Des espaces de travail verts, bien dans leur époque

Par Johan Debière  - 12 juin 2018 à 13:06 | 295 vues

Le nouveau bâtiment Monnoyer d’Elia a été élu bâtiment exemplaire par Bruxelles Environnement. ©D.R Le nouveau bâtiment Monnoyer d’Elia a été élu bâtiment exemplaire par Bruxelles Environnement.

Des événements parfois subis comme une fin de bail, une restructuration ou au contraire une forte progression des effectifs permettent parfois de revoir de fond en comble les bâtiments dans lesquels on travaille. L’occasion d’introduire du vert là où il y avait du gris.

À Bruxelles, il est toujours très impressionnant de voir une entreprise comptant plusieurs milliers de collaborateurs s’engager dans un déménagement. Le départ d’Axa de l’immeuble emblématique qu’elle occupait depuis près de 50 ans à Watermael-Boitsfort, et son transfert vers le centre, ont marqué les esprits des Bruxellois. Il en va de même pour un BNP Paribas Fortis qui a décidé, voici quelques années, de tirer un trait sur son siège de la Montagne du Parc. Pourtant, au-delà des chocs que peuvent causer ces changements, ces mouvements sont aussi parfois l’occasion de revoir de fond en comble le rapport que l’on entretient avec son espace de travail et avec le bâtiment que l’on fréquente chaque jour.

 

L’ancien mobilier redistribué

©D.R Le nouveau siège, d’Axa, rue du Trône : un bâtiment passif.

Sur ce plan, Axa a fait fort. Très attaché à la qualité de vie sur le lieu de travail, Axa a profité de son déménagement de Boitsfort vers le (presque) hyper-centre de Bruxelles pour améliorer de manière notable l’empreinte environnementale de sa nouvelle implantation et reconfigurer complètement la topologie des espaces de travail. Ici, c’est autour d’un déménagement important et d’une recomposition du mode de travail, reposant sur le concept de flexdesk, que les choses ont été engagées : « Nous avons 2.600 personnes attachées au siège dans le centre de Bruxelles pour 1.600 postes de travail. Nous fonctionnons donc avec un ratio de 0,6 », nous a confié Alain Verheulpen, Local Head of Development Real Asset chez Axa. De manière très concrète, cela donne six chaises pour dix employés. Et, tant qu’à évoquer des chiffres, 400 places de parking là où il y en avait 1.400 lorsqu’Axa était encore installée dans ses locaux du boulevard du Souverain. Les anciens équipements n’ont pas été jetés : « L’ancien mobilier a été proposé au personnel pour une somme symbolique. Pour le reste, nous organisons la redistribution de ces éléments à travers la fondation Axa Atout cœur, ainsi qu’avec des asbl venant en aide aux personnes socialement défavorisées ou frappées par des handicaps ».

 

Paperless et flexdesk

Du mobilier en moins et des voitures en moins donc, sans parler du papier qui se fait de plus en plus rare au sein de la compagnie, évolution vers le paperless oblige. Ici aussi, l’impact environnemental est important, même si c’est davantage en terme de réorganisation du paradigme de travail qu’Axa parle de sa refondation au centre de Bruxelles : « De la même manière que le CEO d’Axa télétravaille un jour par semaine, les travailleurs de la compagnie n’ont pas de bureau attitré (ndlr: à l’instar du CEO d’ailleurs). C’est un élément essentiel sur lequel tout se construit. Ce concept va donc clairement plus loin que le flexdesk », poursuit Alain Verheulpen.

L’environnement n’est pourtant pas en reste : « Le nouveau siège de Trône a obtenu la certification passive ainsi que la certification Breeam Excellent (…) Nos fournisseurs disposent tous de normes reconnues en termes de performance et de développement durable. Faibles émissions de CO2, enregistrement Emas, normes 14001 et EN 15372 (ndlr: norme européenne prescrivant les exigences de sécurité, de résistance et de durabilité s’appliquant à tous les types de tables à usage non domestique), Cradle-to-Cradle… », complète Chloé Tillieux, la porte-parole d’Axa. Ajoutons que des panneaux photovoltaïques tapissent une partie significative de la surface et que la consommation globale du bâtiment n’excède pas celle de… 8 machines à café.

