Le passage à la voiture électrique est une nécessité

Par 10 novembre 2018 à 08:11 | 156 vues

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Peu d’entreprises bruxelloises savent qu’elles seront dispensées de taxe de stationnement si elles installent des bornes de recharge sur leur parking. L’échevine de la Mobilité à la Ville de Bruxelles, Els Ampe – qui va toutefois quitter ses fonctions dans la foulée d’élections défavorables à son parti, l’Open VLD – a voulu suivre l’exemple londonien en accélérant le passage à la voiture électrique. Une politique que la nouvelle majorité devrait poursuivre.

Le centre piétonnier constituait sans doute la mesure la plus spectaculaire du plan de mobilité ambitieux présenté en 2014 par Els Ampe. Au point d’occulter d’autres propositions. Parmi elles, la dispense de taxe de stationnement lorsqu’une entreprise installe des bornes de charge pour véhicules électriques. Dommage. Cette mesure relativement simple pourrait sérieusement favoriser l’abandon des voitures diesel et essence au profit de véhicules électriques, plus durables. « C’est l’histoire de l’œuf et de la poule », constate Els Ampe, qui était encore l’échevine bruxelloise de la Mobilité au moment de cet entretien. « Sans bornes de charge, les gens n’achètent pas de véhicules électriques. Les sociétés de leasing suivent la même logique : tant qu’il n’y aura pas de bornes de charge sur les parkings des entreprises, il sera très difficile de rendre le parc automobile plus vert. C’est pour casser cette spirale que nous avons décidé de renoncer à la taxe de stationnement sur les parkings dotés de bornes. »

Cette initiative annoncée il y a quatre ans déjà n’a convaincu qu’un petit nombre d’entreprises. L’incitant pourrait pourtant soutenir une ambition du plan soumis par la Région de Bruxelles-Capitale en avril de l’année passée, à savoir l’installation de 200 bornes de charge publiques à Bruxelles. Nous disposons aujourd’hui de 44 points de charge de véhicules électriques dans des parkings publics, 27 dans des parkings d’immeubles de bureaux et encore quelques-unes dans les parkings souterrains de certains hôtels. « Nous invitons les entreprises à participer de manière nettement plus volontariste. D’autant plus que la mesure présente un beau potentiel », argumente Els Ampe. « Le gain est double : la taxe de stationnement disparaît et les collaborateurs passent plus facilement au véhicule électrique. »

Communication insuffisante

L’objectif, en fin de compte, est d’améliorer la qualité de l’air à Bruxelles. Les autorités de la ville se sont donc lancées dans la promotion de bornes de charge sur la voie publique. Toutes les entreprises ne disposent en effet pas d’un parking privé. Els Ampe : « La ville encourage l’installation de bornes de charge sur la voie publique, mais ne s’en occupera pas elle-même. Dans le passé, nous ne nous sommes pas davantage investis dans la construction de stations-service. En revanche, nous pouvons faciliter l’installation. Les entreprises qui veulent exploiter des bornes de charge peuvent introduire une demande à cet effet auprès de la ville grâce à un formulaire disponible sur le site Web. Nous vérifierons alors si la capacité du réseau électrique est suffisante et nous délivrerons dès que possible un permis d’installation. Nous voudrions que le secteur privé s’acquitte lui-même de la maintenance et de la gestion des bornes – et supporte en conséquence les frais qui en découlent. La société EV-Point a été la première à introduire pareille demande. Elle a installé un point de charge près de l’Atomium au début octobre. »

Une rapide enquête auprès des entreprises nous apprend que la mesure qui prévoit l’exonération de taxe de stationnement dans les parkings d’entreprise est largement méconnue. Els Ampe admet que la communication n’a sans doute pas été suffisante, à ce stade. « Le Salon de l’Auto qui se tiendra en janvier attachera un peu plus importance aux véhicules électriques. Ce n’est en effet qu’au cours de cette dernière année que la voiture électrique suscite davantage d’intérêt. La prise de conscience est relativement récente. Sans doute notre initiative arrivait-elle trop tôt, en 2014. Il faut laisser aux entreprises le temps de s’adapter. »

À chacun sa méthode

Il ressort de notre enquête que les entreprises se préoccupent réellement d’une mobilité plus verte et d’une meilleure qualité de l’air, mais chacune travaille à sa propre solution. Certaines entreprises, notamment Axa, déconseillent totalement l’usage de la voiture. Pour sa part, la société immobilière Befimmo privilégie une approche stratégique de la mobilité. Elle ne veut rien imposer à ses collaborateurs et maintient toutes les possibilités. Quelques membres du personnel circulent déjà à bord d’une voiture électrique. Befimmo a donc installé des bornes de charge à leur intention sur le parking. L’entreprise met également à disposition une ‘pool car’ électrique, que les collaborateurs peuvent utiliser en journée (et parfois même ramener chez eux le soir). Selon la même logique, Befimmo propose également quelques ‘pool bikes’ électriques à partager. D’autres locataires de l’immeuble de bureaux peuvent également en faire usage.

