Un train S tous les quarts d’heure

Par Peter Van Dyck  - 1 février 2019 à 13:02 | 435 vues

La station Germoir, à Ixelles : l’une des nouvelles gares de Bruxelles. ©Belga

Après des années de palabres financiers, le gouvernement fédéral et les Régions se sont finalement entendus sur les investissements qui restent à consentir pour développer le Réseau Express Régional (ou réseau S). « Ce réseau est essentiel : la grande majorité des navetteurs vivent dans une zone de 25 kilomètres autour de Bruxelles. »

Le dossier du RER ou réseau S – un réseau de banlieue qui couvre Bruxelles et les environs – traîne en longueur depuis de nombreuses années. La mauvaise gestion a entraîné des retards et des coûts disproportionnés (déjà le double de ceux initialement prévus au budget). Les autorités compétentes ont pinaillé à l’infini sur la répartition des budgets. Le Brabant wallon a rencontré des problèmes de permis et d’aménagement du territoire….

En janvier 2017, la Cour des Comptes sonnait l’alarme dans un rapport demandé par la Chambre. Le contenu dévastateur incriminait une mauvaise approche des travaux et un suivi insuffisant aux niveaux politique et administratif. Le rapport pointait l’insuffisance de fonds pour terminer les travaux comme prévu. « J’ai immédiatement proposé l’emprunt d’un milliard d’euros supplémentaires – le milliard dit ‘vertueux’ – pour terminer le RER », déclare François Bellot, ministre fédéral de la Mobilité. « La clé de répartition financière permet de faire d’une pierre deux coups : nous dégageons un budget suffisant pour achever le RER et les Régions peuvent réaliser une bonne part de leurs investissements ferroviaires. »

Pas sans engagement

Fin 2018, on a appris que le gouvernement fédéral avait signé avec les Régions un accord de coopération sur le RER. « J’ai délibérément choisi l’accord de coopération parce qu’il garantit la durabilité de l’enveloppe », explique le ministre Bellot. « L’accord doit recevoir l’approbation des quatre parlements. Il ne s’agit donc pas d’un accord politique non contraignant qu’un futur gouvernement fédéral pourrait se permettre d’ignorer. »

Pascal Smet, ministre bruxellois de la Mobilité, explique qu’il a signé trois paquets d’accords de coopération. « Il y a eu l’accord entre le gouvernement fédéral et les régions sur le financement d’une infrastructure ferroviaire stratégique, qui doit encore recevoir l’aval des parlements. Ensuite, un accord de coopération exécutive entre les quatre autorités pour l’achèvement des travaux du RER. Il ne nécessite pas l’approbation du Parlement. Cela vaut aussi pour le troisième paquet, un accord bilatéral de coopération exécutive entre le gouvernement fédéral et chaque Région individuellement. Dans le cas de la Région bruxelloise, il s’agit d’identifier et de financer divers projets ferroviaires à Bruxelles. »

La part de Beliris

Voilà l’obstacle le plus difficile pour Bruxelles.  Pascal Smet : « Nous avons trouvé problématique que le gouvernement fédéral n’apporte que 19 millions d’euros. De ceux-ci, 6 étaient déjà utilisés pour les quais de Bruxelles-Midi, en fait une gare nationale et internationale. Il ne restait plus que 13 millions d’euros pour le RER ou réseau S, comme nous l’appelons maintenant. »

En outre, dix millions d’euros du budget de mobilité de Beliris, le maître d’ouvrage fédéral pour Bruxelles, sont affectés à l’équipement des gares S. « Au total, nous disposons donc de 23 millions d’euros », calcule le ministre Smet. « Cela reste insuffisant pour assurer le succès du réseau S, une fois terminé. Des ressources supplémentaires sont nécessaires pour assurer un accueil de qualité aux voyageurs et rentabiliser les grands investissements dans l’infrastructure ferroviaire. Il importe toutefois que nous collaborions pour déterminer où vont les investissements. Pour nous, c’est clair : ils doivent être utiles au voyageur. »

