« Nous visons 40 % du marché à Bruxelles »

Par 9 novembre 2018 à 11:11 | 139 vues

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John Porter, patron de Telenet depuis cinq ans, construit l’expansion de l’opérateur à Bruxelles face à son concurrent Proximus.

Premier opérateur télécom en Flandre, Telenet détient 60 % du marché fixe et mobile au nord du pays. Son nouveau terrain de jeu s’appelle désormais Bruxelles, région dont le marché est occupé majoritairement par Proximus. Arrivé en 2013 à la tête de Telenet après une carrière de plus de dix ans dans une compagnie de télécom en Australie, l’Américain John Porter a déployé la force de frappe de Telenet grâce à un réseau fixe et mobile très compétitif. « Telenet est actif depuis 24 ans Flandre mais il faudra désormais nous considérer comme une entreprise d’envergure nationale », avertit en anglais le patron. Le pied est déjà mis à l’étrier. Grâce aux rachats récents de Base et SFR BeLux, Telenet a engrangé pas moins de 400.000 abonnements à Bruxelles et vise… une présence de 40 % sur le marché bruxellois d’ici deux ans ! Les gros chantiers de l’opérateur : le développement de nouveaux contenus, l’optimisation de la vitesse de la bande passante et le passage en ‘digital first’ au niveau interne. John Porter lève un coin de voile sur sa stratégie à Bruxelles.

Bruxelles Métropole : Telenet occupe depuis peu le marché à Bruxelles. Que représente aujourd’hui son activité ?

John Porter : Telenet est arrivé sur le marché bruxellois en 2008, avec une présence sur quelques communes seulement. Nous avons développé nos activités notamment grâce à deux acquisitions importantes : Base en 2016 et SFR Belux en 2017. Aujourd’hui, 400.000 clients à Bruxelles ont opté pour Telenet : 100.000 pour le réseau fixe et 300.000 pour le réseau mobile. Pour Bruxelles, cela représente 20 % d’un marché toujours dominé par Proximus. Dans les deux prochaines années, nous avons l’ambition d’occuper 40 % du marché à Bruxelles, tant du côté consommateur que B2B.

Vous parlez d’un développement en B2B. De quelle manière ?

Jusqu’ici, les petits commerçants ne savaient pas qu’il existait une alternative à Proximus. Orange et Base existent depuis un certain temps, mais Proximus reste dominant. Via un investissement de centaines de millions d’euros, Telenet a développé le réseau physique le plus rapide du marché, tout comme la vitesse de téléchargement la plus rapide pour le réseau mobile. Nous proposons de nombreuses solutions pour les entreprises : un prix global pour le mobile et la ligne fixe ou encore le programme « accélération digitale », qui aide les entreprises pour leur présence sur les médias sociaux, le développement de la publicité digitale et l’e-commerce.

Comment Telenet pourra-t-il prendre des parts de marché à Proximus à Bruxelles ?

Le développement de Telenet est fondé sur trois axes. Premièrement notre réseau, qui propose des avantages comme l’utilisation de n’importe quel support physique dans n’importe quel endroit ; des contenus télé exclusifs ou même un accompagnement en cas de problème pour la télédistribution. Le deuxième pilier est le divertissement : nous proposons du contenu international, du sport premium, de la vidéo à la demande et du contenu local. Nous avons produit des séries flamandes comme « De Dag » et « Chaussée d’amour », ce que nous aimerions également développer du côté francophone. Le troisième pilier est l’expérience client, que nous tentons chaque fois d’améliorer.

Telenet n’a jamais caché son envie de racheter Voo pour s’étendre en Wallonie. C’est toujours dans vos projets ?

D’opérateur uniquement présent en Flandre voici 24 ans, Telenet est aujourd’hui fournisseur national. En Belgique, 70 % des personnes sont reliées à la ligne fixe et 100 % passent par le mobile, ce qui offre une belle perspective. Nous voulons proposer des services fixes au sud. Étant donné que la vente de Voo n’est pas d’actualité, il est difficile de parler d’une véritable implantation en Wallonie. Si ce n’est pas le cas, nous continuerons à trouver plus de clients au sud du pays autrement. Pourquoi ne pas s’étendre également à l’étranger si une opportunité se présente ?

Les prix de la téléphonie fixe et sans ligne en Belgique sont plus élevés que la moyenne européenne. Telenet peut-il prétendre à une baisse des prix ?

