La sous-traitance, voie royale pour les PME chez Bruxelles Mobilité

Par Cédric Lobelle  - 24 novembre 2018 à 07:11 | 134 vues

La destruction du viaduc Reyers a nécessité de multiples marchés publics pour les études de stabilité, le contrôle de chantier, l'éclairage LED, le désamiantage… ©Belga

Même si Beci n’est pas le dernier à pointer la lenteur de certains gros chantiers (destruction du viaduc Reyers, rénovation des tunnels…), réduire Bruxelles Mobilité à ces contrariétés serait injuste. L’institution régionale est incontournable dans la gestion de la mobilité au sens large et un initiateur important de marchés publics pour les entreprises.

 

Bruxelles Mobilité (BM), qui a fait l’objet d’un séminaire fin septembre chez BECI, emploie environ 500 collaborateurs pour un budget annuel d’1,2 milliard d’euros, dont 1,08 milliard de budget d’exécution. Une somme répartie en dotation à la STIB (72 %) et au port de Bruxelles (1 %) ; le reste, 291 millions, étant utilisé pour ses activités propres, dont l’essentiel consacré aux investissements : transports publics (87 millions), ponts et tunnels (72 millions), voiries et espaces publics (43 millions). Viennent ensuite l’entretien de ces voiries et espaces publics (41 millions), l’entretien des transports publics (5 millions), la sécurité routière (8,5), etc. Des budgets conséquents et notamment des chantiers majeurs générant de multiples marchés publics, entre autres des missions d’études.

 

Missions d’études et travaux de modernisation

« La destruction du viaduc Reyers est caractéristique à cet égard », indique Eric Monami, chef de service au Pôle Construction de BM. « Il a fallu lancer des marchés publics pour les études topographiques, les études de stabilité, le contrôle de chantier, l’éclairage LED, le désamiantage, la surveillance, la signalisation, les études phytosanitaires, les études de mobilité, l’analyse contrôle-qualité du terrain, la percolation, etc. »

BM commande aussi des études plus générales avec éléments urbanistiques, de stationnement et de circulation, des modèles globaux et locaux de mobilité, mais également des enquêtes de satisfaction (semaine de la mobilité, dimanche sans voiture…), sur l’utilisation des différents modes de transport, sur la signalisation verticale…

« Les plus grosses dépenses passent par des marchés publics européens », signale Philippe Barette, directeur stratégie chez Bruxelles Mobilité. « Notamment les marchés d’études tels que celui de la Toison d’Or, ou des chantiers de rénovation comme celui de la chaussée d’Ixelles, environ 6 millions d’euros, ou celui du quartier Schumann, près de 6 millions, dont 770.000 euros rien que pour l’étude. »

Le budget pour les travaux de modernisation des espaces publics monte à 40 millions. Raison pour laquelle BM traite en priorité avec des entrepreneurs agréés de classe 7 (travaux entre 3,225 millions et 5,330 millions d’euros) ou classe 8 (au-dessus de 5,330 millions d’euros).

Viser la sous-traitance

Quid des PME bruxelloises dans l’octroi de ces marchés ? « Elles peuvent bien entendu participer, mais nous ne pouvons pas faciliter leurs démarches », reprend Eric Monami. « Pour les plus gros marchés, nous conseillons aux PME de s’associer avec des consortiums, ou de décrocher des accords de sous-traitance et de ‘sous-sous-traitance’. Elles doivent être proactives et attentives : même les petits marchés sont publiés et ouverts à tout le monde. Nous passons deux types de marchés. Soit des marchés ‘stock’, à la commande, en octroyant à un seul entrepreneur une enveloppe globale pour, par exemple, des pistes cyclables. Des contrats d’un an, renouvelables plusieurs fois, mais avec une incertitude liée aux changements de politique. Et il y aussi les appels d’offres. Généralement, nous réalisons le cahier des charges. Mais il nous arrive de valider celui proposé par un soumissionnaire. »

Plusieurs gros chantiers de modernisation sont au programme en 2019 : la chaussée de Ruisbroek, l’avenue du Port, le ‘park & ride’ de Stalle, l’avenue Simonet, l’avenue des Palais, l’avenue Delleur, ou encore la Petite Ceinture (Madou-Porte de Namur).

 

Entretiens et réparations

©Belga. L’aménagement des pistes cyclables, tout comme la signalisation, font partie des tâches de Bruxelles Mobilité.

