Qui va payer cette voiture autonome à Bruxelles ?

Par Édouard Cambier  - 12 juin 2018 à 12:06 | 336 vues

Image from Commons Wikipedia. Author: Michael Shick.

C’est la bonne question : quid ? Quand et où va se développer cette fameuse voiture dont tout le monde parle ?

Le véhicule autonome, au sens très large (voiture, bus, camion, tracteur…), va se développer un peu partout.  Beaucoup pensent qu’il ne verra le jour qu’à San Francisco ; que du contraire. L’Europe peut tirer son épingle du jeu. Pourquoi ? Parce que l’Europe est immensément peuplée. Si vous regardez la carte d’un peu plus haut, d’Amsterdam à Paris (avec Bruxelles au milieu), c’est en fait une grande ville-métropole.

D’après Stephen Zoepf, Executive Director du Center for Automotive Research à Stanford[1], nous n’avons jamais été aussi près du lancement de la voiture autonome.  80 % du chemin est fait, mais les quelques derniers pourcents sont hyper difficiles à atteindre. Pour lui, en 2024, on aura la possibilité de circuler dans de grandes villes en voiture autonome.

L’utilisation de ce véhicule autonome sera de deux types. D’un côté, on aura le bureau sur roues, et de l’autre côté une utilisation toute différente qui se rapproche d’un espace-détente, type espace de yoga.  Un mix des deux n’est pas impossible selon les villes et les moments de la journée.

D’après Zoepf et le cabinet d’étude RethinkX[2], les enfants qui naissent aujourd’hui n’auront d’ailleurs pas besoin d’un permis de conduire. Dans moins de 24 mois, près de 10 millions de voitures self driving seront en fonction aux États-Unis.

 

Qu’est-ce que cela va changer ?

Édouard Cambier

Toute une population qui ne voyage pas ou peu va pouvoir prendre la route : les personnes âgées ou handicapées, malvoyantes ou à mobilité réduite, voire les mineurs d’âge. Toute cette population souvent obligée de rester confinée chez elle, par manque de moyens ou de logistique appropriée, pourra prendre la route pour un montant de 0,2 €/km. Un exercice intéressant fait par la société Voyage d’Oliver Cameron confirme que les personnes qui ont vraiment envie de sortir de chez elles sont prêtes à prendre plus de risque que le consommateur moyen de transport, et donc à tester la voiture autonome dès maintenant.

D’après les spécialistes, ceci va également impacter le monde du parking, basé sur l’immobilité à 95 % du temps.  Les villes sont concernées : si les voitures sont en mouvement 80 % du temps, il y aura moins de places de parking le long des routes, plus de place pour les pistes cyclables, plus de trottoirs, plus de verdure…

Le nouveau département de Zoepf au campus de Stanford regroupe plusieurs  écoles afin d’embrasser la thématique : écoles d’ingénierie, d’informatique, de communication, d’aérospatiale, de philosophie, d’intelligence artificielle, de neuroscience, de psychologie, de design et d’éthique. Aujourd’hui, son labo est payé par 40 entreprises qui investissent chacune 32.000 dollars.

Les grandes questions du moment sont : comment reprendre le contrôle de sa voiture en un minimum de temps, pourquoi s’endort-on si vite dans ce type de voiture, quand pourra-t-on faire des tests grandeur nature sur les routes, qui va payer les pots cassés ?

Waymo (ex-Google Car) a déjà parcouru plus de 5 millions de kilomètres et le public américain est toujours aussi dubitatif… Il se pose les bonne questions : quid si accident ? Si un tag a rendu un panneau illisible ? Si la voiture est hackée ? Ils ont raison, car une grande partie de la technologie vient de l’aéronautique, où les distances entre avions sont plus grandes qu’entre deux camions sur une route.

Une avancée législative intéressante vient d’être adoptée aux États-Unis, permettant à chaque marque automobile de mettre 100.000 voitures autonomes par an sur la route dès aujourd’hui.

 

Qui va payer ?

Google, lancé le 4 septembre 1998 et qui fait partie de la holding Afphabet depuis 2015, est valorisé aujourd’hui à près de 600 milliards d’euros. Son empire s’est construit grâce à la pub sur les moteurs de recherche. Demain, Google vendra tout simplement des solutions à plus forte valeur ajoutée, très commerciales, qui permettront de financer certains projets ambitieux de sociétés de voitures autonomes. Par l’entremise de Google, demain, c’est Starbucks qui vous offrira votre visite de la Grand-Place de Bruxelles si vous passez prendre un expresso chez eux… Simple comme business model, non ?

 

 

 

 

[1] https://cars.stanford.edu/

[2] https://www.rethinkx.com/

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