Perdre son travail après 50 ans ne signifie pas la fin de votre carrière

Par Cédric Lobelle  - 4 avril 2018 à 07:04 | 511 vues

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Le cap symbolique de la cinquantaine semble fatidique pour nombre de travailleurs. Pourtant, il y a toujours moyen de rebondir professionnellement, dans une large mesure en tout cas. C’est ce que nous rapportent trois allègres quinquas bruxellois, aux parcours très différents, qui ont notamment profité des workshops de l’ASBL 50s@work pour se remettre en selle.

 

Pierre Raeymaekers, 54 ans : « Il faut se remettre en question »

Pierre Raeymaekers, de Forest, a 54 ans. Après son service militaire, il a vécu de « petits boulots »  avant de reprendre une formation de bibliothécaire-documentaliste. Originaire de la province de Luxembourg, il a décroché un job chez une grande compagnie d’assistance, en 1999.

« J’aidais les vacanciers à préparer leur voyage sur les plans touristiques, administratifs, les visas. Internet et les GSM en étaient encore à leurs balbutiements… » En avril 2014, tout bascule : il est licencié pour « raisons économiques ». « Après quinze années de boîte, en deux minutes, j’étais raccompagné dehors. J’ai trouvé ça assez brutal. »

S’en sont suivies deux années d’outplacement, qui n’ont pas été inutiles : « Il fallait établir mon profil professionnel, déterminer ce dont j’étais capable, ce que je voulais faire. Je ne savais plus où j’en étais, comment gérer la spirale administrative  du chômage, des interviews. J’ai fait un gros travail psychologique avec mon consultant. Je me suis remis en question, j’ai repris confiance. »

Une période que Pierre a mise à profit pour intégrer les workshops de l’ASBL 50s@work. « J’y ai bossé sur un projet de création d’entreprise de guidage touristique sur mesure pour des groupes de particuliers, notamment dans ma région natale, ’Be My Guide’. Nous sommes presque allés jusqu’au bout. C’est au frigo. »

Car en mai 2016, il a rebondi… chez le principal concurrent de son dernier employeur ! « D’abord un intérim de 5 mois, puis 3 CDD. Je gère des dossiers d’annulation de vacances… Mon contrat se termine en octobre. Mon employeur dit être très satisfait de moi, mais vu le cadre budgétaire, je n’ai pas reçu de garantie à 100 % que cela se transformera en CDI. »

Une petite source de stress pour Pierre, qui a néanmoins un plan B, ou C : activer Be My Guide. « Ne fut-ce qu’à titre complémentaire, pour éventuellement passer indépendant de manière principale plus tard. Mais administrativement, c’est compliqué à concilier avec le chômage. Il me reste une dizaine d’années à travailler comme salarié pour avoir une pension complète. Il faut penser à tout. »

Il sait que son âge redevient un handicap s’il doit rechercher un nouvel emploi, sans remettre ses compétences en doute. « J’ai assez vite compris que je coûtais plus cher à 50 ans qu’à 30…. J’aurais préféré qu’on me dise spécifiquement que mon âge posait problème. Je suis responsable de mon travail, mais pas de mon âge. Une seule fois, on m’a dit en interview que  j’étais trop âgé, donc trop cher. C’est une réponse que j’ai appréciée : quelqu’un m’écoutait réellement de l’autre côté. »

 

Danielle Hoogstoel, 60 ans : « Cela bloque du côté des employeurs »

Danielle Hoogstoel

Danielle Hoogstoel, de Woluwe-Saint-Lambert, a 60 ans. Titulaire d’un master en traduction et bachelière en hôtellerie,  elle a commencé à travailler en 1983, effectuant l’essentiel de sa carrière dans des multinationales. Au fil du temps, elle s’est spécialisée dans les ressources humaines et la coordination des formations en interne. Jusqu’au mois d’avril 2014.

« L’entreprise de produits cosmétiques pour laquelle je travaillais m’a licenciée suite à une restructuration », détaille-t-elle. Un premier vrai coup dur, qui n’a cependant pas duré très longtemps. « J’ai en effet retrouvé un travail similaire en deux mois, dans une entreprise de service aux industries de la construction et de la propreté. C’était un CDD de six mois, un remplacement pour cause de maternité, renouvelé une fois. »

Qui s’est terminé en août 2015. Danielle a donc suivi le processus d’outplacement financé par son employeur précédent. Elle a embrayé en suivant les workshops de 50s@work, abandonnés en mars 2016 en faveur d’un nouvel intérim, toujours dans les RH et les formations, pour une société de technologies et services de l’information, jusqu’en mai 2017. Puis un autre, de deux mois, pour le call center interne d’une grande banque.

