Comment mieux gérer le marché de l’emploi à Bruxelles ?

Par Vincent Delannoy  - 1 janvier 2019 à 09:01 | 593 vues

Pour réfléchir à cet enjeu majeur, une rencontre s’est tenue entre le ministre Bernard Clerfayt, en charge de l’emploi et de la formation professionnelle et une vingtaine de grands employeurs de la Région bruxelloise membres de Beci. Ces échanges ont été préparés par la présentation très éclairante de Steven Vanackere, vice-président du Conseil supérieur de l’emploi et directeur de la Banque Nationale de Belgique.  

À travers une présentation à la fois pointue et pédagogique, Steven Vanackere a présenté un état des lieux du marché du travail en Belgique et à Bruxelles, basé sur quelques constats marquants tirés du rapport du Conseil supérieur de l’emploi 2019 (voir : www.emploi.belgique.be). 

D’emblée, Steven Vanackere a globalement validé l’analyse et la déclaration récente du ministre Clerfayt selon laquelle Bruxelles n’a pas besoin de postes d’emploi supplémentaires, mais davantage de Bruxellois en mesure d’occuper ces postes. Le rapport permet d’objectiver et d’observer quantité de phénomènes sur notre marché de l’emploi. Parmi ceux-ci, le directeur de la BNB a particulièrement insisté sur la manière de calculer notre taux d’emploi. 

 

Calculer le taux d’emploi en équivalents temps-plein 

Si notre taux d’emploi national reste relativement faible, c’est indéniable, l’on en obtient néanmoins une image un peu différente si on l’exprime en équivalents temps plein. Dans ce cas, la Belgique se classe mieux que les Pays-Bas. Il faut aussi noter que le temps partiel en Belgique est très largement un temps partiel volontaire de la part de l’employé. Le temps partiel involontaire (non voulu par le travailleur) est chez nous bien inférieur à la moyenne européenne. Pour améliorer notre taux d’emploi, le travail à temps partiel est certainement une solution à promouvoir, étant donné qu’il répond à un souhait de la part des travailleurs. 

La comparaison du marché belge et bruxellois de l’emploi avec celui de ses voisins, le taux de conversion de croissance économique en croissance de l’emploi, la pénurie de travailleurs qualifiés, le taux de vacance d’emploi, le taux de chômage en fonction de groupes cibles et sur base géographique, le taux d’activité, la population disponible sur le marché du travail à dix ans, les tensions sur le marché du travail, l’inadéquation entre l’offre et la demande, l’amélioration du coin fiscal, les pièges à l’emploi, le coût et la compétitivité salariales, les conséquences de la digitalisation… : autant de questions, parmi d’autres encore, qui ont été abordées chiffres à l’appui. 

 

Le Bruxellois, le Wallon, le Flamand ne se forme pas assez 

Un autre constat majeur concerne le taux de participation des adultes à la formation continue. En Belgique, avec 8,5 % environ, il s’avère très faible. Par comparaison, il est de plus de 18 % en France, plus de 19 % aux Pays-Bas, plus de 25 % en Finlande. Ce constat est d’autant plus fondamental que, tant le ministre que les employeurs autour de la table ont confirmé l’importance et le défi que représente la formation, non seulement des demandeurs d’emploi mais aussi, de tous les travailleurs au cours de leur vie professionnelle. 

Pour le ministre Bernard Clerfayt, la formation est incontestablement un défi majeur pour Bruxelles et ses habitants. La question également de l’orientation des jeunes en formation et des travailleurs vers des compétences demandées sur le marché de l’emploi a été abordée par les employeurs présents. Pour le congé-éduction payé, la Flandre s’est orientée vers une meilleure adéquation avec les besoins effectifs du marché. Le ministre Clerfayt, pour sa part, a reconnu le besoin de chercher une meilleure adéquation entre les filières de formation proposées et les emplois disponibles  

 

Formation, formation, formation 

Parmi les participants à la table ronde se trouvait un secrétariat social, SD Worx, qui a repris à son compte cette citation d’Alvin Toffler : « Les illettrés du XXIe siècle ne seront pas ceux qui ne savent pas lire ou écrire, mais ceux qui ne savent pas apprendre, désapprendre et réapprendre. » Et Bart Pollentier d’insister sur ce besoin crucial, non seulement pour entrer sur le marché du travail, mais tout simplement pour y rester en maintenant, voire en augmentant son employabilité. Et Michel Croisé, CEO de Sodexo Belgium, d’abonder en ce sens : « Nous insistons beaucoup sur les formations et encourageons notre personnel en ce sens. Les travailleurs ne se rendent pas suffisamment compte de l’opportunité, et parfois de la nécessité, que représentent ces formations que nous proposons de suivre. » 

Constat partagé par Geoffroy Gersdorff, CEO de Carrefour Belgium : « Pour 11.000 travailleurs, nous sommes très soucieux d’améliorer leur employabilité de manière générale. Pour cela, nous organisons beaucoup de formations. Mais il ne suffit pas que le travailleur puisse apprendre à faire autre chose, il doit aussi travailler sa volonté de pouvoir faire autre chose. Cet aspect ne coule pas de source ».  

Sur le terrain, les employeurs confirment donc et éclairent les chiffres présentés par Steven Vanackere sur le taux de participation des adultes à la formation continue : en Belgique, toutes régions confondues, il est faible. Des possibilités existent, les moyens sont là, les employeurs les encouragent mais les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes. Où le bât blesse-t-il ? 

Pour SD Worx, il faut penser à des incitants conséquents pour tous ceux qui travaillent à améliorer leurs compétences. Pour Steven Vanackere, il faut également des incitants pour stimuler les filières de formation qui mènent directement à un emploi. Et que disent alors ces filières qui sont prêtes à engager massivement, mais qui ne trouvent pas de candidats, comme le déplore Jean-Christophe Vanderhaegen de la Confédération Construction ? Pour lui, il faut soutenir des systèmes d’enseignement qui fonctionnent et qui donnent des résultats comme l’EFP – sfpme, le centre de formation de métiers en alternance à Bruxelles qui connaît des taux d’insertion professionnelle de 80%.  

 

Se former dans des filières qui engagent 

« Exactement », abonde Olivier Willocx, CEO de Beci : « En Communauté française, il existe des filières qui affichent un taux d’insertion socio-professionnelle d’à peine 4 %. On envoie donc 96 % des gens vers le chômage. Il faut arrêter de former à des métiers qui n’existent plus. Pourquoi ne pas orienter ces moyens vers des filières porteuses, par exemple la construction ? Aujourd’hui, à Bruxelles, il manque des milliers de travailleurs pour rénover les bâtiments résidentiels afin de réaliser les objectifs de transition, conformément aux objectifs climatiques. »  

 « Pour stimuler la formation », rebondit Béatrice de Mahieu, CEO de Co.Station, « j’ai une excellente expérience avec la résolution de cas concrets. En faisant travailler des profils différents sur des cas bien précis, les personnes sont en train de se former sans s’en rendre compte. » Dans ce contexte, la formation n’est pas vue comme une contrainte. La motivation est très élevée ; le contexte de start-ups et d’environnement technologie très à la mode y contribue certainement. 

En conclusion, tout le monde s’est accordé sur ce constat : la formation, que ce soit pour accéder à un emploi ou continuer à développer ses compétences, est un chantier de la première importance.  

 

Bernard Clerfayt  

« Il faut une meilleure adéquation entre les formations et les emplois disponibles. » 

 

 

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