La 5G n’est pas une 4G augmentée

Par Didier Dekeyser  - 15 mai 2018 à 15:05 | 321 vues

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La 5G ne sera pas une 4G dopée mais une nouvelle technologie qui permettra d’exploiter pleinement le réseau internet lui-même avec, à la clé, une numérisation globale de la société. Mais à l’heure où l’Europe demande de s’aligner pour ce qui pourrait être une des plus importantes courses au leadership technologique des années à venir, Bruxelles refuse de prendre place dans les starting-blocks…

 

 

La 5G permet de traiter un nombre beaucoup plus important de données qu’actuellement, ce qui offre l’opportunité d’inclure massivement les objets dans un environnement entièrement connecté. Une voiture, par exemple, peut-être plus ou moins connectée aujourd’hui et traquer des déplacements, suggérer de trajets, éventuellement être dirigée d’un point à un autre ; mais demain, une voiture connectée en 5G, ce sera un autre monde : la véritable autonomie lui sera enfin acquise car ses mouvements pourront interagir avec ceux des autres voitures autonomes et ses déplacements participeront, en tant que création de data in situ, à la gestion en temps réel du trafic local.

L’Europe supporte la 5G pour ces promesses de développement économique et a demandé que chaque pays choisisse une ville où s’effectuera le déploiement de cette nouvelle norme. Plus que logiquement – c’est une capitale et c’est celle de l’Union – Bruxelles semblait prédestinée à être l’étendard national ; c’était sans compter nos normes d’émissions hyper-strictes, et bien sûr nos taxes, ce qui fait qu’à ce jour il est techniquement impossible d’installer la 5G chez nous…

Pour Agoria, qui fédère les entreprises « qu’inspirent la technologie », c’est évidemment inacceptable. Son CEO, Marc Lambotte, nous parle des opportunités en jeu.

Beci : Bruxelles traite les ondes avec méfiance ; a-t-elle tort de ne pas vouloir être la première à expérimenter une technologie bien différente de celle de la 4G ? Les fréquences sont différentes, les connexions plus nombreuses et permanentes, le nombre d’antennes multiplié, leur puissance accrue…

« Nous accumulons un retard que nous ne pourrons que de plus en plus difficilement rattraper. » Marc Lambotte, CEO d’Agoria

Marc Lambotte : La norme OMS s’élève à 41,2 V/m. 22 États membres de l’UE sur 28 appliquent cette norme, également recommandée par la Commission européenne. La Flandre a déjà adopté une norme quatre fois plus stricte (20,6 V/m). Bruxelles, avec 6,01 V/m, est aujourd’hui cinquante fois plus stricte – la plus stricte au niveau de l’UE ! Cette norme n’est déjà pas suffisante pour la 4G, vu le quasi doublement de l’utilisation des data chaque année. Pour pouvoir mettre en œuvre la 5G sur Bruxelles, nous demandons de suivre au moins la norme flamande, ce qui semble très raisonnable et respecter largement le principe de précaution.

Ce qui est dramatique, c’est non seulement que l’on va passer à côté d’opportunités de développement économique dont vont profiter la plupart des grandes villes d’Europe, mais qu’en outre, par atermoiement politique, nous accumulons un retard que nous ne pourrons que de plus en plus difficilement rattraper. Gardons aussi à l’esprit que les entreprises qui souhaitent investir dans les possibilités qu’offre la 5G ne vont pas attendre un éventuel consensus politique, dont le contenu ne sera peut-être même pas celui dont ils ont besoin ; en conséquence de quoi elles investiront ailleurs, tout simplement.

Dans l’optique d’une régularisation de la situation, il faut aussi tenir compte des lenteurs administratives – hélas – habituelles pour obtenir les autorisations d’effectuer les travaux d’infrastructures nécessaires au placement des nouvelles antennes, et de la problématique des taxes communales sur celles-ci. On traîne et on risque simplement de rater le coche.

Quelle plus-value la 5G promet-elle à notre économie ?

Le passage à la 5G devrait s’imposer de facto car nous consommons de plus en plus de données. Belgique

La numérisation permettra d’augmenter la productivité des entreprises et donc de maintenir ou améliorer leur compétitivité, en particulier à l’international. Ce qui veut dire le maintien ou le développement de nouveaux emplois. Mais, surtout, elle permettra la création de nouveaux produits et services. Citons tout ce qui est lié à la thématique des smart cities (que nos gouvernants réticents à la 5G érigent pourtant en objectif, et qui intègre notamment la question de la mobilité dont Bruxelles n’arrive pas à se dépêtrer !) ; la connexion des objets, qui offre la voie à de nouvelles activités ou de nouvelles façons de les vivre ; l’intelligence artificielle qui ne pourra pleinement se déployer que grâce à un réseau ultra-performant ; la vidéo interactive en ultra haute définition et sans latence, qui ouvrira la voie à une chirurgie de précision, à distance si nécessaire ; etc.

