Les XI, le tax shift et le tax cut

Par Giles Daoust (Daoust) - 9 mars 2018 à 08:03 | 356 vues

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Suite à ma participation à l’« Appel des XI » organisé par le journal L’Echo, on m’a souvent demandé quelle est la thématique qui me tenait le plus à cœur dans le cadre de cette opération. Sans aucun doute : le coût du travail. Je m’explique.

On parle souvent des freins à l’entrepreneuriat, parmi lesquels on cite notamment le manque d’esprit d’entreprendre, de financement et de main d’œuvre qualifiée ; la taxation excessive et la lourdeur administrative.

À mes yeux, un élément au cœur de presque tous ces problèmes est le coût du travail, qui est beaucoup trop élevé en Belgique. Je ne parle pas du niveau des salaires, qui me semble relativement logique au vu du niveau de vie et de développement de notre pays. Je parle surtout de la taxation du travail. Elle est chez nous la plus forte d’Europe derrière seulement la France.

On a trop souvent tendance à parler uniquement des charges patronales. Le tax shift est censé apporter un début de solution à cette composante précise – à part que, pour rappel, il s’agit d’un tax shift, et non pas d’un tax cut. Son impact est donc relativement limité, et il est par ailleurs couplé à la régionalisation – et réforme complète – des aides à l’emploi. Celle-ci a un impact négatif dans de nombreuses entreprises, où elle réduit à néant l’impact positif du tax shift.

Giles Daoust

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L’autre « effet pervers » du tax shift, c’est qu’il polarise la concertation sociale, car comme il ne s’applique qu’aux charges patronales, il est perçu par les syndicats comme un « cadeau aux patrons ». Or, une fois passé l’effet d’annonce, le tax shift ne produit pas un incitant massif à l’engagement de travailleurs, ni pour les startups, ni pour les entreprises établies… ni pour les entreprises internationales qui envisagent de s’implanter en Belgique (ces dernières sont en effet conseillées par des cabinets spécialisés, qui ne manqueront pas de leur communiquer l’analyse faite plus haut).

L’autre composante majeure du coût du travail, et dont on parle rarement vu ses implications complexes, c’est la partie « travailleur » de la taxation du travail. Elle aussi est beaucoup trop élevée. Le problème, c’est qu’en la diminuant significativement, on touche aux tabous tels que le financement de la sécurité sociale, soins de santé, chômage, pensions, etc. Arrivent donc inévitablement des questions nerveuses du style : « et qui va financer les pensions ? ».

Faux débat. S’il faut prendre X millions d’euros de financement fédéral ou régional et les transférer dans la case « pensions » ou « soins de santé », c’est de la plomberie, de la comptabilité gouvernementale. En quoi est-ce réellement impossible dans l’absolu ? La lasagne institutionnelle belge ne facilite évidemment pas ce genre d’opérations, mais c’est un autre débat.

Dans l’Appel des XI, nous allons jusqu’à proposer une mesure disruptive : supprimer totalement la taxation du travail pour les start-up technologiques (1 € coût entreprise tout inclus = 1 € net pour le travailleur, donc zéro taxes des deux côtés). Ceci pourrait provoquer dans notre pays un boom technologique sans précédent, et peut-être même la fameuse « Silicon Valley » belge dont tout le monde rêve depuis longtemps. Mais dans le cadre du présent article, inutile d’aller jusque-là.

Si on diminuait de manière significative la taxation du travail (dans son ensemble), cela apporterait selon moi une réponse à la plupart des freins à l’entrepreneuriat cités plus haut : le manque d’esprit d’entreprendre (en rendant beaucoup moins risqué d’engager du personnel), de financement (en diminuant les coûts de fonctionnement) et de main d’œuvre qualifiée (en fluidifiant le marché du travail et en provoquant une immigration de cerveaux) ; ainsi que la taxation excessive (CQFD).

Pour qu’une telle politique ait du succès, il faudrait évidemment que ce tax cut (et non pas shift) soit vraiment significatif et durable, pour qu’il ait un réel impact sur les décisions des entreprises, petites et grandes, belges et étrangères.

Qu’on adhère ou pas aux idées de l’Appel des XI, le but premier de cette opération est de secouer le cocotier, de proposer des approches disruptives et originales aux acteurs politiques et économiques du pays, de les inciter à envisager les problématiques classiques sous un angle nouveau. C’est avant tout un grand exercice de brainstorming « out of the box » qui, espérons-le, fera des émules.

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