Amphibilisation : déstigmatiser et agir

Par Valérie DELANDE  - 11 février 2019 à 09:02 | 319 vues

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Parler permet d’agir. Si l’idée est cohérente, si c’est un appel au sens, alors elle permet de créer un mouvement. Une mobilisation collective commence par une personne. L’abolition de l’esclavage a débuté avec 10 personnes. Lorsque la masse critique est atteinte, les dieux descendent de l’Olympe. C’est alors le début de l’action politique dont la définition est d’œuvrer à la résolution effective des problèmes posés à la société.

« Faites le bien par petit bout là où vous êtes; car ce sont tous ces petits bouts de bien, une fois assemblés, qui transforment le monde.»

Desmond Tutu

Dans un contexte de crise économique, de transformations technologiques, de défis climatiques, de déséquilibres et d’injustices sociales, chacun peut trouver son motif d’indignation. Résister c’est ne pas accepter. C’est choisir de s’engager au nom de sa propre responsabilité de personne humaine. La pire des attitudes c’est l’indifférence. La neutralité est assassine. Pour voir ce qui est insupportable, il faut accepter de regarder et d’ouvrir les yeux sur le monde. Il reste ensuite à choisir pour agir.

Les ONG, associations, et autres fondations sont devenues des opératrices majeures de notre société, agissantes et performantes. Elles consolident un État incapable de répondre structurellement à tous les besoins ; elles donnent une dimension sensible à la vie sociétale. Elles permettent aux hommes et aux femmes qui s’y engagent de retrouver du sens, du plaisir à travailler, de s’accomplir et de s’épanouir Elles représentent des partenaires économiques essentiels, à l’équivalence des acteurs traditionnels appartenant aux secteurs public ou privé.

Même l’entrepreneuriat, moteur économique par excellence, mobilise les acteurs du non profit.

Pourquoi ? Parce que l’entrepreneur est en souffrance, parce qu’il évolue dans un monde complexe, incertain et changeant où la performance peut rapidement se transformer en défaillance. Créer, avancer, s’en sortir, se développer ou bien faillir et rebondir est un apprentissage. Les succès font avancer et les échecs font grandir.

Les conférences dédiées aux entrepreneurs désireux d’étudier et partager leurs erreurs pour atteindre le succès se sont multipliées (FailCon, Fuckupnights, Failing Forward). Les sociétés sont en marche pour faire évoluer les mentalités et deviennent mures pour l’action. Les associations françaises 60 000 rebonds, second souffle, et plus récemment les rebondisseurs ainsi que la chambre de commerce Beci à Bruxelles ont mis en place des programmes pour stimuler l’entrepreneuriat de la seconde chance. Le mouvement est en marche et mobilise de plus en plus d’acteurs créateurs de valeurs économiques et humaines.

Mais agir c’est aussi trouver des solutions aux problématiques du rebond des entrepreneurs, telles que l’accès au crédit, le fichage de 10 ans à la Banque nationale, les difficultés à l’embauche liées aux préjugés sur la faillite, la lenteur administrative du Tribunal de l’Entreprise, le règlement collectif des dettes, l’absence de centralisation des informations, les critères de sélection d’Actiris, etc.

« Il n’est pas évident de retrouver un job chez un employeur. Et encore moins évident de relancer une activité entrepreneuriale. La banque que j’ai contactée était partante en analysant mon projet, mais l’instruction s’est arrêtée dès que je lui ai dit que j’avais fait faillite».

Rebecca

Les entrepreneurs en rebond ont besoin d’aide, d’altruisme, de coopération, de sagesse, de bienveillance, d’espérance et de confiance. Les acteurs du monde économique, publics et privés peuvent agir en leur offrant des infrastructures, du matériel, des locaux, des services, des réseaux, du temps, des missions de réinsertion, des emplois, du financement. L’histoire de nos sociétés progressent grâce aux hommes et aux femmes qui ne se laissent pas porter par l’inertie.

Avez-vous déjà entendu parler du phénomène de la grenouille et l’eau bouillante ? C’est tout simple. Placez une grenouille vivante dans une casserole d’eau bouillante et elle va sauter en dehors tellement vite que vous risquez de la recevoir dans la figure. Par contre, si vous la placez dans une casserole d’eau froide et que vous portez l’eau à ébullition progressivement, elle ne s’apercevra de rien et elle se laissera mourir.

Remplacez la grenouille par la société et l’eau bouillante par l’appauvrissement collectif et vous obtenez une amphibilisation.

 

 

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