Données publiques : le nouveau pétrole pour tous ?

Par Stef Gyssels  - 8 octobre 2018 à 13:10 | 218 vues

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Peu de pouvoirs publics osent encore soumettre un projet numérique sans y faire figurer le terme ‘open data’. Tout le monde est convaincu de l’utilité des données publiques, mais des éléments législatifs et des entraves pratiques constituent toujours des obstacles. Beci a décidé de ne pas en rester là et de donner l’exemple.

‘Open data’ signifie littéralement ‘données disponibles au public’. Ces données peuvent provenir d’instances privées, d’institutions scientifiques ou de services publics. Dans la pratique, les pouvoirs publics en sont la principale source.

Pourquoi les autorités mettent-elles leurs données à disposition ?

La diffusion de données vers le grand public cadre dans la tendance actuelle à la transparence à l’égard du citoyen. Cette transparence permet en outre aux pouvoirs publics d’inciter davantage les citoyens à participer à la gestion : « Puisque vous en savez autant que nous, vous pouvez à votre tour contribuer à de nouvelles perspectives et de meilleures solutions. » Ce qui revient à dire qu’en diffusant ces informations, les pouvoirs publics espèrent que la population viendra enrichir les données.

Signalons encore que de nombreux pouvoirs publics comptent exploiter les effets positifs des données sur l’économie et sur la quête de l’innovation dans les entreprises. Les données sont devenues une matière première de grande valeur. En témoigne le slogan ‘data is the new oil’, certes un peu galvaudé, mais pas sans raison. Les entreprises qui parviendront à exploiter ces données s’enrichiront elles-mêmes, mais devraient aussi rendre la vie de chacun un peu plus agréable. Selon les chiffres de la Commission européenne en 2011, l’ensemble des avantages économiques résultant de la mise à disposition des données des pouvoirs publics pourrait atteindre 40 milliards d’euros par an dans l’UE. Sept ans plus tard, les attentes à l’égard du potentiel économique des données n’ont fait que croître.

Qu’est-ce qui entrave encore leur diffusion et leur exploitation ?

À l’instar de toutes les initiatives mises en œuvre avec les meilleures intentions, il subsiste la crainte que seule une minorité en bénéficie. Si quelques entreprises seulement entrevoient le potentiel des données publiques et commercialisent ensuite des solutions novatrices à un coût très élevé, l’impact positif sera réduit. D’où la question de savoir s’il faut utiliser les deniers publics pour enrichir quelques-uns – en l’occurrence, l’argent investi pour stocker les données et en améliorer la qualité.

Il y aura malheureusement toujours des gens mal intentionnés. Rendre publiques des données, c’est aussi s’exposer. Si un architecte rendait publics les plans d’un pont, il est possible que des individus ou des groupes peu recommandables utilisent ces données à des fins criminelles. La diffusion de données doit dès lors être une initiative réfléchie, par une évaluation comparative des avantages et des risques éventuels.

La problématique se complète d’un autre débat, très actuel : celui du respect de la vie privée. Il ne suffit pas de rendre anonymes les noms et prénoms. Une question telle que « combien de personnes sont nées à Uccle le 24 mars 1974 ? » ne nécessite pas beaucoup d’informations complémentaires pour obtenir un flot de renseignements sur une personne bien précise. En cas de doute, il peut être judicieux de contacter la commission Vie Privée.

Et puis, il faut veiller à ce que les données disponibles ne soient pas interprétées de manière erronée. À défaut de contexte, les données peuvent conduire à des conclusions divergentes et à des interprétations erronées, intentionnelles ou non. Ceci peut être évité en fournissant suffisamment d’informations complémentaires autour d’un lot de données.

Quels sont les données publiques internationales ?

Les diverses initiatives nationales à l’étranger se complètent aussi de projets de données publiques transfrontaliers. Les Nations Unies disposent d’un site web de données publiques contenant des statistiques sur les divers États membres ainsi que sur les diverses agences de l’ONU. De son côté, la Commission européenne a créé pour l’UE deux sites portails : l’EU Open Data Portal, qui donne accès aux données publiques de diverses institutions, agences et autres organes européens, et le portail PublicData, qui concentre les lots de données des services publics locaux, régionaux et nationaux dans toute l’Union européenne.

