Open Source : La voiture en ville, quelle punition !

Par Édouard Cambier  - 11 octobre 2018 à 15:10 | 246 vues

© GettyImages

Je me transforme, mais pas sans peine.  Depuis quelques mois, j’ai trois bureaux sur Bruxelles : ma base est Seed Factory, à Etterbeek. Le matin, je travaille chez Beci, avenue Louise, et souvent l’après-midi pour la Belgian Workspace Association dans la tour Generali, avenue Louise également. Une journée à vélo fait 16 km en moyenne. Moi qui, fin des années 90, avais choisi de travailler chez Roularta pour le challenge, le secteur et surtout la belle auto couleur bleu « lagoon ». J’ai bien changé.

Édouard Cambier

Édouard Cambier

Je démarre place Saint-Job vers 8 h du matin pour un premier rendez-vous au Café de la Presse, avec un collègue ou un client. La route sur mon vélo électrique est agréable, à travers le bois de la Cambre. Dans les années 80, c’était encore la chasse gardée des Golfs GTI. Aujourd’hui, avec la transformation de la ville, il est devenu confortable de rouler dans cette partie de Bruxelles en journée. Mais vers 8h30, c’est beaucoup moins agréable : le bois est très encombré par les voitures venant de Waterloo. Il faut faire attention car deux tiers des conducteurs sont sur leur smartphone. Ils sont tendus, agressifs, capables de vous écraser pour gagner 3 secondes.

Le choix de faire du vélo pour moi est assez neuf ; il était devenu quasiment impossible de me déplacer dans la ville, de me garer et d’éviter les PV de parking, les PV d’excès de vitesse et les PV pour mauvaises manœuvres. J’ai donc changé de mobilité et acheté un vélo électrique en 2016. Je crois que si je n’y avais pas été obligé, je serais toujours au volant de ma voiture – et au téléphone. Aujourd’hui à 52 ans, sans enfant à déposer à l’école, sans obligation de faire des courses ou de me déplacer en province, je circule à vélo entre l’ULB-VUB, les Casernes et la chaussée de Waterloo.

Le vélo à Bruxelles demande une concentration de chaque instant. Entre la mauvaise conduite des uns, les cyclistes qui ne s’arrêtent plus aux feux rouges, les trous dans les routes et les 4X4 qui ne souhaitent pas vous voir, c’est plus que sportif ; ). En fin de journée, je tousse. Mauvaise santé ? D’après moi, c’est plutôt le temps passé derrière les pots d’échappement qui irrite mes cordes vocales. Je constate aussi que, dans la très grande majorité des voitures, il n’y a qu’une personne. Si chaque conducteur embarquait un passager, nous n’aurions tout simplement plus de problèmes d’embouteillages dans Bruxelles.

Il y a 30 ans, je vivais à Washington. À ce moment déjà, sur les autoroutes, il y avait des bandes réservées aux voitures avec 2 ou 3 personnes, et une seule bande pour les voitures avec une seule personne…  Ceux qui souhaitaient voyager seuls (ce que je respecte) devaient tout simplement quitter leur domicile peu plus tôt !

La mobilité pourrait être solutionnée assez simplement. Voyez cet été : nous n’avons (presque) pas  eu de problèmes à Bruxelles, alors que beaucoup continuaient à travailler. Il suffit de quelques milliers de personnes qui adaptent leurs horaires et c’est réglé.

De toute façon, les grandes villes continueront à se développer. Il y aura à Bruxelles plus de jeunes, plus d’internationaux et plus de créativité. Si chaque habitant faisait une petite pause, analysait sa façon de se mouvoir et adaptait sa mobilité, nous atteindrions l’objectif. Quelques exemples ? Pourquoi déposer votre enfant individuellement alors qu’il existe une application (Koalift) pour déposer trois enfants par voiture? Pourquoi venir seul en auto et payer un parking prohibitif alors qu’il existera prochainement des bus B2B avec wifi pour travailler sur la route du bureau ? Pourquoi monter sur Bruxelles ou Anvers tous les matins alors qu’il y a 144 espaces de travail entre Knokke et Poix-Saint-Hubert ? Pourquoi ne pas travailler de chez vous en demandant à votre patron de vous faire confiance ? D’après l’institut VIAS, nous serions 42 % à disposer des moyens nécessaires pour bosser régulièrement de chez nous – mais seulement 8 % à le faire.

Dites, vous les patrons, si vous laissiez travailler vos collaborateurs en toute confiance depuis leur privé ou depuis un tiers-lieu ? Cela nous permettrait de circuler plus rapidement, merci d’avance.

Partager

Ischa Lambrechts

Conseiller Mobilité