« Entre ces deux intérims, j’ai suivi un programme d’activation et de remise à l’emploi. Mais depuis septembre 2017, je déchante. J’ai zéro retour sur mes candidatures. Toutes les portes se sont fermées. »

Une situation qu’elle n’hésite pas à mettre sur le compte de son âge : « J’ai 60 ans. Bien entendu, je ne peux pas prouver que je subis une discrimination pour cette raison. Mais il y a eu des indices. J’avais vu une annonce pour un poste RH qui correspondait exactement à mon profil, dans une boîte où je connaissais un employé. J’ai envoyé mon CV en signalant que ce dernier pouvait témoigner de mes compétences. Trois jours après, j’ai reçu la réponse standard : ‘vous ne répondez pas au profil’. Je n’ai pas eu la chance d’avoir le moindre entretien. Deux mois plus tard, le poste était toujours vacant… »

C’est donc un peu découragée que Danielle Hoogstoel envisage la suite : « Je suis un peu frustrée, car j’ai vraiment encore envie de travailler. Pourtant, je suis régulièrement contactée par des agences de recrutement et d’intérim pour des postes qui me conviennent. Mais ça doit bloquer au niveau des employeurs. Peut-être le salaire ? Dans tous les cas, je me sens un peu isolée et les contacts socio-professionnels me manquent. »

 

Christian Faure, 54 ans : « L’âge peut être aussi un frein que l’on se donne »

Christian Faure, de Jette, a 54 ans. Il a fait sa scolarité littéraire au lycée français de Rome. Photographe de formation, il a suivi sa future épouse à Bruxelles. Son diplôme n’étant alors pas reconnu ici, il a exercé cette activité à temps partiel. L’autre mi-temps étant consacré à un travail très en phase avec son cursus scolaire, dans une célèbre librairie bruxelloise, devenu ensuite son job à temps plein. Après huit ans, son parcours a légèrement bifurqué : représentant commercial pour un éditeur de BD (six ans), directeur commercial dans une entreprise de distribution de livres (11 ans).

« Qui a subi une restructuration dont j’ai été victime », explique Christian Faure. « J’ai donc suivi un processus d’outplacement. Et j’ai réfléchi à mes aspirations : continuer ou pas dans le monde du livre et de l’édition, déjà en perte de vitesse ? L’accompagnement est allé au bout : après un an,  j’ai trouvé un travail de gérant de librairie universitaire. »

Hélas, un remaniement au sein du CA a entraîné un nouveau licenciement au bout de deux ans. Le voilà donc, en 2015, à 51 ans, participant à deuxième outplacement. « C’est à ce moment que j’ai rencontré Jean-Luc Louis, de l’ASBL 50s@work. C’était emballant de me retrouver dans un projet actif en relation avec d’autres personnes issues d’horizons professionnels différents. Je ne voulais pas perdre le lien social. Je n’ai jamais envisagé que cela allait m’apporter un job sur un plateau, mais l’esprit entrepreneurial m’a permis de trouver de l’énergie et du dynamisme. »

En avril 2016, Christian a ainsi débuté comme commercial dans une petite maison d’édition. « Nous éditons ce qu’on appelle de beaux livres, qui font la part belle au patrimoine belge, en quatre langues. Ils peuvent servir de cartes de visite pour les institutions, de cadeaux d’affaire… Je démarche les librairies, institutions  communales, régionales, nationales, les sociétés… »

Dans son processus de recherche d’emploi, Christian n’a jamais ressenti clairement avoir été handicapé par son âge. « Pas de manière directe, en tout cas. L’âge peut être aussi un frein que les demandeurs d’emplois se donnent, une image renvoyée à eux par la société. Ce qui est vrai, c’est que l’âge avançant, on se retrouve en position de faiblesse, on perd de l’assurance, on doute de son potentiel. J’ai senti plusieurs fois que mon expérience et mon parcours étaient trop importants par rapport aux postes auxquels je postulais. Mais mes attentes professionnelles, mes priorités ont évolué. Je voulais plus d’équilibre avec ma vie privée. Et je l’ai trouvé. »

 

 

 

 

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