaux sont notoirement connus par leur mission première de soins aux personnes, leur rôle dans l’économie est peu mis en lumière. Le CHU Bruxelles se révèle pourtant un acteur majeur de la Région. Ce regard posé sur les retombées en termes d’emplois, d’investissements et de marchés pour les fournisseurs ouvre des perspectives nouvelles.

La structure du Centre Hospitalier Universitaire de Bruxelles (CHU de Bruxelles) a été créé en 2015 pour coordonner l’offre de soins des CHU Brugmann et Saint-Pierre, ainsi que de l’Hôpital Universitaire des Enfants Reine Fabiola et de l’Institut Jules Bordet. À eux quatre, ils représentent 21 % des lits (1.781 lits agréés) des 22 institutions hospitalières de la Région.

Le CHU Bruxelles occupe plus de 370.000 m² sur sept implantations totalisant 26 hectares, du centre au nord de Bruxelles.

« On mesure mal jusqu’ici la présence des hôpitaux dans la ville », remarque Lise Nakhlé, conseillère Urbanisme/Immobilier chez Beci, qui a collaboré à l’étude. « Environ 1,6 % de la population active de Jette est employée au CHU Brugmann. Cela signifie que la présence d’un hôpital sur le territoire d’une commune est un facteur d’emplois stables et donc un facteur de fixation des classes moyennes ».

 

Le CHU Bruxelles, un employeur majeur de la Région

Avec plus de 8.000 personnes, dont 5.550 équivalents temps plein (ETP) et environ 1.200 indépendants, le CHU Bruxelles est le premier employeur hospitalier de Bruxelles. Il se classe dans le top 10 de la Région, tous secteurs confondus. Les frais de personnel s’élèvent à près de 490 millions d’euros, soit 59 % des charges du CHU. Etant donné que 55 % des salariés sont domiciliés à Bruxelles, les retombées sur le territoire de la Région sont estimées à près de 269 millions d’euros, via l’impôt, l’épargne et la consommation des ménages.

Ce bilan plus que positif pourrait être encore largement amplifié, à entendre les besoins en personnel soignant des hôpitaux. Avec le vieillissement de la population, ce défi deviendra de plus en plus criant. L’allongement des études d’infirmier de 3 à 4 ans, en cette rentrée académique, va pour l’heure à contre-sens. Le manque de personnel se reporte sur la charge de travail de ceux en poste et les horaires difficiles de ce métier, encore hautement féminisé, ne s’accompagnent pas de salaires très attractifs.

Face à cette situation qui dépasse ses prérogatives, le CHU Bruxelles a financé en 2016 près de 770. 000 heures de formation à 4.680 de ses employés, pour un montant avoisinant les 16 millions d’euros. En ce compris les heures de formation et les salaires versés aux médecins candidats spécialistes en formation. À côté du corps médical, des cadres scientifiques et du personnel soignant, 34 % de ses salariés n’ont pas fait d’études supérieures. Avec une politique de formation accessible à tous niveaux de qualification, le CHU marque son impact sociétal et participe au développement de la Région.

 

Plusieurs dizaines d’ASBL et de sociétés (des commerces, les Cuisines bruxelloises, la Haute Ecole Francisco Ferrer…) sont également implantées sur les sites du CHU Bruxelles. Ces 284 ETP représentent près de 10 millions de retombées économiques pour la Région.

 

Un rayonnement économique exponentiel

Aux 279 millions de retombées économiques en Région bruxelloise, liés aux emplois sur les sites du CHU Bruxelles, s’ajoutent 26 millions provenant des 73 millions d’investissements de l’hôpital, 124 millions dus aux 254 millions d’achats courants. Selon l’étude, ces dépenses généreraient près de 600 millions de retombées indirectes (ou impact induit) pour la Région bruxelloise : les activités du CHU Bruxelles engendrent indirectement des emplois et revenus, notamment auprès de ses fournisseurs, qui deviennent eux-mêmes générateurs d’autres emplois et revenus, produisant en cascade un effet multiplicateur dans le temps, à la manière d’une spirale vertueuse. Sur base de ce même raisonnement, le CHU Bruxelles génère indirectement 2.070 emplois dans la chaîne de ses fournisseurs en Région bruxelloise.