Les données ne sont pas seulement disponibles publiquement : elles s’accompagnent d’informations sur la manière de les diffuser. Ainsi, l’Open Government Partnership a lancé ce qu’il appelle l’International Open Data Charter, qui contient une série de principes de base et de bonnes pratiques pour la diffusion de données publiques par les pouvoirs publics. Des dizaines de pays ont déjà adopté cette charte, mais malheureusement pas encore la Belgique.

Quelles données publiques à l’échelle nationale ?

Une des ambitions du gouvernement fédéral est de mettre à disposition un maximum de données détenues par les pouvoirs publics. Ces données sont dites ‘open by default’ : elles seront toujours disponibles en tant que données publiques, sauf raison valable (vie privée, sécurité etc.). Tout cela constitue un fameux volume, disponible via le site portail fédéral data.gov.be. Ce portail ne se limite pas aux données fédérales : il propose aussi des données par région et même par ville. Un des lots de données les plus récents nous parvient en direct de la ville de Namur.

Cet apport en provenance de la Région wallonne est encourageant parce qu’à ce stade, la majorité des données publiques disponibles proviennent de Flandre. Des près de 10.000 lots de données disponibles en ligne lors de la rédaction de cet article, plus de 7.500 étaient d’origine flamande et moins de 1.500 de source francophone. Si nous les répertorions par catégorie, ce sont l’environnement (5.225) et le secteur public (4.102) qui prédominent. Signalons toutefois que Bruxelles s’investit de plus en plus dans les données publiques, comme il ressort d’ailleurs de l’interview de Bianca Debaets (lire par ailleurs). Le site http://opendatastore.brussels propose par exemple plus de 150 lots de données.

Ce portail est intéressant non seulement pour la liste des données publiques disponibles, mais aussi pour l’information étoffée sur l’utilisation de ces données et le cadre légal à respecter pour les consulter et les utiliser. Vous y trouverez également de multiples présentations, des actualités et même un manuel des données publiques.

Que fait Beci ?

Beci, en tant que représentant des entreprises bruxelloises, est aussi intéressée par le potentiel des données publiques. Dès 2014, Beci était partie prenante d’un hackathon qui avait pour mission d’élaborer une application intéressante et fonctionnelle au départ de données publiques. Quatre ans plus tard, Beci dispose de sa propre application qui exploite les ‘open data’. Il s’agit d’une sorte de data wall (http://datawall.connect2move.be/) qui rassemble toutes les données publiques relatives à la mobilité à Bruxelles. On peut notamment y voir où se situent les encombrements routiers, où subsiste de la place dans les parkings publics, etc. Toutes ces informations peuvent contribuer à réduire la saturation du trafic à Bruxelles, selon Ischa Lambrecht, conseiller mobilité chez Beci : « Les véhicules à la recherche d’une place de stationnement représentent 30 % de l’ensemble du trafic à Bruxelles. Un système efficace permettant de détecter les places libres peut contribuer concrètement à réduire la densité du trafic. »

Cette application fournit aussi des informations utiles aux cyclistes et aux transports en commun, notamment la disponibilité des Villo aux diverses stations, ou un récapitulatif des trains en retard. « Ce data wall constitue notre contribution à la ‘mobility as a service’ à Bruxelles. Ce service rassemble les informations sur les divers modes de transport et fournit des conseils sur les moyens d’arriver à destination. Le regroupement de toute l’information disponible débouche sur une véritable compréhension et permet de proposer des solutions », explique Ischa Lambrecht. « Ceci nécessite toutefois une bonne collaboration à tous niveaux, une bonne gestion des impératifs de la législation en matière de vie privée et la prise en compte d’autres considérations. Nous sommes convaincus que Beci, en sa qualité d’acteur neutre, peut jouer un rôle important dans cette démarche. Quoi qu’il en soit, Beci est disposée à jouer un rôle de médiateur ou de coordinateur pour rendre possible la ‘mobility as a service’. »

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