Recyclage des batteries : l’Europe prend enfin sa place

Par Johan Debière  - 16 janvier 2019 à 11:01 | 679 vues

On se lassait de voir l’Asie occuper tout l’espace médiatique dans le domaine de la production des batteries. Umicore, Solvay et le suédois Northvolt viennent de prendre des décisions qui semblent de nature à rétablir un équilibre.

 

Avec l’interdiction des véhicules diesel dans de nombreux centres villes (ndlr : en Région bruxelloise, les moteurs diesel Euro 5 devront avoir disparu de la circulation au 1er  septembre 2025 sous peine d’amende), et avec l’augmentation des accises sur le diesel, les motorisations électriques voient enfin leur horizon s’éclaircir. Cette évolution représente pour Umicore et pour Solvay une opportunité incroyable : celle de voir enfin les conditions réunies pour un déploiement en Europe d’une filière industrielle consistante, axée à la fois sur la production de cellules et sur le recyclage des batteries une fois celles-ci arrivées en fin de vie. En réalité, l’intervention d’un acteur belge comme Umicore dans le créneau n’est pas neuve. Jan Tytgat, Director Government Affairs Benelux chez Umicore : «Umicore fournit déjà depuis longtemps à des acteurs coréens ou chinois des matériaux dont ils ont besoin pour fabriquer leurs batteries. Ce qui change ici, c’est la volonté d’Umicore et de quelques autres acteurs industriels européens directement concernés de faire émerger une filière industrielle durable en Europe en s’appuyant sur l’association des compétences de chacun: chimie cellulaire, production des cellules et enfin, recyclage. »

 

Umicore fours, fonte

250 milliards d’euros à l’horizon 2025

Il n’y aura pas, demain, un seul et unique grand fabricant européen pour alimenter les constructeurs automobiles en batteries électriques ‘made in Europe’, mais bien plusieurs, fédérés au sein d’une Alliance européenne des batteries. Et bien décidés à rafler aux Chinois, aux Coréens et aux Japonais une part du marché de la batterie lithium-ion estimé à 250 milliards d’euros à l’horizon 2025. Portée depuis septembre 2017 par le vice-président de la Commission européenne Maros Sefcovic, l’Alliance avait toutefois intérêt à se démarquer. C’est désormais chose acquise sur le plan stratégique, puisque l’objectif est désormais de doter l’Europe de dix à vingt giga-usines capables de proposer des batteries éco-conçues. D’ores et déjà, sans attendre l’arrivée de ces usines, c’est avec Northvolt en tant que partenaire axé sur la production durable, et avec le groupe BMW en tant que constructeur, qu’Umicore a décidé de s’associer. « Au sein de cette alliance, Umicore sera le partenaire responsable du développement et du recyclage de matériaux actifs d’anodes et de cathodes », explique Jan Tytgat.

 

R&D à Olen et démantèlement en Allemagne

Concrètement, en terme d’emplois, ces nouveaux développements permettront de renforcer le pôle de recherche d’Umicore basé à Olen, au cœur de la province d’Anvers, les opérations de démantèlement des batteries étant quant à elles effectuées en Allemagne. En septembre dernier, Umicore a par ailleurs consenti un investissement dans sa nouvelle usine de Nysa, dans le sud de la Pologne. « Notre site d’Olen est principalement axé sur la recherche et le développement (R&D) de technologies propres, et sur la production de matériaux de pointe à base de cobalt et de nickel »,  précise Jan Tytgat.

Les opérations engagées avec BMW et Northvolt devraient rapidement être complétées par d’autres. En effet, si les vagues électrique et hybride sont pour l’heure encore réduites, le raz-de-marée devrait pouvoir se produire rapidement au vu de la conjonction des différentes composantes du dossier : hausse des accises sur le diesel, interdiction dans les villes, régime fiscal intéressant pour le tout électrique etc.

 

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Laura Rebreanu

Sustainable Development Coordinator