La Banque Nationale de Belgique a fait installer dès 2013 deux bornes doubles de charge rapide sur son parking. Certains emplacements réservés aux véhicules électriques ou hybrides disposent par ailleurs de prises de courant 220 V ordinaires, sur un circuit réservé. Le parc de véhicules de la BNB est pourtant très réduit (une dizaine de voitures seulement). À peine 15 % du personnel se rend au travail en voiture.

La BNB bénéficie depuis dix ans du label Entreprise Écodynamique (décerné par Bruxelles Environnement). D’où une politique qui encourage chacun à utiliser les transports en commun. Le fait qu’à cette période, la BNB ait fermé les agences réparties sur tout le territoire national a sans conteste contribué à réduire les déplacements. La multiplication des possibilités de travail à domicile réduit à son tour les besoins de transport. Enfin, la localisation des bureaux de la BNB en plein centre-ville, à quelques pas de la Gare Centrale et de plusieurs lignes de métro et de bus, encourage l’usage des transports en commun. Les déplacements en train, tram ou bus constituent la formule idéale pour éviter les encombrements routiers à Bruxelles et dans la périphérie. Nous apprenons que le vélo gagne également en popularité au sein de la BNB, d’autant plus que les prix des vélos électriques sont devenus plus abordables. L’entreprise propose un parking à vélos (équipé de prises électriques pour les e-bikes), des douches, des vestiaires et des espaces de rangement pour le confort des collaborateurs qui ont opté pour le deux-roues. Quatre e-bikes sont par ailleurs à disposition pour les déplacements professionnels à l’intérieur de la ville.

L’inspiration en provenance d’autres villes d’Europe

Le parc de véhicules électriques se développe lentement dans notre pays. Le réseau de bornes de charge se développe plus vite en Flandre que le nombre de voitures électriques. En Wallonie, l’installation de ces bornes de charge reste problématique. On en vient à se demander si un parc de véhicules électriques est vraiment une solution d’avenir. La formule ouvre des perspectives sur le plan écologique, mais ne réduira pas les embouteillages.

Des alternatives telles que le vélo et les transports en commun sont-elles plus prometteuses? Els Ampe : « La réglementation de ces modes de transport alternatifs est déjà relativement sévère. Aujourd’hui, les immeubles de bureaux sont obligés de disposer d’un local pour les vélos. Les pistes cyclables se multiplient. J’estime pour ma part qu’il faut davantage investir dans le métro, quand on sait que 10 des 19 communes bruxelloises ne sont pas desservies. Il reste beaucoup à faire. Exemple : 80.000 voitures rentrent à Bruxelles tous les jours via Grand-Bigard. L’installation d’un parking en périphérie et d’une station de métro pourrait atténuer cette invasion quotidienne. Il faudrait vraiment que la Région de Bruxelles-Capitale développe un plan de métro digne de ce nom. Des villes telles que Londres, Paris, Amsterdam, Madrid, Helsinki et Copenhague prouvent que c’est possible. Elles travaillent simultanément à l’extension du parc automobile électrique et au développement des lignes de métro. La densité de population de la ville de Londres n’est que la moitié de celle de Bruxelles. Pourtant, la ville dispose d’un réseau de métro de grande ampleur, auquel 42 km supplémentaires vont s’ajouter bientôt. » Ne soyons pas naïfs : il y aura toujours des voitures en circulation. « Mais il faut mettre un terme à leurs émissions toxiques. Le passage à la voiture électrique est indispensable», conclut Els Ampe.

Les élections ont rejeté l’Open VLD dans l’opposition à Bruxelles, contraignant l’échevine à quitter ses fonctions. Qu’adviendra-t-il de sa politique en matière de mobilité électrique ? L’avenir le dira, mais on voit mal la nouvelle majorité abandonner le développement de cette alternative ‘urban friendly’.

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