Comme chez Axa, les équipements de bureau qui doivent être remplacés trouvent toujours une seconde vie chez Elia. De ce point de vue, les tonnages affichés dans le rapport environnemental du gestionnaire de réseau sont impressionnants : en 2016 et en 2017, Elia a donné une seconde vie à plus de 3 tonnes d’équipements IT qu’elle a légués à des associations ; et en 2015, ce chiffre a même été trois fois plus élevé, dépassant les 9 tonnes. « À chaque fois, les équipements cédés passent entre les mains de notre service IT afin d’effacer toutes les données liées à Elia, mais aussi pour permettre aux nouveaux utilisateurs d’en tirer le meilleur parti », explique Valérie Legat, responsable environnement. Il en va de même pour le mobilier et même pour les fardes. « Récemment, nous avons offert du mobilier à une asbl de Mont-sur-Marchienne qui s’occupe de santé mentale. Quant aux fardes, devenues inutiles suite à la digitalisation massive des opérations administratives, elles ont été proposées à des écoles », poursuit la responsable.

 

Bâtiments exemplaires et peu gloutons

©D.R. Le premier ministre flamand Geert Bourgeois a fait « reconfigurer » une table de réunion.

L’attention portée à l’environnement touche aussi plus fondamentalement les bâtiments occupés par le gestionnaire belge du réseau d’électricité, et plus spécialement encore ceux qu’Elia a fait construire ces dernières années. Ainsi, le bâtiment Nearly Zero Energy Monnoyer, qui est une extension du site d’Elia à Schaerbeek, a été élu bâtiment exemplaire par Bruxelles Environnement en réussissant la gageure d’allier performance énergétique et prise en compte des contextes social, économique, urbain, humain et environnemental (ndlr: il a été développée sur un site de 3 hectares anciennement pollué et recouvert d’une dalle étanche). Il a par ailleurs reçu la certification Breeam (moins exigeante en terme de seuils minimums), mais aurait sans doute pu décrocher sans peine une certification HQE, le standard français qui, de l’avis des professionnels du secteur, développe une démarche plus globale en prenant notamment en compte les aspects liés à la santé des occupants du bâtiment.

Le réaménagement des bâtiments et des espaces de travail décidé par Axa et Elia ont en commun d’avoir pu engager une amélioration durable notable en s’appuyant sur une surface exploitable relativement élevée. Il en va  de même pour le bâtiment occupé par Bruxelles Environnement sur le site de Tour et Taxis, pour l’incubateur Greenbizz, situé non loin de là, ou encore pour le nouveau siège de BNP Paribas Fortis. On parle en effet de plus de 30.000 m² dans le cas d’Axa Trône, de près de 100.000 m² pour BNP Paribas Fortis et de 16.000 m² dans le cas de Bruxelles Environnement. En tout état de cause, à chaque fois bien plus que les 500 à 1.000 m² qu’une PME active dans les services pourrait être amenée à investir à Bruxelles. Or, dans ce domaine, la surface disponible semble déterminer pour une grande part la rentabilité de la reconfiguration durable d’un espace de travail.

 

La table de réunion de Geert Bourgeois

Le phénomène nous a d’ailleurs été confirmé chez NNOF (Nearly New Office). Basée à Vilvorde, cette entreprise née d’une diversification décidée par le déménageur Your Mover récupère du matériel de bureau obsolète et/ou devenu inadapté à l’environnement de travail d’une entreprise pour le sublimer littéralement. Il en ressort un mobilier de bureau beau à voir, bien pensé et qui apporte sa pierre à l’effort de lutte contre le gaspillage des ressources en réintègrant tout ou presque des matériaux récupérés. « Nous avons récemment réalisé de cette manière une grande table de réunion, à la demande du premier ministre flamand Geert Bourgeois. La table a été agrandie, à partir du piétement existant que nous avons gratté et ciré et ensuite muni d’une nouvelle couche de laminat noir sur lequel nous avons placé des boxs d’électrification », explique Anne Lenaerts. Lorsqu’on interroge la directrice marketing de NNOF à propos de l’accessibilité des petites structures à ce genre de service, elle ne tourne pas autour du pot : « Lorsqu’une PME nous sollicite avec ce genre de demande, nous devons la réorienter vers des solutions plus adaptées (…) Ce genre de démarche exige en effet un temps de réflexion et une analyse profonde, donc quelques moyens financiers ». Pour celles et ceux qui n’ont pas de budget à y consacrer, mais qui restent néanmoins attachés à la dimension écologique de l’espace de travail de leur petite structure, reste la solution – elle aussi très louable – de la seconde main. Les solutions sont nombreuses : consulter les offres de la plateforme HuBu (pour Human Business), le magasin de mobilier de bureau d’occasion tenu par Oxfam à Anderlecht, les annonces du site 2ememain…

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