E40 : les questions en suspens

Par Peter Van Dyck  -  - 14 décembre 2018 à 08:12 | 660 vues

L’intention du gouvernement bruxellois de procéder rapidement à une réduction du nombre de bandes de l’E40 a suscité l’émoi parmi les experts et les organisations critiques envers le projet. Des propos plus rassurants circulent à présent : rien d’important ne devrait se passer dans ce dossier au cours de l’année à venir.

 

Bruxelles veut reprendre la main sur les voies d’accès à la ville, notamment sur l’E40 et son statut très dérangeant d’autoroute urbaine. Le gouvernement bruxellois entend réduire la largeur de la portion entre la périphérie et le complexe Reyers. De quoi transformer ce tronçon en boulevard urbain et concrétiser deux objectifs : d’une part aménager – selon le plan directeur Parkway E40 approuvé en 2017 – les abords de cette portion d’autoroute, aujourd’hui soumis à une interdiction de bâtir, et d’autre part instaurer une limitation de vitesse à 70 km/h. « Ceci n’affectera pas forcément le nombre de véhicules que cette voirie est capable d’absorber », signale Jo De Witte, le porte-parole du cabinet du ministre-président bruxellois Rudi Vervoort. « La vitesse réduite des véhicules permet au contraire de gérer un trafic plus intense, en raison des distances plus courtes entre les voitures. »

Il n’empêche : bien des experts, entrepreneurs et politiciens flamands ne cachent guère leurs réticences. Ni leur inquiétude lorsque la presse évoque l’intention du ministre-président Vervoort de procéder, avant la fin de la législature, à la réduction de six à quatre bandes de la portion bruxelloise de l’E40. Devant la Commission Mobilité et Travaux Publics du Parlement flamand, le ministre Ben Weyts a signalé avoir réclamé à son homologue bruxellois Pascal Smet des textes et explications à ce propos. « Les informations reçues révèlent qu’aucune modification importante n’aura lieu à l’E40 dans l’année à venir, en raison des travaux en cours au boulevard Reyers », a déclaré Ben Weyts. « Le réaménagement de l’E40 n’est vraiment pas pour demain : il n’y a pas encore de permis et toutes les procédures doivent encore être entamées. »

 

Priorité aux tunnels Reyers

Les tunnels Reyers sont actuellement en pleins travaux. Quatre de leurs six extrémités subissent une rénovation. Ce n’est qu’ensuite que débutera vraiment le réaménagement du boulevard Reyers. « Ces travaux-là devraient se terminer fin 2019, mais c’est une prévision optimiste », affirme Ben Weyts. « Le projet Parkway ne ressortira des cartons qu’en 2020 au plus tôt, pour autant bien sûr que toutes les procédures soient terminées d’ici là. » Le cabinet Vervoort confirme ce calendrier. « Le gouvernement examine à présent les aspects juridiques pour procéder à un reclassement de l’E40 », explique Jo De Witte. Ce qui l’amène à reformuler avec plus de prudence les déclarations parues dans la presse : « Nous nous efforçons de progresser autant que possible durant la législature en cours. »

Grand spécialiste de la mobilité, Touring, qui siège d’ailleurs à la Commission Régionale de la Mobilité (CRM) à Bruxelles, ne s’oppose pas formellement aux plans bruxellois : « Ce projet pourrait être positif pour Bruxelles en amenuisant le trafic automobile dans la ville », estime le porte-parole Danny Smagghe, même si ce projet requiert quelques mesures d’accompagnement. « Pourquoi ne pas envisager un parking de dissuasion ? », se demande M. Smagghe. « Nous plaidons depuis belle lurette en faveur d’une zone Park & Ride (P+R) à cette porte de Bruxelles, où l’E40 se transformera en boulevard urbain. Cela devrait aller de pair avec un meilleur développement des transports en commun. Il faut offrir au public des modes de transport alternatifs, et de préférence avant de réduire le nombre de bandes. C’est la seule transition élégante vers une autre forme de mobilité. »

De nombreuses voix s’élèvent au sein de la CRM pour demander une phase de tests complétée de mesures d’impact. « C’est parfaitement possible », dit Danny Smagghe. « Une solution comparable est déjà opérationnelle dans les environs de la basilique de Koekelberg, pour y tester une modification des sens de circulation. Dans l’intervalle, des modifications ont déjà eu lieu à la demande des riverains. Il est toujours intéressant d’analyser l’impact sur la fluidité du trafic, lors de ces tests. Les mesures permettent d’affiner la compréhension et de retoucher les plans avant que le rétrécissement de la voirie ne soit définitif. Nous craignons pour notre part une augmentation des encombrements routiers en amont. Si cela se vérifie lors de tests, il n’est que normal que l’on en tienne compte. Il est utile d’impliquer les experts. La CRM peut y contribuer. Elle travaille avec des bureaux d’études externes : autant mettre leur savoir-faire à profit. »

 

Un impact réduit

Le cabinet Vervoort précise que le bureau d’études chargé de la mise en œuvre du plan directeur pour l’E40 a étudié l’impact des diverses propositions. « Il a été décidé de maintenir le débit de trafic actuel, à savoir 6.000 véhicules particuliers ou assimilés par heure, à l’heure de pointe », explique Jo De Witte. « La proposition n’influencera pas seulement l’accessibilité du centre-ville : elle contribuera aussi à la qualité de vie dans les quartiers parce que les voitures rouleront moins vite et généreront moins de nuisances sonores. En outre, les voitures qui entreront dans Bruxelles bénéficieront d’une signalisation et de marquages routiers plus efficaces, pour une circulation plus fluide. »

Ben Weyts, ministre flamand de la mobilité, confirme que, selon une étude bruxelloise, il n’y aurait pas d’impact sur le Ring de Bruxelles. « En Flandre, l’E40 se compose de deux fois trois bandes de circulation, avant de passer à deux fois quatre, puis six bandes à l’approche de Bruxelles », énonce-t-il. « Un impact sur le Ring serait surprenant. Nous fonctionnons aujourd’hui avec un entonnoir inversé : il s’élargit à Bruxelles. Si le gouvernement bruxellois décide de réduire la largeur de l’E40, l’impact sera plutôt modeste. Il reste à savoir quelles seront les répercussions sur les autres voies régionales et sur le réseau secondaire. »

 

Une bonne concertation

Jo De Witte estime que la première phase du rétrécissement (quelques travaux de modification rapidement effectués) pourra faire office de test. Quant à d’éventuelles mesures complémentaires telles que des investissements dans les transports en commun et les parkings de dissuasion, il répond que la logique du réaménagement s’intègre dans une démarche globale. « Le gouvernement bruxellois vient d’approuver officiellement le Plan Régional de Développement Durable. Il fera bientôt de même avec le plan de mobilité Good Move. Ces deux plans illustrent la même vision de la qualité de vie dans les quartiers, à Bruxelles. Dans cette perspective, il faudra effectivement que l’offre de transport en commun poursuive son évolution et qu’elle intègre le principe du P+R. »

Ben Weyts est d’avis qu’un projet à l’essai n’est pas strictement nécessaire pour autant qu’il existe une bonne concertation entre les administrations. Il dit faire preuve de souplesse dans ses contacts avec son collègue Pascal Smet et affirme partager toutes informations utiles sur ses propres plans concernant le Ring de Bruxelles. « Mais alors, j’attends en contrepartie une transparence complète et l’ouverture à la concertation. »

Partager