Les valeurs comme moteur d’une reconversion professionnelle réussie

Par Elisa Brevet (Fondatrice de Generation Makers) - 30 janvier 2019 à 17:01 | 342 vues

©GettyImages

S’il est souvent plus aisé de changer de casquette en début de carrière, l’âge n’est plus tellement un critère de réussite en matière de reconversion professionnelle. À 59 ans, Yves Delacollette, devient l’homme qui a laissé tomber la banque pour revêtir la robe.

 

Yves Delacolette

Rendez-vous en plein cœur du quartier Européen, près de la place Jourdan. Celui qu’il faut désormais appeler « Maître Delacollette » nous attend dans son tout nouveau bureau. À 59 ans, le jeune avocat ex-banquier et CEO de Deutsche Bank Belgium semble s’être trouvé. En quelques mois seulement, l’homme a prêté serment et rejoint le cabinet Watt Legal fondé par Robert Wtterwulghe et Laurent Arnauts. « Même si j’ai passé 25 ans dans le secteur financier, j’avais décidé que je voulais quitter cet environnement peut-être trop confortable. Il était temps de me mettre de nouveau en danger, de repartir de zéro » confie-t-il.

Juriste de formation, Yves n’était a priori pas destiné à la carrière qu’il a menée : « Le hasard de la vie a fait qu’assez étonnamment, je suis entré dans le secteur bancaire comme économiste. Une petite erreur de recrutement que j’ai dû rapidement assumer. Très vite je suis monté en compétences ». Chassez la formation initiale, elle revient au galop quelques années plus tard…

 

« Aider les petits face aux puissants »

 

Contrairement aux idées reçues, une reconversion n’est jamais rapide et radicale. En 2009, avec la crise financière, Yves quitte la banque et se lance dans la consultance : « Je crois que mon expérience de consultant m’a ouvert les yeux ; j’ai pu mettre mon expertise au service de personnes très différentes. Aider les start-up et les petites PME m’enthousiasmait particulièrement. Pendant cette période, j’ai beaucoup appris et beaucoup réfléchi ». En aidant stratégiquement les « petits » face aux puissants, Yves prend conscience de l’importance de faire les choses différemment. Il explique : « Je me suis rendu compte qu’en matière de gestion des risques, il faut nécessairement s’orienter vers une autre manière de résoudre les conflits. C’est comme ça que j’ai décidé d’aller vers ce qu’on appelle les modes alternatifs de résolution des conflits ».

 

Le choix des valeurs comme leitmotiv

 

De retour sur les bancs de l’école, le futur avocat choisit dès lors de se spécialiser en arbitrage et en médiation chez bMediation : « Ce qui me passionne, c’est la vie des entreprises et plus particulièrement soigner les bobos de l’entreprise. Je pense surtout aux conflits entre actionnaires, à la difficulté de lever les capitaux, de pénétrer certains marchés ou encore, de conclure des contrats importants ». Yves reconnaît avoir senti le besoin de retrouver du sens, de se reconnecter à ses valeurs. Des valeurs que ses précédents jobs avaient plus ou moins inhibées par les contraintes et les réalités du terrain.

S’il croit fermement en l’efficacité des nouveaux modes alternatifs, c’est parce qu’ils offrent une résolution des conflits jugée plus rapide et économique que les procédures habituelles. « La médiation, c’est pour moi le futur de la résolution des conflits. On évite l’affrontement en privilégiant l’écoute et le dialogue. Les frais sont partagés et la plupart du temps, cela favorise une bonne poursuite des relations d’affaires entre les deux parties » justifie-t-il.

 

Savoir pourquoi on se lève le matin

 

Tout comme Yves Delacollette, de nombreux Belges décident chaque année de recommencer à zéro pour relever de nouveaux défis. Si avant, les salariés pouvaient réaliser toute leur carrière professionnelle dans le même groupe, les entreprises connaissent aujourd’hui de plus en plus de situations de salariés qui se reconvertissent : par choix, par contrainte, par passion. Dans la plupart des cas, ne plus « subir » sa vie professionnelle et reprendre confiance en son utilité sont les deux moteurs.

 

Une piste à explorer : la reconversion professionnelle interne

 

Malgré l’envie, il y a les peurs et les contraintes financières. Ce choix d’une nouvelle vie n’est pas une mince affaire. Bien souvent, on oublie que changer de métier ne signifie pas forcément changer d’entreprise ou d’environnement. Selon une étude RH online*, pourvoir un poste par le biais de la mobilité interne coûte 50 % moins cher que recruter à l’extérieur. En effet, cela limiterait les erreurs de casting, réduirait les délais d’embauche et serait un argument de taille pour fidéliser les talents volatils de l’entreprise. L’étude montre également à quel point la reconversion professionnelle interne serait une ressource sous-exploitée par les entreprises.

Un réel enjeu pour les ressources humaines, qui semblent manquer d’outils pour faire correspondre les talents existants aux besoins en interne. Résultat des courses ? La plupart des reconversions en interne se font à l’initiative des collaborateurs…

 

*Christine Regnier, « Les secrets de la mobilité interne », Management, février 2019, 76-77

 

 

Newsletter HR & Social

  • Soyez toujours informés, abonnez-vous à la newsletter HR & Social de Beci (gratuit)

Partager