Pacte énergétique : un grand chantier… à venir

Par Laura Rebreanu  - 6 juin 2018 à 10:06 | 179 vues

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Adopté fin mars, le Pacte énergétique belge maintient l’objectif d’une sortie du nucléaire en 2025, tout en garantissant la sécurité d’approvisionnement à prix abordable et le respect des accords de Paris sur le climat. Quadrature du cercle ? Du moins, un défi de grande envergure. Et un enjeu de société majeur.

L’énergie nous est indispensable, mais sa production et sa consommation sont en train de changer en profondeur. Crise climatique et environnementale, instabilité politique dans les pays producteurs de pétrole et de gaz, fluctuation des prix, essor des énergies renouvelables et des nouvelles technologies… Le système énergétique est sous pression et doit s’adapter, mais ce changement ne peut s’opérer sans le soutien des pouvoirs publics, qui régulent et contrôlent ce secteur essentiel.

C’est le sens du Pacte énergétique adopté fin mars par l’État fédéral et les Régions, qui détermine les grandes orientations de notre politique énergétique et climatique, ainsi qu’une stratégie pour sa mise en œuvre. Dans ce plan, 2030 apparaît comme l’année-pivot ; celle où la Belgique devrait disposer « d’un système énergétique capable d’assurer un approvisionnement sûr, durable et abordable ».

La transition énergétique implique des changements majeurs : développement de technologies renouvelables sobres en carbone ; décentralisation de la production en petites unités multiples, là où les sources d’énergie sont disponibles ; nouveaux services et nouveaux modèles économiques ; implication des consommateurs, mieux informés, demandeurs de ces nouveaux services ; mais aussi émergence des prosumers, les producteurs-consommateurs. La transition suppose aussi une consommation différente, plus efficace et sans gaspillages – ce qui implique par exemple des programmes de rénovation ambitieux pour améliorer la performance énergétique des bâtiments, gros consommateurs d’énergie.

L’essor de nouveaux modes de production et de consommation, de nouveaux acteurs et de nouveaux services, nécessitera des modifications du cadre législatif, mais aussi des investissements importants dans l’infrastructure et l’innovation. Tous seront concernés : producteurs, gestionnaire de réseau, entreprises, pouvoirs publics et citoyens.

 

Un signal positif

Le Pacte énergétique doit justement créer un cadre légal stable et prévisible, qui réduit les risques d’investissement et permet une transition énergétique assurant la sécurité d’approvisionnement et des prix abordables, permettant aux entreprises belges de rester compétitives. En ce sens, le Pacte est un signal positif.

Autre point positif : la volonté d’instaurer une norme énergétique pour s’assurer que les prix de l’énergie ne constituent pas un handicap concurrentiel pour nos entreprises. Actuellement, les factures énergétiques des entreprises belges sont de 10 à 34 % plus élevées que celles de leurs concurrentes dans les pays voisins. L’adoption de la norme doit donc être une priorité. Elle doit être définie en collaboration étroite avec toutes les parties prenantes, dont les fédérations sectorielles et intersectorielles.

Le Pacte énergétique a aussi des défauts : ainsi, la sortie du nucléaire entre 2023 et 2025. Un rapport récent, réalisé à la demande du gouvernement fédéral, montre qu’une sortie complète du nucléaire en 2025 coûterait entre 150 et 900 millions d’euros de plus que le maintien de deux réacteurs jusqu’en 2030. Elle ferait aussi grimper de 76 % les émissions de CO2 du secteur de l’énergie. Si deux centrales demeurent, les émissions n’augmenteraient que de 30 %. Le rapport montre également qu’une sortie du nucléaire en 2025 nécessiterait une capacité de gaz stable de 7.500 MW entre 2025 et 2050.

Prolonger les réacteurs ne ferait pas disparaître la nécessité d’investir dans des centrales à gaz, mais la reporterait. Une sortie plus progressive, en maintenant une capacité nucléaire limitée et temporaire, tout en accélérant le développement de capacités gazières, permettrait de limiter tant les coûts financiers qu’environnementaux.

Le passage à un modèle énergétique durable ne sera pas aisé. Il faudra donc évaluer régulièrement le Pacte et la stratégie énergétique qui en découle, afin de les adapter pour garantir ce triple objectif : garantir la sécurité d’approvisionnement, des prix abordables et le respect de nos obligations climatiques.

 

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