Les marchés « entretiens et réparations » représentent une grosse part du budget propre de Bruxelles Mobilité : près de 100 millions d’euros, dont 15,5 millions consacrés à la gestion des espaces verts (les 25.200 arbres de voirie, les zones vertes aux entrées des autoroutes…) et la gestion des œuvres d’art et fontaines. La même somme est prévue au pôle entretien des voiries (320 km) : revêtements, trottoirs, pistes cyclables, égouttage, pose et réparation de mobilier urbain…

Il y avait également, en 2018, 46 millions d’euros pour le pôle « ponts et tunnels » (92 ponts, viaducs et passerelles et 42 tunnels routiers totalisant 11,5 km). « Ce sont des marchés publics spécifiques, réalisés ouvrage par ouvrage. Le budget est fluctuant, en fonction des plans d’investissement. En 2018, il est plus important car la rénovation du tunnel Léopold II a débuté », signale Vincianne Lerate, directrice ff de la Direction Gestion et Entretien des Voiries. 24 autres millions d’euros sont prévus pour les interventions électromécaniques : maintenance des installations électriques, électromécaniques et électroniques des tunnels routiers, des équipements haute et basse tension, des sites techniques, surveillance vidéo, gestion de la fermeture de tunnel, nettoyage…

Le pôle marquage au sol et signalisation verticale nécessite quant à lui 7,5 millions d’euros annuels (il y a 55.000 panneaux de signalisation à Bruxelles !), auxquels il faut ajouter 5 millions pour la signalisation lumineuse (feux tricolores à LED mais aussi radars de vitesse et de franchissement de feu) et 5,4 millions pour l’éclairage public des voiries et fontaines. Et enfin 3,3 millions d’euros pour le pôle télématique : 190 km de câbles de fibre optique contribuent au réseau propre de communication de la Région bruxelloise, qui servira également en 2019 à la signalisation dynamique pour les parkings.

« Un cahier des charges entretiens et réparations implique principalement un accord-cadre avec un seul fournisseur, d’une durée d’un an et renouvelable plusieurs fois », précise Vincianne Lerate. « Mon conseil aux PME est le même : il faut entrer par la porte de la sous-traitance. »

 

Infrastructures des transports publics

La gestion des infrastructures du métro, bien que celui-ci soit exploité par la Stib, incombe directement à BM (contrairement à celle des trams). Ce « secteur spécial » emploie 140 personnes. Des travaux qui consistent notamment dans la rénovation des tunnels du métro, mais aussi des équipements (travaux et fournitures : un budget annuel de 60 millions d’euros) et la gestion d’un patrimoine « gelé » de 600 millions d’euros.

Au menu actuel, tout spécialement, la rénovation et le renouvellement des infrastructures électriques du métro, la couverture par caméras des zones publiques, le remplacement des stations de pompages et des escalators, la réalisation du programme PMR (personnes à mobilité réduite), ou encore la protection des zones à risques contre les incendies (sprinklage). Là aussi, des marchés très lourds, avec un cahier des charges approuvé par mois, une soumission par mois, plus de 70 marchés simultanés. Et ce même conseil aux PME qui veulent leur « part du gâteau » : travaillez en sous-traitance !

 

Autres marchés de services

Enfin, Bruxelles Mobilité, ce sont aussi des marchés publics pour des formations, des campagnes de communication, le développement d’applications mobiles, l’achat de ‘big data’, du travail d’impression, du matériel éducatif et de sensibilisation, des événements, de la consultance en management, de la coordination de chantier, etc.

Bref, les possibilités sont multiples pour les entrepreneurs bruxellois. À condition de savoir dans quelle pièce jouer : « Dans les petits marchés publics, c’est à dire de moins de 144.000 euros, il y a des places à prendre pour les PME. Mais pour les plus gros marchés, il faut passer par la sous-traitance ou les consortiums. N’oubliez pas que toute candidature pour un marché public doit être déposée en français ou en néerlandais, et c’est valable également pour les entreprises étrangères », rappelle Dominque Malevez, responsable de la cellule Marchés et Contrats.

BM travaille sur un modèle-type d’appel d’offres de marchés publics, ainsi que sur un cahier des charges-type en matière de voiries. Le 1er janvier 2019, la nouvelle circulaire sur les clauses sociales sera d’application.

Info : les entrepreneurs peuvent contacter Bruxelles Mobilité via bmb.da@gob.brussels ou le 0800/94001, mais surtout s’inscrire sur la plateforme my.publicprocurement.be.

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