À Bruxelles, le vélo rattrape la voiture

Par Johan Debière  - 28 août 2018 à 13:08 | 1159 vues

Au propre comme au figuré, le vélo récupère peu à peu le retard qu’il avait sur la voiture. Tout bon pour la qualité de l’air à Bruxelles, mais aussi pour la compétitivité des entreprises et la bonne humeur des travailleurs cyclistes. La petite reine ose même désormais le transport de colis par conteneur.

Lentement mais sûrement, le vélo engrange des points à Bruxelles. Qu’il s’agisse des initiatives prises par le ministre de la Mobilité Pascal Smet, du lobbying des organisations comme Pro-Vélo ou encore des initiatives prises par Beci pour faire découvrir le vélo à ses membres, le deux-roues bénéficie enfin de soutiens dans toutes les sphères.

Dans le registre des transport de personnes, le vocabulaire emprunté par Michel Lagasse, fondateur et CEO de C-Tec Leasing et de Bike Square, illustre ce changement de paradigme : « Nous gérons des flottes de vélo pour le compte de sociétés comme Athlon ou Belfius ; ces deux compagnies sont attentives à la place que peut prendre le vélo dans une ‘mobility policy’ ; et à celles et ceux qui veulent bénéficier d’un très bon vélo à un prix avantageux, nous proposons depuis peu des vélos de direction. Il s’agit de vélos qui ont quelques centaines de kilomètres au compteur et qui sont en parfait état dans la mesure où ils ont bénéficié des programmes d’entretien assurés par nos équipes ». Pour expliquer le succès grandissant du vélo auprès des sociétés, Michel Lagasse pointe évidemment les problèmes de circulation et de parking, mais d’autres initiatives comme le Plan Mobilité tout récemment adopté par le Fédéral apportent à chaque fois une pierre à l’édifice.

Ce succès, c’est surtout à Bruxelles, en périphérie proche de la capitale et en Flandre que Michel Lagasse le remarque. Au-delà, c’est encore le calme plat. « De mon point de vue, on ne voit presque rien à Namur et à Liège » souligne le responsable de C-Tec, qui insiste pour voir les choses en positif : « Cela signifie aussi qu’il nous reste dans ces zones un énorme potentiel à exploiter ».

Bike Brussels

Quelle serait donc la recette de Bruxelles-Capitale et, partant, de la Flandre ? « Difficile de répondre » pour Étienne Bertrand, l’initiateur de Bike Brussels, un salon organisé pour la deuxième année à Tour & Taxis, et qui est plus un salon dédié à la mobilité en vélo qu’au vélo lui-même : « Si vous venez à Bike Brussels, vous ne verrez pas tout l’éventail des vélos proposés sur le marché. On y retrouve presque exclusivement des vélos électriques et des vélos pliables, ainsi que des vélos-cargo », explique l’organisateur de l’événement. C’est d’ailleurs la même formule qu’Étienne Bertrand a appliquée en Flandre à Bike Flanders, le rendez-vous donné par le vélo à celles et ceux qui sont déjà utilisateurs au quotidien, et dont il a organisé la première édition à Gand en avril dernier. En lançant cette formule, il a fait un fameux pari : celui de s’écarter de la formule d’un salon qui parle aux passionnés et aux rouleurs du dimanche pour se concentrer sur une formule plus terre-à-terre où chacun, particulier comme entreprise, aurait sa place. De ce point de vue, le fondateur de Bike Brussels et Bike Flanders estime avoir apporté sa pierre en vue d’imposer le vélo comme une pièce incontournable du mix-mobilité, aussi bien auprès des utilisateurs potentiels que des politiques, « un peu comme je l’avais fait il y a 20 ans en lançant le salon Bois & Habitat, à une époque où personne ne construisait de maisons en bois ».

Ahooga : le petit prodige pliant designé à Bruxelles

Faire en sorte que les vélos circulent mieux à Bruxelles, c’est bien. En fabriquer, c’est encore mieux… Ce défi, c’est celui qu’Ahooga s’est lancé avec un modèle pliant à assistance électrique qui a rencontré un beau succès, à Bruxelles et à l’étranger : « Depuis le lancement d’Ahooga, 500 vélos ont été vendus la première année, 1.000 la deuxième année, et nous avoisinons les 800 pour cette année. Nous sommes donc à 2.300, principalement en Belgique, en France et en Allemagne, essentiellement dans des zones urbaines », explique Philippe Lefrancq, co-fondateur d’Ahooga. Pour porter ce magnifique vélo pliant à assistance électrique, totalement pensé en Belgique et en partie assemblé dans notre plat pays, Ahooga mise sur le multi-channels : « Nous avons notre propre show-room, une boutique en ligne que nous complétons par un réseau de revendeurs. Il s’agit de magasins indépendants qui sont spécialistes du vélo. Notre volonté, c’était de modestement amener des gens de la voiture de société vers ce mode de transport, de leur faire abandonner une grosse voiture pour une plus petite, complétée par un vélo pliant comme Ahooga. C’est très exactement dans ce sens-là que nous avons pensé notre vélo. Il est léger et facile à manipuler, ce qui permet de se rapprocher de la destination finale en quatre roues pour effectuer les derniers kilomètres en deux-roues, là où la voiture passe plus difficilement. Alors oui, ce n’est pas aussi évident que ce que l’on avait imaginé, mais nous avons néanmoins déjà touché même une belle clientèle en B-to-B, une centaine d’entreprises allant de la PME à des entreprises plus grandes. »