Guère d’enthousiasme

Le RER combine tous les modes de transport : train, métro, tram et bus. Pour convaincre les usagers, il faut une intégration tarifaire : un tarif unique pour tous les transports en commun dans et autour de la Région de Bruxelles-Capitale. Dans une première phase, la formule s’appliquera aux tarifs traditionnels, suivis des tarifs scolaires et sociaux. Les divers pouvoirs publics sont d’accord sur le principe. « À ce stade, la dynamique vient principalement de Bruxelles et de la Flandre », observe Pascal Smet. « Le gouvernement fédéral a beaucoup tardé à agir dans ce domaine, mais heureusement, le ministre Bellot adopte une attitude constructive. Même si nous estimons que nous recevons trop peu de moyens pour le RER et que le gouvernement fédéral a globalement trop économisé sur les chemins de fer – ce qui nuit à la mobilité et à la qualité de l’air – il n’y jamais eu de petits jeux politiciens au sein du gouvernement bruxellois. Les usagers des transports publics en seraient les premières victimes. »

Le ministre bruxellois déplore le peu d’enthousiasme pour le RER au sein du Parlement fédéral. « Cela vaut pour tous les partis au cours des 30 dernières années, même Ecolo/Groen. Le réseau S n’a jamais fait figure de priorité. C’est pourquoi je me réjouis que le ministre Bellot ait réussi à économiser un milliard d’euros de moins en 2016, en faveur du réseau, malgré les importantes économies réalisées précédemment. »

Pistes cyclables et chemins de promenade

80 % du réseau S a déjà été réalisé. À quels travaux d’infrastructure Bruxelles doit-elle encore s’attendre ? Pascal Smet : « Ce seront surtout les gares. Il y a quelques mois, nous avons en outre conclu un accord avec Infrabel pour l’aménagement de voies cyclables et piétonnes sur les talus des voies ferrées. Cela permettra de traverser Bruxelles très rapidement à vélo. Nous avons déjà entamé le développement de ce système. Nous venons d’ouvrir un premier tronçon, au départ d’Asse. Nous continuerons systématiquement. Nous préparons les dossiers, avec tous les permis de construire nécessaires. »

Le ministre bruxellois sait aussi que les lignes S nécessitent davantage de marketing. « Beaucoup de gens ignorent encore qu’ils peuvent voyager de Jette à Bruxelles-Nord en dix minutes. Nous avons déjà élaboré des initiatives avec la SNCB, qui doivent maintenant être mises en œuvre au plus vite. »

Besoin de plus de trains

À quel point la chute du gouvernement freine-t-elle ce dossier ? « Je suis optimiste », déclare François Bellot. « Aucun parti ne voudra assumer la responsabilité d’arrêter les investissements essentiels et qui bénéficient d’un soutien généralisé dans les Régions. » Son collègue bruxellois pense également que cela n’aura aucun impact, puisque tout a été signé. « Ce sont des affaires courantes », estime-t-il. « Le prochain gouvernement fédéral devra pourtant prendre ses responsabilités et veiller à davantage de trains. La fréquence des trains S doit être portée à au moins un train toutes les 15 minutes aux heures de pointe. J’espère que le RER pourra enfin accélérer et que chacun aura le courage de délivrer les permis de bâtir nécessaires. Ce réseau est essentiel quand on sait que la grande majorité des navetteurs vivent dans un rayon de 25 km autour de Bruxelles. »

Le réseau S devrait être complètement achevé d’ici 2031. Ce que confirme François Bellot : « Les derniers travaux du RER sur la ligne Waterloo-Bruxelles doivent être achevés en 2031. Mais c’est là l’extrême limite. De grandes portions du RER sont déjà en service. Ces dernières années, trois nouvelles gares ont été ouvertes à Bruxelles : Tour & Taxis, Germoir et Arcades. Depuis la mise en œuvre du plan de transport en décembre 2017, 72 trains de banlieue supplémentaires ont été mis en service à Bruxelles et dans ses environs. Il y a quelques semaines, nous avons inauguré les 3e et 4e voies entre Ternat et Bruxelles sur la ligne Gand-Bruxelles. Et sur la ligne Ottignies-Bruxelles, nous prévoyons un train toutes les 15 minutes à partir de 2023. Nous n’attendons pas 2031 pour améliorer le service. »

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