Le marché est assez compétitif : un abonnement mobile varie entre 5 et 100 euros. Vous pouvez opter pour une connexion illimitée et les consommateurs ont le choix entre Proximus, Scarlet, Orange ou Telenet/Base. Depuis trois ans, le prix des abonnements pour mobiles baissent d’environ 10 % chaque année. À un moment, il sera difficile d’aller plus bas. Par ailleurs, le nombre de téléchargement de données double chaque année. Dans cinq ans, tout le monde pourra télécharger des données de façon illimitée, ce qui nous poussera à développer d’autres segments : des applications Smartphone, des vidéos ou encore améliorer le service client.

Vous dites que la Belgique possède un des meilleurs réseaux au monde. Quelle en est la raison ?

Il y a cinq ans, le réseau belge était plus ou moins dans la moyenne. Tout a changé quand nous avons décidé de reconstruire un réseau capable de se développer pour les dix, voire quinze années à venir. Nous avons développé la technologie HFC : le réseau Hybride Fibre Coaxial. Il s’agit de la technologie qui combine la fibre optique et le câble coaxial. Ce réseau possède une architecture très dynamique, qui permet d’accroître la capacité et la vitesse.

Vous affirmez que des experts étrangers viennent en Belgique, en particulier chez Telenet, pour trouver de l’inspiration. Pourquoi ?

Telenet mise beaucoup sur l’innovation, notamment avec un ‘digital lab’. Notre entreprise est la première à avoir proposé une solution unique pour l’abonnement fixe et mobile. Telenet a lancé la première télévision digitale et fut la première à lancer de la vidéo à la demande à un prix local. Citons également des innovations en interne. Nous allons par exemple changer notre système financier et le back office en mode digital. Nous adoptons la philosophie du ‘digital first’ et un développement plus agile. Nous ne misons plus seulement sur un système hiérarchique de style pyramidal mais plutôt horizontal.

Vous avez dirigé des entreprises de télécommunication aux États-Unis et en Australie. Quelle différence voyez-vous avec le système européen ?

Je trouve que le gouvernement européen est beaucoup trop proactif, il essaye de réguler le secteur. Le secteur de la télécommunication en Europe connaît un bon développement. Nous avons connu récemment 18 initiatives régulatoires prises au niveau belge et européen qui ont coûté à notre business. Ces mesures poussent certains à ne plus investir. Nous devons l’accepter, mais j’espère que cela changera.

Vous avez 61 ans. Avez-vous un challenge personnel par rapport à la gestion de Telenet ?

J’aime les challenges. Je suis venu en Belgique car j’aime travailler dans un milieu multiculturel et apprendre d’autres langues. Pour moi, Telenet n’est plus juste une compagnie de téléphonie mais bien une plate-forme multimédia. Modestement, j’espère réinventer le business model de Telenet. Nous avons déjà les produits et nous devons réinventer une stratégie pour faire grandir Telenet. N’attendez pas de moi que je regarde le coucher de soleil.

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« Nous avons déjà les produits et nous devons réinventer une stratégie pour faire grandir Telenet. »

L’Australie avant la Belgique

Un patron américain à la tête d’une entreprise 100 % active sur le sol belge, c’est assez atypique. La raison pour laquelle John Porter a posé ses valises au plat pays tient à l’actionnariat de Telenet. Après une carrière aux États-Unis, notamment en tant Président de Time Warner Communications, John Porter a géré durant treize ans le réseau public australien Austar. Un réseau en partie détenu par Liberty Global, société américaine de télécommunication qui possède 60 % de Telenet. « J’avais jusque-là toujours dirigé des compagnies publiques de télécommunication. Quand Austar a été vendu, je pensais rediriger mes activités en-dehors de la direction d’une société. On m’a proposé la gestion de Telenet, challenge que j’ai accepté. » Le patron de 61 ans a d’ailleurs quelques liens avec notre pays… « Mon grand-père est décédé lors de la bataille d’Ypres en 1915. J’ai par ailleurs étudié l’histoire, je connais donc les grands événements qui se sont déroulés en Belgique. » Féru de la philosophie du Vieux Continent, qui « correspond à (sa) sensibilité pour son approche plus sociale », John Porter ne cache pas son affection pour la ville de Bruxelles, qu’il ne connaissait pas avant d’atterrir chez nous voici cinq ans. « J’aime beaucoup les espaces verts à Bruxelles, notamment la Forêt de Soignes. J’aime par ailleurs faire du sport et écouter de la musique. Certains pourront d’ailleurs me croiser à un concert à l’Ancienne Belgique ! »

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