La blockchain, source d’opportunités pour les entreprises belges

Par 26 octobre 2018 à 08:10 | 353 vues

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La technologie prometteuse de la blockchain pourrait bientôt bouleverser des secteurs économiques comme la banque, l’assurance ou le transport. Start-up et grandes entreprises commencent à s’y intéresser de près.

C’est l’une des technologies les plus en vue du moment. La blockchain (chaîne de blocs en français) est en passe de bousculer toute une série de secteurs économiques. « La quatrième révolution numérique est en marche », plante Marc Toledo, spécialiste de la blockchain et managing director de Bit4You. Invité en juin dernier par Beci à l’occasion d’une conférence consacrée à la blockchain qui a réuni une soixantaine d’entrepreneurs à Bruxelles, le chef d’entreprise a donné au public présent un premier aperçu des opportunités offertes par cette technologie de rupture. Une présentation complétée par les interventions de Rudi Strobbe (Axa) et José Zurstrassen (Leansquare).

La blockchain permet de stocker et sécuriser des données numériques de manière quasiment infalsifiable. Cette technologie peut être comparée à une sorte de registre en ligne où différentes parties inscrivent progressivement des informations. Ces informations ne peuvent être retirées de ce registre et sont donc authentifiées à destination de l’ensemble des utilisateurs de la blockchain.

Fonctionnement décentralisé

La particularité essentielle de cette technologie est son fonctionnement décentralisé. La blockchain n’est pas contrôlée par une entité unique, comme c’est le cas par exemple pour un système de stockage de données dans le cloud, de type Dropbox. Elle est contrôlée par une multitude d’utilisateurs, qui « prêtent » une partie des capacités informatiques de leurs ordinateurs pour assurer la validité des opérations réalisées sur la chaîne de blocs.

Pour modifier des données inscrites sur la blockchain, un pirate informatique devrait prendre le contrôle d’au moins la moitié de ces ordinateurs disséminés un peu partout dans le monde qui valident les transactions. Ce qui est quasiment impossible. C’est la raison pour laquelle on peut estimer que cette technologie est quasiment inviolable. C’est l’une des clés de son attrait pour toute une série de secteurs économiques, à commencer par la banque et la finance. Les applications les plus connues sont en effet liées aux cryptomonnaies et notamment à la plus connue d’entre elles, le bitcoin. Le côté sulfureux de cette monnaie virtuelle, très volatile, dont l’usage actuel se concentre essentiellement sur la spéculation et qui est fortement critiquée par les régulateurs du secteur financier, ne doit pas masquer le potentiel de sa technologie sous-jacente.

Ce n’est pas un hasard si de nombreuses institutions bancaires planchent aujourd’hui sur des solutions de paiement intégrant le processus de la chaîne de blocs. La banque américaine Goldman Sachs vient d’annoncer la création prochaine d’un service dédié aux investissements dans certains produits liés aux cryptomonnaies. Quant à la banque Santander, elle fait actuellement des tests sur la technologie Ripple – qui a donné son nom à une des principales cryptomonnaies en circulation – afin d’améliorer l’efficacité, la rapidité et la traçabilité de ses paiements internationaux. « Au sein de beaucoup de grandes banques, c’est un des sujets du moment. Les applications concrètes ne vont pas tarder à émerger », confirme José Zurstrassen, executive chairman chez Leansquare et fondateur de Keytrade Bank.

José Zurstrassen

Carte verte numérique

Du côté des assurances, les choses bougent également. En partenariat avec B-Hive, qui rassemble l’écosystème fintech (technologies de la finance) à Bruxelles, Assuralia et plusieurs compagnies d’assurance planchent sur un projet de carte verte numérisée. L’idée est de créer une version digitale de la carte verte, qui sera authentifiée sur la blockchain. « Cela permet d’éviter les risques de fraude sur la version papier de ce document, et du coup cela permet aux assureurs d’économiser de l’argent », avance Rudi Strobbe, en charge de l’innovation chez Axa. Ce projet pourrait offrir de nouveaux débouchés aux assureurs dans le cadre de l’essor des voitures partagées, pointe Rudi Strobbe. Une carte verte numérique permettrait de commercialiser des contrats d’assurance sur de très courtes durées, pour une journée voire une heure de conduite. Les assureurs ont commencé à plancher sur ce concept de carte verte digitale en juin dernier. Un projet pilote devrait être lancé en novembre prochain.

