Faut-il étendre les flexi-jobs ?

Par Ophélie Delarouzée  - 9 mars 2018 à 09:03 | 395 vues

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Les flexi-jobs, entrés dans l’horeca en 2015, s’étendent depuis ce 1er janvier au commerce et aux pensionnés. Selon un sondage du SNI, plus de la moitié des commerçants à Bruxelles et en Wallonie, et plus des trois quarts en Flandre, veulent engager des flexi-jobistes. Les syndicats des travailleurs s’opposent en front commun à l’expansion de ce nouveau statut précaire.

Pour les flexi-jobs

Christine Mattheeuws, présidente du SNI (Syndicat neutre pour indépendants)

L’introduction des flexi-jobs dans l’horeca était une compensation pour la « blackbox ». C’est intéressant pour l’employeur car il paie des cotisations réduites à 25 % et c’est de l’argent qui rentre dans les caisses de la sécurité sociale. En septembre 2017, il y avait 28.000 flexi-jobs dans 7.300 établissements horeca.

Fin 2017, on a vu que les traiteurs, les bouchers ou les boulangers avaient vraiment de grandes difficultés à trouver des gens pour prester des heures occasionnelles. Ceux qui le font ont préféré faire ces heures en plus dans l’horeca plutôt que dans les commerces, car c’est financièrement plus intéressant avec les flexi-jobs. C’est aussi pour cela que la mesure est aujourd’hui étendue aux commerces. Les établissements horeca et les petits commerces sont dans le top 5 des faillites. Les flexi-jobs vont leur permettre de dégager de l’espace au niveau financier. Il n’y a pas de concurrence à l’emploi, car un flexi-jobiste doit déjà travailler à 4/5e ailleurs et il y a du travail dans ces secteurs !

Dans l’horeca et le commerce, on sait qu’il est difficile de trouver du personnel fixe. C’est aussi vrai pour les travailleurs temporaires qui viennent aider quelques heures pendant les pics, notamment parce qu’il faut travailler en soirée ou les week-ends. Le patron va d’abord solliciter ses employés, mais il n’est pas toujours évident de leur demander de faire un week-end de plus. Quant aux  étudiants, ils ne travaillent pas pendant les périodes d’examens et l’intérim coûte cher.

Avant, beaucoup des salariés qui pouvaient se montrer intéressés par des heures en dehors de leur travail habituel étaient découragés par les cotisations sociales et les impôts à payer. Aujourd’hui, si des salariés veulent faire un surplus dans l’horeca ou le commerce, c’est plus attractif car ils n’ont pas à payer de cotisations sociales ou d’impôt sur ces heures. On reçoit d’ailleurs des demandes dans d’autres secteurs, surtout dans la construction où il y a un dumping social important, mais aussi dans le jardinage.

Contre les flexi-jobs

Delphine Latawiec, secrétaire nationale du secteur Commerce CNE

L’idée de départ était de blanchir des emplois au noir dans l’horeca, bien qu’il y avait déjà de la flexibilité avec des contrats d’aide. L’extension au commerce est dangereuse. La fédération patronale de la grande distribution nous a assuré que cela ne répondait pas à ses besoins en flexibilité, mais on sera vigilants. La grande distribution a un panel de contrats précaires qui sont en concurrence. Les temps partiels, majoritaires, demandent des heures pour compléter leurs salaires mais elles vont aux étudiants et demain potentiellement aussi aux flexi-jobs.

Dans le commerce de détail, le monde de la franchise connaît des réalités proches de celles de la grande distribution, avec des gens qui ont plusieurs magasins, mais où il y a peu de suivi syndical étant donné la petite taille des structures. Pour le fleuriste ou le boucher, il y a des contrats d’aides, étudiants ou autres, le week-end. Ils défendent les flexi-jobs car peu est fait pour eux, mais ce n’est pas en créant des statuts de misère pour leurs travailleurs qu’on sauvera ces petits indépendants. Le flexi-job est exempt de sécurité sociale, donc crée un trou, et il risque de s’étendre au-delà du commerce.

On détricote le système de solidarité et la précarisation de l’emploi s’accélère au nom de la course à la croissance, profitant du fait qu’il n’y a plus assez d’emploi pour tout le monde. L’intérim était une étape, et aujourd’hui les entreprises trouvent cela cher. On crée, comme partout en Europe, des jobs avec des statuts de plus en plus proches des débuts de la lutte syndicale et cela détruit le salariat. Les jeunes passent d’un CDD à un intérim, à un temps partiel, sur lesquels ils ajouteront dorénavant un flexi-job. En parallèle de l’abaissement des pensions, on réinjecte les pensionnés sur le marché du travail via les flexi-jobs. Ce n’est pas pour ceux qui continuent à travailler dans de hautes fonctions, mais pour ceux qui ont des pensions de misère et qui iront servir au McDonald’s, comme aux États-Unis.

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