Si l’hôpital n’a pas pour vocation d’être rentable, il génère une économie qui pourrait être plus largement exploitée, selon Lise Nakhlé : « Le secteur hospitalier est très complexe, autant au niveau de sa structure d’emploi (médecins, infirmiers…) que de l’organisation de ses activités internes (services de radiologie, de pharmacie, stérilisation…). Les métiers sont très divers et souvent mal connus, avec pour conséquence une mauvaise identification des besoins. Pour les hôpitaux, on pense facilement au secteur pharmaceutique, mais on pense moins à la gestion des déchets, aux livraisons, à la gestion quotidienne en flux tendu, ou à la chaîne des fournisseurs.

Le ministre de l’Économie Didier Gosuin a lancé une réflexion sur l’élaboration d’un plan industriel pour la Région de Bruxelles. On est en train de se questionner sur les types d’activités manufacturières ou productives qui sont pertinentes et nécessaires en ville. Regarder du côté des hôpitaux, c’est peut-être pouvoir identifier des produits couramment employés,  comme le matériel de perfusion, qui sont actuellement fabriqués à l’étranger et acheminés par camions. C’est un secteur de production intéressant parce que le client final n’est pas délocalisable. C’est un exemple, mais on pourrait en citer beaucoup d’autres comme la production liée à l’imagerie médicale, à la lingerie industrielle ou au recyclage des déchets  ».

 

Les patients au cœur de l’avenir des hôpitaux

Le CHU Bruxelles a un fort ancrage local avec 77 % de ses patients, soit plus de 350.000, qui sont domiciliés en Région bruxelloise. En marge des soins, de la recherche et de l’enseignement, il remplit des missions d’intérêt économique général qui nécessite une organisation particulière. Elles ont été évaluées sous la forme des charges spécifiques (interprétariat, abandon de créances des patients indigents, travailleurs sociaux, délais de paiement avec les CPAS…). L’impact économique de ces missions d’intérêt général a été estimé en 2016 à près de 31 millions d’euros.

Après la régionalisation toujours en œuvre des soins de santé dans le cadre de la 6e réforme de l’État, les mesures d’ampleur de la ministre de la Santé publique Maggie De Block vont redessiner le paysage hospitalier, en privilégiant une mise en réseau. Elles visent une meilleure qualité des soins au bénéfice des patients. De plus, elles ont pour but de redresser les finances des hôpitaux, notamment des 3 sur 10 qui affichent un déficit.

Cette réforme a le mérite d’inciter les multiples institutions à collaborer plus largement et à limiter le jeu de la concurrence entre elles. Mais il ne sera plus question de faire de tout, partout. La logique de spécialisation s’oppose dès lors à la logique de proximité qui prévalait pour garantir un accès aux soins de santé aisé pour tous. Pour l’heure, le choix des spécialisations est crucial. Les 22 hôpitaux de Bruxelles cherchent à se positionner pour pérenniser leur avenir.

Au sein du CHU Bruxelles, l’hôpital Brugmann héberge la plus grande maternité bruxelloise avec plus de 3.300 accouchements par an. Il est notamment spécialisé dans le suivi des grossesses à hauts risques et la médecine fœtale. À lui seul, il génère plus de 2.000 ETP. Il a un impact de près de 400 millions d’euros en Région bruxelloise. L’Hôpital Universitaire des Enfants Reine Fabiola est l’unique hôpital universitaire belge entièrement réservé à la médecine des enfants. Il est relié à la maternité de Brugmann par une passerelle pour favoriser le maintien de la relation mère-enfant.

Le CHU Saint-Pierre dispose également d’une maternité importante au centre de Bruxelles (plus de 3.200 accouchements par an). En médecine infectieuse, il constitue par ailleurs un centre de référence (inter)national pour la recherche sur la tuberculose et le VIH. L’Institut Jules Bordet est quant à lui entièrement consacré aux maladies cancéreuses, avec des stratégies diagnostiques et thérapeutiques à la pointe du progrès, des activités de recherche menées en coopération avec des réseaux internationaux et un enseignement universitaire de haut niveau en cancérologie.

À l’heure de l’économicité recherchée pour les soins de santé, cette étude valorise l’impact économique et sociétal des hôpitaux, jusqu’alors trop peu considéré. Elle permet ainsi d’identifier une série d’enjeux fondamentaux pour la Région, ses habitants et ses entreprises.

 

Les nouveaux bâtiments de l’Institut Jules Bordet sont en train de sortir de terre à Anderlecht.

 

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