Un autre projet est en cours dans le domaine de l’assurance, lié cette fois aux produits d’assurance vie. L’idée est de digitaliser et d’authentifier en ligne l’ensemble des informations qui ont trait au décès d’une personne (certificat de décès, acte notarié, contrat d’assurance, etc.). « Entre le décès et le versement de la prime d’assurance, il s’écoule souvent huit semaines voire plus. Si toutes les informations nécessaires étaient inscrites sur la blockchain, cela pourrait se faire en quelques jours, de manière beaucoup plus simple », explique Rudi Strobbe (Axa).

Des métiers menacés ?

Vu son caractère décentralisé, la technologie de la blockchain est souvent présentée comme une révolution pour certaines professions intermédiaires. Selon certains, elle pourrait même permettre aux utilisateurs de se passer du tiers de confiance. Certaines professions, comme les banquiers, les notaires ou les courtiers d’assurance seraient menacés par l’émergence de cette technologie. À l’heure actuelle, ce scénario n’est pas encore écrit, même si la digitalisation de toute une série de tâches a déjà des conséquences indéniables sur un nombre de plus en plus important de secteurs économiques. Il est par contre intéressant de constater que les professionnels de ces secteurs commencent à tester voire à intégrer ces nouvelles technologies, afin d’éviter de se faire dépasser par des acteurs extérieurs. C’est le cas de la fédération des notaires, qui a annoncé fin 2017 le lancement d’un test de validation de certaines opérations notariées sur la chaîne de blocs.

Du côté de l’État aussi, de premières initiatives commencent à voir le jour. L’administration des finances est particulièrement concernée : on pourrait imaginer un jour que l’ensemble de nos données fiscales soient authentifiées sur la blockchain. Le cabinet du ministre Johan Van Overtveldt a récemment demandé un rapport (attendu pour le printemps 2019) sur les possibilités offertes par cette technologie pour alléger le travail de son administration. Les contrôles TVA des entreprises et les contrôles douaniers pourraient faire l’objet d’une première expérimentation.

Une vingtaine de start-up belges

Les secteurs concernés par le potentiel de la blockchain sont très nombreux : « La santé, les objets connectés, la logistique, le transport… », énumère Marc Toledo (Bit4You). Exemple frappant dans le domaine des transports : le géant de l’automobile VW vient d’annoncer que 300 personnes travaillaient en interne sur des projets intégrant la technologie de la chaîne de blocs. VW pense notamment équiper ses véhicules d’un système de clé digitale authentifiée sur la blockchain, mais aussi protéger ses voitures connectées (et demain ses voitures autonomes) des pirates informatiques grâce à la technologie ultra-sécurisée de la blockchain.

Marc Toledo

Au-delà des grands groupes industriels ou de services, de plus en plus de start-up développent également des concepts et des produits utilisant le potentiel de la chaîne de blocs. Pas étonnant quand on sait que les investissements dans cette technologie pèseront 12 milliards de dollars en 2022, d’après les dernières estimations du consultant spécialisé IDC. En Belgique, une étude publiée par Thomas Vanderstraeten, CTO de la fintech Seraphin, a recensé plus de 200 personnes travaillant sur de nouveaux projets estampillés blockchain. Une vingtaine de start-up ont déjà été créées, dans toute une série de domaines : financier (Keyrock, qui vient de lever 900.000 euros), juridique (Stampify), objets connectés (Settlemint), réseaux sociaux (Hey), consultance (Oceanlab), santé (Flycare)… Un véritable écosystème belge est en train de se créer autour de cette technologie, qui commence à inspirer et intriguer les entrepreneurs à la recherche de nouveaux défis et de nouvelles opportunités.

 

 

 

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