 

Philippe Lefrancq (à gauche) et Frédéric Mertens, les fondateurs d’Ahooga.

Philippe Lefrancq (à gauche) et Frédéric Mertens, les fondateurs d’Ahooga.

Un marché qui se complète chaque jour

Ce que pense Philippe Lefrancq de l’arrivée de nouveaux services comme les vélos à assistance électrique en libre service ? « Nous voyons cela comme un marché qui se crée et s’étend, plutôt que comme une menace. Cela permettra de mettre plus de gens à vélo. Leurs besoins évolueront sans doute ensuite avec leur travail et leur famille. Et un jour ou l’autre, ils feront la connaissance d’Ahooga…».

Quels sont éléments qui permettraient de mettre plus radicalement les entreprises au vélo ? « Ce qui a fait le succès de la voiture de société en Belgique, c’est très clairement l’avantage fiscal. Et j’ai bien peur que cet avantage fiscal soit le seul et unique moyen de pousser davantage de gens vers le vélo », analyse Philippe Lefrancq. « La voiture de société était une manière bon marché pour l’entreprise de récompenser les employés. Et de la même manière, on pourra pousser les moyens de transport alternatif auprès des employeurs et des employés. » L’indemnité vélo ? « Sans doute, mais ce n’est pas le seul élément qui doit jouer en faveur du vélo. Ce doit être un avantage pour l’employeur également. Pour cette raison, la déductibilité à 120 % est également importante. Un autre élément qui me semble important, c’est de donner de la visibilité à cet élément du vélo de société lorsque l’employé rentre dans l’entreprise. Que, dans toutes les formules de leasing possibles, le vélo soit bien représenté, que les différentes possibilités offertes dans ce créneau soit mises clairement en avant par les sociétés de leasing avec, par exemple, des catalogues en ligne, comme pour les voitures. »

115.000 livraisons effectuées à vélo d’ici 2020

Autre développement intéressant et particulièrement prometteur : celui du transport de fret sur le territoire de Bruxelles-Capitale. Ici, c’est Philippe Lovens qui est à la manœuvre à travers Urbike, la coopérative bruxelloise de livraison de marchandises et Bcklt, un living lab retenu par Innoviris dans le cadre de l’appel à projets Test-it Smart Mobility Challenge. Outre les 500 tonnes de CO2 qui seraient évitées avec l’utilisation du vélo-cargo pour la livraison en conteneurs, près de 17 emplois seraient créés à partir d’un modèle où les livreurs déjà en place, comme Hush Rush ou Molenbike, auraient voix au chapitre, dans la mesure où ils seraient partie prenante du projet. Les détracteurs de l’ubérisation seront donc rassurés…

Infos :

  • https://finances.belgium.be/fr/particuliers/transport/deduction_frais_de_transport/trajet_domicile_travail/velo#q1
  • https://www.bikebrussels.be
  • https://www.ahooga.bike
  • https://urbike.be

Indemnité vélo

A raison de 0,23 euro maximum par kilomètre parcouru pour se rendre de son domicile à son lieu de travail, et en imaginant un trajet de 10 kilomètres à l’aller et autant au retour (environ 1h15 à 1h30 de temps de parcours aller-retour), un travailleur qui utiliserait le vélo chaque jour pour se rendre au travail peut se voir octroyer par son employeur un petit bonus d’un millier d’euros, totalement exonérés d’impôts. Autre élément intéressant, en particulier pour les navetteurs : l’indemnité vélo est combinable avec l’intervention de l’employeur dans l’abonnement aux transports en commun. Il est toutefois impossible de cumuler l’intervention « vélo » et l’intervention « transports en commun » pour le même trajet. Cela signifie que le cumul des deux devra se faire dans une logique de complémentarité : vous commencez le trajet en train, en bus et/ou en tram et terminez les derniers kilomètres avec le vélo pliant que vous aurez emporté dans les transports en commun, par exemple.

 

 

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