BruVoices : une déclaration d’amour des Bruxellois à leur ville

Par Ophélie Delarouzée  - 15 mai 2018 à 14:05 | 288 vues

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La cohésion sociale influant sur la capacité de résilience des villes, la Fondation Roi Baudouin s’est portée à l’écoute des Bruxellois au lendemain des attentats. À travers l’initiative BruVoices, c’est une déclaration d’amour qui s’est fait entendre. Empreinte d’une affection mature, cette ode à Bruxelles rend aussi visibles les travers de la ville.

 

Les universités VUB, UCL et ULB ont échafaudé ce diagnostic commun fait par des Bruxellois. Au total, 1.026 personnes ont parlé de leurs liens avec la ville et ses habitants, à compter de fin janvier 2017 : 500 en participant à 51 groupes de conversation et 526 durant des interviews de 30 à 45 minutes.

« À la première question, ‘Pour vous, Bruxelles c’est quoi ?’, il ressort d’abord du positif », remarque Marie Scheid, coordinatrice de projet à la Fondation Roi Baudouin. « Les habitants ont envie de mettre en avant son ouverture, sa diversité. Quand on commence à creuser, il y a évidemment des sujets plus contrastés, mais de nouveau en fin de conversation, on revient sur du positif en disant : ‘Tout n’est pas rose, mais il y a beaucoup de bonnes choses à Bruxelles et on y est bien.’ » Près de 80 % des sondés estiment qu’il y a de quoi être fier d’être Bruxellois. Ils voient en Bruxelles une ville diversifiée, passionnante et progressiste.

 

Une ville à taille humaine

Derrière la saleté, le trafic et le chaos apparents, la capitale européenne révèle une qualité de vie appréciée. La vie culturelle et l’anonymat attrayants des grandes villes se conjuguent avec une vie à petite échelle qui offre une proximité des commerces et services dans un écrin de verdure.

Dans cette ville-village ouverte à l’international, le quartier prend une connotation particulièrement positive. Il est vécu en tant que noyau de solidarité et les Bruxellois appellent à faire plus largement rayonner cette manière de vivre. Ils s’y sentent aussi plus en sécurité que dans le reste de la ville. « En matière de sécurité, le constat est plus diffus », ajoute Marie Scheid. « Il y a une tendance à se sentir moins en sécurité la nuit. Certains facteurs amènent aussi à se sentir moins à l’aise : l’effet du genre avec le harcèlement de rue, l’orientation sexuelle, les personnes âgées… »

 

Une vie en bulles

Le sentiment de chaos et d’insécurité est plus fortement ressenti en s’approchant du centre, les communes de la périphérie étant perçues comme plus sûres et calmes. À cette carte des différences sociales s’en superpose une autre. « Il y a des cartes mentales. Le canal est le Nord/Sud de Bruxelles pour beaucoup de personnes », précise Marie Scheid. « D’un côté comme de l’autre, les gens ont du mal à franchir cette ligne de fracture ».

Qu’ils soient du nord(-est) plus peuplé ou du sud(-ouest) plus riche, les répondants ont tous évoqué un certain malaise à traverser les espaces homogènes qui composent Bruxelles quand ils sont trop éloignés de ce qu’ils connaissent. Les chercheurs ont préféré la vision imagée d’une « vie en bulles » au terme communautarisme, trop communément réducteur, les « bulles » formées dans Bruxelles étant autant le fait de minorités ethniques que de catégories aisées. « Il ne faut pas supprimer une bulle », estime Marie Scheid. « De toute façon, je ne pense pas que ce serait possible. Une bulle permet à des gens de créer des solidarités, de tisser des liens et un réseau. Ces petits mondes font la diversité de Bruxelles, lui donnent son cachet. Il n’y a pas de volonté d’uniformiser Bruxelles de la part des personnes interrogées. On veut cette multiculturalité ; on veut ce relief, mais on veut que ces bulles soient plus ouvertes. Il est important de créer du lien entre elles, de partir à la découverte du Bruxelles des autres ».

Le sentiment d’être étranger est rassembleur parce que largement partagé. Navetteurs de la périphérie, fonctionnaires européens ou encore enfants d’immigrés, tous ont déjà ressenti cette « condition » qui façonne le caractère hospitalier de la ville. La différence y est normalisée et la ville revient à tous.

Mixité scolaire, création d’espaces de rencontre dans les quartiers… Des stratégies visant à intensifier  les échanges ont émergé de l’étude et des 150 têtes de l’assemblée citoyenne du 17 mars. Elles seront soumises en juin au Parlement bruxellois.

 

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