Brexit : l’heure tourne

Par Frans De Keyser  - 22 mai 2018 à 07:05 | 314 vues

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L’élément majeur du Brexit ? Le temps qui s’écoule. Le vendredi 29 mars 2019 à 11 heures s’approche inexorablement. Mais à moins d’un an de l’échéance, rien ne bouge, ou alors si peu.

 

Les négociateurs européens proposent des scénarios et posent des questions précises, telles que l’organisation des contrôles douaniers. Dans son allocution de la Mansion House, début mars, la première ministre May plaidait quant à elle pour une reconnaissance mutuelle et des mesures de transport transfrontalier aussi souples que possible entre l’UE et le Royaume-Uni.

Cette question du contrôle frontalier révèle les contradictions du Brexit. En effet, un Brexit (dur) impliquerait que le Royaume-Uni reprenne le contrôle de ses frontières, sauf entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande. Et sans le spectre de files interminables de camions de part et d’autre du Chunnel ou dans les ports de Zeebruges et de Douvres. Les secteurs du transport et de la production craignent dès lors des pertes de chiffre d’affaires et militent en faveur d’un Brexit souple.

Beci a rencontré Jolyon Drury, du Chartered Institute of Logistics and Transport – CILT. Il négocie avec le ministère des transports et d’autres départements sur les conséquences d’un Brexit dur sur le transport international de marchandises. Il rappelle que, chaque année, 4 millions de camions, dont 90 % en provenance de l’UE, entrent au Royaume-Uni via le Chunnel et la M20. Avec le temps et l’union douanière, 38 instances gouvernementales britanniques sont aujourd’hui impliquées dans l’importation, le contrôle et le traitement de multiples marchandises (véhicules, pièces, produits agricoles, animaux vivants, etc.). Le Brexit oblige le Royaume-Uni à développer un système propre qui transmettra toutes ces données directement à ces 38 instances. Jolyon Drury estime que c’est techniquement possible. Il propose que toutes les données des transports routiers vers le Royaume-Uni soient transmises numériquement aux instances britanniques via un système de reconnaissance de plaques minéralogiques, tel qu’en Allemagne- ce qui permettrait aux camions de traverser sans s’arrêter la frontière UE-UK, comme aujourd’hui. Techniquement possible, certes, mais un investissement très lourd qui ne pourra jamais être prêt pour mars 2019. Il nécessiterait au moins deux années de plus, pour autant que l’UE accepte pareil investissement.

M. Drury précise que ce problème technique n’est pas lié au Brexit, stricto sensu. Beaucoup de transporteurs agréés échangent déjà des données numériques. La mise en œuvre d’un système pour tous les types de transport aura lieu de toute façon, dans le futur. Le Brexit se limiterait à accélérer son implémentation, si un accord est obtenu.

Et nous revoilà au tic-tac de l’horloge. Il n’y a pas encore l’ombre d’un accord sur une solution technique. Que faire, le vendredi 29 mars à midi, de tous les camions qui attendront de traverser le Chunnel ? Sans oublier les questions fondamentales du Brexit : toutes les règles du marché unique européen en matière d’exigences qualitatives, de protection des consommateurs etc., s’appliqueront-elles encore à l’importation de marchandises au Royaume-Uni ? Et celui-ci appliquera-t-il des tarifs douaniers minimaux ou nuls sur les marchandises importées de l’UE ? Que fera l’Europe des marchandises importées du Royaume-Uni ?

Lors de l’entrée en vigueur du Brexit, une frontière s’instaurera de facto, avec des réglementations qui ne seront pas d’office identiques de part et d’autre. Mme May et le gouvernement britannique proposent l’instauration de cette frontière, mais sans effet sur la validité des réglementations européennes en matière de transport de marchandises et de douane. En échange, le pays du Brexit demande un système coordinateur de reconnaissance réciproque. Bref, une sorte d’instance bilatérale au-dessus des réglementations et institutions européennes, par laquelle des accords contraignants pourront être conclus entre le gouvernement britannique et la Commission européenne. Cela n’est possible que si l’UE devient une fédération politique véritable. Mais aucune majorité ne se dégage en ce sens au sein des 27 membres.

Il semble que le Brexit ne débouchera pas sur une guerre, mais sur un enlisement. Pour les entreprises, il s’agira plutôt de choisir entre la peste et le choléra.

 

 

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