Compteurs intelligents : un outil dans la transition vers une société bas carbone

Par Laura Rebreanu  - 18 mai 2018 à 12:05 | 334 vues

©U.S. Air Force/Sara Vidoni

Pour limiter le réchauffement climatique à moins de 2° C, la transition vers une société « bas carbone », limitant les émissions de CO2 et autres gaz à effet de serre, devra être rapide et globale. Les compteurs intelligents sont indispensables pour y parvenir.

 

Plus on attend, plus les efforts à fournir seront importants : en 2012, PwC estimait à 5,1 % le taux annuel de décarbonisation nécessaire pour rester sous les 2° C ; en 2016, ce chiffre passait à 6,5 %. C’est la transition énergétique qui est l’élément-clé dans le passage vers une société bas carbone. Pour y arriver, il faudra travailler sur trois aspects : une production d’électricité basée sur les énergies renouvelables et le gaz, avec capture du CO2 (CCS) ; l’électrification du transport, du chauffage et de certains processus industriels ; ainsi que amélioration de l’efficacité énergétique.

C’est ici qu’intervient le compteur intelligent : un appareil électronique qui mesure avec précision et enregistre automatiquement la consommation d’électricité, de gaz, d’eau ou de chaleur, et la transmet au fournisseur. La communication peut être bidirectionnelle, du client vers le fournisseur et inversement.

Les compteurs intelligents peuvent ainsi aider à sensibiliser et responsabiliser le consommateur, et lui permettre d’agir rapidement sur les problèmes et les gaspillages. La généralisation de ces compteurs parmi les PME pourrait les aider à réduire leur consommation et l’adapter à la production renouvelable. Ils permettraient également aux entreprises d’identifier leurs habitudes de consommation et les économies potentielles, les fuites ou encore les appareils fonctionnant mal. Autre avantage, la facturation directe de la consommation réelle sera désormais possible pour tout le monde – sans oublier le développement de nouveaux services.

Ces appareils offrent aussi la possibilité de gérer et contrôler finement la demande d’électricité, et de relier la production renouvelable intermittente au potentiel de stockage d’énergie (véhicules électriques, batteries…). Ils augmentent ainsi la flexibilité du réseau, encouragent la production décentralisée et la micro-génération d’énergie, transformant le consommateur en producteur d’énergie ou prosumer. Des développements similaires peuvent être imaginés – et certains sont déjà en cours – pour l’eau.

 

Coût, sécurité : des défis à relever

Toutefois, le déploiement massif des compteurs intelligents pose aussi certains défis. Tout d’abord la sécurité de la vie privée, et plus largement la cybersécurité. Les compteurs permettent une mesure très fine de la consommation, et donc l’analyse des habitudes des clients (quelle heure, quels appareils…). Des données qui pourraient être abusivement exploitées, quoique ce risque soit limité par la législation sur la vie privée.

Plus important est le risque de piratage de ces données, ainsi que des appareils eux-mêmes. Le législateur, comme les opérateurs, devront se montrer particulièrement prudents et mettre en place les mesures de protection indispensables.

Autre problème : le coût d’installation, a priori supporté par l’utilisateur. Pour beaucoup d’entreprises, les économies d’énergie et d’eau pourraient largement compenser les coûts d’installation. Toutefois, il faudrait prévoir un mécanisme de soutien pour les consommateurs privés, pour qui les gains seront plus limités. De quoi faciliter le déploiement des compteurs intelligents, d’autant que leur durée de vie est inférieure à celle des compteurs classiques.

L’Union Europénne prévoit de remplacer 80 % des compteurs d’électricité par des compteurs intelligents d’ici 2020, chaque fois que ce sera rentable. Compteurs et réseaux intelligents pourraient réduire les émissions européennes de CO2 jusqu’à 9 % et la consommation annuelle d’énergie des ménages dans la même mesure. Sous l’impulsion européenne, la Belgique s’est aussi lancée dans le déploiement de cette technologie. Il faudra toutefois s’inspirer de ce qui s’est déjà fait ailleurs, pour éviter des erreurs et reproduire les bonnes pratiques. Il faudra un cadre législatif adapté ; il faudra également un soutien et un accompagnement adéquat des entreprises et citoyens, afin de maximiser les bénéfices pour tout le monde – et pour l’environnement.

 

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