Pour ou contre : un alourdissement de la taxe énergie ?

Par Johan Debière  - 7 janvier 2019 à 12:01 | 473 vues

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Quelques semaines après la mobilisation des gilets jaunes, l’application d’une nouvelle couche taxatoire sur l’énergie aux ménages, mais aussi à l’agriculture et à l’industrie, fut-elle teintée de vert ou baptisée « taxe CO2 », pose question. 

Pour 

Antoine Geerinckx, fondateur de CO2logic  

Aujourd’hui, nous ne payons pas le coût réel des énergies fossiles. En ce sens, on peut dire du secteur pétrolier qu’il est subsidié… C’est en effet après avoir tenu compte de ce que l’on appelle les ‘hidden costs’ (coûts en terme de santé publique, inondations…) que l’on pourra établir une comparaison valable avec le coût des énergies renouvelables. Dès lors, je suis favorable à l’application d’une taxe, à condition que son produit soit réaffecté à celles et ceux qui en ont vraiment besoin. À ce niveau, il me semble essentiel de pouvoir agir à trois niveaux : celui de l’effacement des consommations qui peuvent être évitées, celui des gains d’efficience énergétique et celui de la promotion du renouvelable. C’est un des registres sur lesquels joue la vraie transition énergétique, la Trias Energetica. 

Dans le secteur privé, où les moyens financiers à la disposition des entreprises sont considérables et les effets d’échelle importants, ces investissements dans un changement de paradigme ne posent aucun problème. Chez les particuliers, les connaissances techniques nécessaires à la maîtrise des questions énergétiques font souvent défaut. Et l’on n’appréhende généralement pas ou pas bien les conséquences positives qui peuvent se dégager de cette Trias Energetica. Cela engage les citoyens dans une spirale négative : les familles mal isolées, équipées de systèmes de chauffage obsolètes et de voitures polluantes voient leur budget énergétique exploser, ce qui les empêche paradoxalement d’investir dans une isolation performante ou dans des véhicules peu énergivores.  

Le monde économique peut assurément trouver son compte dans l’application de cette taxe qui engagerait les gens à changer, tout comme le font déjà de nombreuses entreprises. 

 

Contre  

Corentin de Salle, directeur du Centre Jean Gol 

Chez les libéraux, nous sommes opposés au principe d’une taxe CO2, mais avec le tax shift, nous avons prouvé qu’il était possible de faire évoluer les choses positivement en appliquant le principe d’un transfert du produit de la fiscalité sur l’énergie vers l’allègement des charges sur le travail. C’est grâce à cela que nous avons réussi à créer 219.000 emplois en Belgique. 

La hausse de la TVA sur l’énergie n’a eu qu’un effet dérisoire sur le pouvoir d’achat (le gain est 15 à 20 fois supérieur à la perte). La situation est différente en France, qui a adopté la taxe carbone en plus d’une lourde pression sur les accises. Mais, dans les deux pays, ce sont les ruraux qui trinquent en raison des déplacements en voiture vu la rareté de transports en commun. Cette imposition excessive sur l’énergie fossile résulte d’un empressement excessif vers la transition énergétique. 

Je ne remets pas en cause celle-ci, mais le rythme irréaliste avec lequel on veut l’imposer. Les solutions du renouvelable intermittent ne sont pas encore matures. Avant d’imposer l’éolien ou le photovoltaïque à grande échelle, il faut résoudre le problème du stockage de l’énergie. Prétendre soutenir efficacement ce secteur à coup de taxes CO2 est un leurre. Le développement durable est à l’intersection des préoccupations environnementales, sociales et économiques. Or, les zélotes de l’écologie ont tendance à oublier le social. 

Il faut se donner le temps que ce changement se produise sans heurts. Dans ce cas de figure, je ne doute pas que les plus pauvres seraient soutenus à travers l’octroi de chèques chauffage ou des tarifs sociaux. Et les industries énergivores bénéficieraient, comme en Allemagne, de prix réduits, mais quid alors de la classe moyenne ? Trop « riche » pour être aidée, elle ferait inévitablement seule les frais d’une taxe CO2. Et cela, le libéral que je suis ne peut l’accepter. 

 

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