On parle en fait de numérisation globale de l’ensemble de l’économie, de la société et des pouvoirs publics[1] : est-ce ce train-là que nous allons rater ? D’autres le prennent déjà : de nombreux projets-tests ou investissements 5G sont aujourd’hui en cours ou planifiés, comme en Corée du Sud, en Chine, aux USA ou, plus près de nous, en France où neuf métropoles ont été sélectionnées pour tester la technologie cette année. Une des raisons pour lesquelles la Commission européenne pousse les États membres à avancer, c’est précisément pour que l’Europe puisse se positionner sur ces nouvelles technologies face à la concurrence internationale. Avoir un leadership technologique est essentiel. .

La 5G exigera une multiplication des antennes que les communes taxent exagérément ; comment franchir l’obstacle ?

Les opérateurs télécom sont prêts à investir 150 millions dans ce développement pour optimaliser les réseaux existants et construire de nouvelles infrastructures. Or, les taxes sur les antennes pèsent sur les investissements. Il est indispensable que les communes suppriment d’abord l’imposition des antennes, en collaboration avec la Région bruxelloise.

N’y a-t-il pas danger à être ultra-connecté ? Avec une technologie bien plus complexe, les risques d’une panne peuvent devenir systémiques

Comme toute nouvelle technologie, à côté des progrès et avantages rendus possibles, de nouveaux risques émergent. La technologie peut aussi limiter ces risques par de nouveaux développements.

La 5G va-t-elle créer de l’activité ? Quid d’un effet inattendu, comme la disparation de milliers de commerces due à Amazon ? 

Bien sûr que la 5G va créer de l’activité ! Les opérateurs télécom annoncent déjà 1.500 emplois directs et autant indirects. En plus, il y a aura la création de nouveaux produits et services liés à la 5G. Maintenant, oui, d’autres activités vont disparaître ou vont évoluer suite à la 5G. Mais, plus vite la Belgique adoptera cette nouvelle technologie, plus elle aura un avantage sur d’autres pays et donc de développement économique et de l’emploi.

[1] https://press.agoria.be/secteur-telecoms—besoin-dun-new-deal#

 

 

Numérisation de l’industrie ou digitial manufacturing

Les entreprises manufacturières doivent pouvoir répondre à l’évolution de la demande sur le marché, le but ultime étant la capacité de produire en lot d’une seule unité à la demande. Pour cela, elles doivent « reconfigurer » leurs systèmes de production pour les rendre plus flexibles, pour intégrer des fonctionnalités d’auto-apprentissage, pour assurer une adaptation maximale aux aléas de production, etc. Cela nécessite des progrès à la fois sur le plan de l’organisation et sur celui de la technologie. Les Cyber Physical Systems sont les modules qui permettent d’établir la liaison entre les différents composants d’un système de production intelligent. Dans l’usine de l’avenir, les processus opérationnels sont numérisés et connectés via internet. L’impact des différentes options dans le processus de décision est évalué au préalable.

 

Caractéristiques de la 5G

Communications entre une grande quantité d’objets : Cela nécessite une couverture étendue, une faible consommation énergétique et des débits relativement restreints. L’apport annoncé de la 5G par rapport aux technologies actuelles réside dans sa capacité à connecter des objets répartis de manière très dense sur le territoire.

Connexion en ultra haut débit avec uniformité de la qualité de service : Ceci concerne toutes les applications et tous les services qui nécessitent une connexion toujours plus rapide, pour permettre par exemple de visionner des vidéos en ultra haute définition (UHD-8K) ou de « streamer » sans fil des applications de réalité virtuelle ou augmentée.

Communications ultra-fiables pour les besoins critiques avec une très faible latence, pour réactivité accrue : Ceci regroupe les applications nécessitant une réactivité extrêmement importante ainsi qu’une garantie très forte de transmission du message. Ces besoins se retrouvent principalement dans les transports (temps de réaction en cas de risque d’accident, par exemple), dans la médecine (téléchirurgie) et, de manière générale, pour la numérisation de l’industrie.

 

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