Au-delà de la faillite, reStart reste aux côtés des entrepreneurs

Par Gaëlle Hoogsteyn  - 12 décembre 2018 à 16:12 | 723 vues

Depuis le lancement du programme reStart en 2017, près de 120 entrepreneurs faillis, répartis sur 6 promotions, ont été accompagnés par Beci dans leur relance. Une 7e promotion vient d’être lancée, preuve que le programme répond à de véritables attentes.

 

Chaque année, de trop nombreux entrepreneurs font faillite. Bruxelles n’est évidemment pas épargnée. C’est pourquoi, depuis près de deux ans, Beci les accompagne humainement et professionnellement pour les aider à rebondir, via le programme reStart. Un programme soutenu par la Région Bruxelloise dans le cadre du Small Business Act, lancé par le ministre de l’Économie Didier Gosuin.

Depuis le lancement de reStart, en mars 2017, près de 120 entrepreneurs ont été aidés avec succès. Et au fil du temps, le programme n’a cessé de s’enrichir pour mieux répondre aux besoins des reStarters et aux réalités du terrain. Des synergies ont été créées au sein de Beci avec les programmes Starters, le Centre pour Entreprises en difficulté (CEd) et le Hub Transmission. Des contacts privilégiés ont par ailleurs été établis avec différentes structures de l’écosystème bruxellois (hub.brussels, MicroStart, les Guichets d’Économie Locale, JobYourself, Team4job, etc.). Enfin, au travers de tables rondes et de conférences, reStart a également sensibilisé l’opinion publique et les « prescripteurs » de candidats au programme tels que les curateurs, les acteurs du Tribunal de l’Entreprise, les CPAS, Actiris, etc.

Pour Eric Vanden Bemden, coordinateur du programme, reStart est bien le seul outil de rebond à Bruxelles. « Hub.brussels et le 1819 mettent en œuvre les synergies au sein de l’écosystème entrepreneurial, pour faciliter l’accès à la création d’entreprises, accompagner les indépendants, développer des systèmes de financement adaptés et bien d’autres choses encore. ReStart vient compléter ces offres en valorisant l’expérience de l’échec et en orientant l’entrepreneur vers le partenaire adapté à son rebond, que celui-ci soit entrepreneurial ou salarial. »

 

Fin 2018, une délégation de reStarters a rencontré le ministre Gosuin.

 

Un engagement renouvelé pour 2019

Fin 2018, une délégation de reStarters a rencontré le ministre Gosuin. Au travers de leurs témoignages, les reStarters ont évoqué des problématiques telles que l’accès au crédit, le fichage de 10 ans à la Banque Nationale, les difficultés à l’embauche liées aux préjugés sur la faillite, la lenteur administrative du Tribunal de l’Entreprise, le règlement collectif des dettes, les critères de sélection d’Actiris, etc.

« Avec ces témoignages, nous souhaitions donner au Ministre des exemples concrets sur les difficultés rencontrées sur le chemin du rebond. Nous voulions aussi lui faire part d’idées et de pistes de solutions pour que ce chemin devienne moins aride et que les entrepreneurs en rebond puissent pleinement participer au développement de l’économie et de l’emploi en Région bruxelloise », commente Eric Vanden Bemden.

Au terme de ces échanges, Didier Gosuin a indiqué son engagement à soutenir les entrepreneurs faillis. Outre le programme reStart, diverses initiatives seront mises en place par la Région bruxelloise pour aider les entrepreneurs à rebondir. Dans le cadre de MyBusinessPass, un nouveau pass sera dédié aux entrepreneurs en rebond. Une attention particulière sera aussi accordée à la transmission d’entreprises, avec le lancement récent du site affairesàsuivre.be. La réforme en cours de finance.brussels devrait également faciliter l’accès au crédit.

Le ministre a clôturé la rencontre en insistant sur la nécessité de changer les mentalités et le regard porté sur les entrepreneurs faillis car « l’échec fait partie de la vie ». Un point de vue partagé par Eric Vanden Bemden : « Ensemble, nous pouvons accélérer la réinsertion de ces profils particuliers que sont les reStarters (des entrepreneurs à haut potentiel, comme j’aime le leur rappeler) pour qu’ils redeviennent des ressources-clés en matière de dynamisme économique pour la Région bruxelloise ».

 

Bientôt un label reStart ?

Au cœur des idées pour pérenniser le projet : la création d’un « label reStart » afin d’ancrer la visibilité et le sérieux du programme. Ce pourrait être un sésame pour les futurs employeurs et organes de financement des entrepreneurs en rebond. L’ambition de Beci : accompagner 150 entrepreneurs en rebond en 2019 et 300 l’année suivante.

 

Paroles de reStarters

 

Emmanuelle : « Participer au programme reStart, pour un entrepreneur en faillite, c’est vraiment une chance. Dans un premier temps, cela permet de rompre l’isolement. Grâce aux différents outils proposés, nous pouvons retrouver une dynamique et redevenir une valeur ajoutée pour le marché de l’emploi. »

Michèle : « Participer à reStart m’a vraiment permis de me retrouver en tant que personne. Car même si la faillite est professionnelle, elle a aussi énormément d’impact sur la vie privée. ReStart nous aide à nous relancer sans faire deux fois les mêmes erreurs. Toutefois, les obstacles au rebond sont nombreux.  Participer au programme devrait nous donner une vraie nouvelle chance via une filière qui intègre les reStarters comme des partenaires d’affaires et d’emploi dignes de confiance. Au niveau administratif, c’est aussi très compliqué : la Capac, Actiris, les CPAS, etc. ne se parlent pas. Pour faciliter la vie du failli, très malmené et très perdu, il faudrait centraliser leur dossier. »

Myriam : « L’accès au crédit est un frein important au rebond. Pour nous permettre de relancer une nouvelle activité, il faudrait faciliter cet accès et limiter dans le temps la période de fichage auprès de la BNB. En plus, la caution personnelle est exigée. Autre souci : la durée du règlement collectif des dettes. Légalement, on ne peut pas être indépendant tant que la procédure n’est pas finie. Mais celle-ci prend parfois plusieurs années. Comment rembourser nos dettes si on nous empêche de gagner notre vie ? »

Jamal : « Retrouver un job après une faillite est un autre parcours du combattan,t complètement déshumanisé. Joindre un recruteur devient tout bonnement impossible tant les filtres sont nombreux. Tout est devenu automatique et impersonnel. On ne reçoit pas de réponse ou alors ça prend trois mois ! L’âge ferme carrément les portes. Les plateformes sont inefficaces et Actiris nous juge. N’est-il pas temps de mettre des critères de qualité du côté des recruteurs ? »

Partager