5 informations que tout Français voulant réussir une entreprise en Belgique doit connaître

Par Olivier Depardieu  - 21 février 2019 à 08:02 | 1324 vues

Napoleon français voulant entreprendre en Belgique ©pixabay

« La Belgique ? Et bien, c’est simple, c’est tout petit, plus petit qu’une région française ! Et en plus ils parlent français… Donc installer une boîte là-bas, ça doit être assez simple. On y va… »

C’est dans cet état d’esprit conquérant et très napoléonien que je me suis installé en Belgique il y a 5 ans.

Malheureusement pour moi, je n’avais pas pris suffisamment de précautions ni le temps de découvrir les spécificités de ce pays avant de lancer l’entreprise.

Grave erreur ! J’ai perdu beaucoup de temps et sacrifié quelques relations parce que je n’avais pas le guide de lecture du petit français partant à l’assaut du pays de la bière et du chocolat.

Si vous souhaitez vous lancer en Belgique, prenez le temps de lire cet article, il vous fera gagner du temps et vous orientera vers les bonnes personnes…

Découvrez 5 informations utiles pour vous lancer !

 

Le système politique

En France, tout se décide depuis Paris. En Belgique rien ne se décide depuis Bruxelles. Chaque région possède une dizaine de partis politiques, et tout est à la proportionnelle. Voilà qui est dit. Les Belges sont capables de rester 544 jours sans gouvernement fédéral, et le pays tourne quand même.

Essayez d’avoir une vacance gouvernementale de 1 mois en France et le pays s’arrête…

Derrière cette anecdote, vous devez comprendre que le poids et l’autonomie des régions sont très forts. Les impacts sur votre future société sont très importants. En voici quelques-uns :

  • La localisation de votre siège social : Wallonie ? Bruxelles ? Flandres ? Au-delà des considérations linguistiques pour vos papiers administratifs, cela a un impact sur la fiscalité de votre entreprise.

  • Vos prospects : les wallons « exportent » en Flandres ! Oui, ils « exportent ». Dans le langage économique courant, la Flandre et la Wallonie sont presque comme deux pays de l’union européenne. Vous devez donc imaginer des moyens et processus de business développement dissociés, et donc des coûts fixes plus importants

  • Vos salariés : allez-vous recruter des Wallons, des Flamands ? Attention, les systèmes de cotisations sociales sont différents ! En plus de l’aspect culturel… Le collaborateur bruxellois est donc une perle rare !

Choisissez avec les bons experts la localisation de votre siège en fonction de votre business plan, et pensez aux impacts sur vos frais de structure.

 

Le statut social du gérant

Contrairement à la France, en Belgique, un gérant de société ne peut pas être salarié de la société. Ce qui pose tout de suite la question du statut social du gérant. Allez-vous vous mettre indépendant en personne physique ? Ou allez-vous monter une société de management qui contractera alors des prestations de service avec votre entreprise ?

Et quelle protection chômage, et quelle protection sociale allez-vous souscrire en fonction des choix de statuts que vous allez faire ?

Comment prévoir alors aussi votre retraite ? (en Belgique, on dit « pension ».)

Là encore, les systèmes sont suffisamment complexes que pour nécessiter la présence d’un expert à vos côtés.

 

L’approche de business développement

La France reste aujourd’hui un pays d‘entreprises championnes du monde dans leur secteur : Air France, Renault, EDF, SNCF, Altran, Airbus,… Sans compter des groupes comme L’Oréal, LVMH, Bolloré… Toutes ces entreprises dépassent allègrement les 50 000 salariés, et se valorisent à coup de milliards d’euros. En France, on sait fabriquer des grosses entreprises.

Et on sait aussi faire des entreprises plus petites, voire familiales, des fleurons dans leur secteur. Elles ont entre 1000 et 20 000 personnes. Biomérieux, Ipsen, dans le monde pharma. Mais de très nombreuses autres.

En Belgique, il n’y a plus de fleuron industriel Belge. Toutes les entreprises de taille respectable sont passées sous pavillon étranger avec délocalisation du siège social. A l’exception de quelques-unes comme GSK Vaccines, et encore… GSK vaccines appartient à GSK, basé en UK, et les processus décisionnels sont en train de se concentrer outre-manche.

Donc n’espérez pas venir en Belgique pour signer des contrats à plusieurs millions d’euros. Préférez l’Allemagne, les Pays-Bas, la France, le Royaume-Uni, ou les États-Unis. Sauf si vous êtes dans le secteur bancaire, informatique, portuaire, ou le commerce de diamants. Là, il y a encore de bonnes pistes.

Mais alors, on ne peut pas faire de business en Belgique ?

Si, bien sûr ! Comprenez-bien la structure économique de la Belgique. Dans les années 60, la Belgique était parmi les 1ères puissances mondiales. Puis survint la fermeture des mines… Et son cortège de catastrophes industrielles, de fermetures de sites en cessions d’entreprise.

La Belgique a dû se réinventer, à grand coup de puissance publique. Surtout en Wallonie. La mécanique de haute précision, l’art, les hautes technologies, l’informatique, les sciences de la vie, ont été fortement aidé par une abondance de subsides et un endettement public important.

La conséquence est l’émergence de très nombreuses TPE, plus ou moins affiliées aux universités.

Le tissu économique est donc fait de filiales de grands groupes qui ont perdu une grande partie de leur pouvoir décisionnaire, et de PME / TPE, dont certaines, malgré leur petite taille, sont des championnes du monde sur leur marché.

Et attention, en Belgique, quand on parle de PME, c’est 10 ou 20 personnes, pas 200 ou 500 comme en France.

Pour conquérir la Belgique, vous devez donc comprendre ce tissu, adapter vos offres, et votre approche de business développement.

Vous rencontrerez facilement les PME dans la foultitude de networkings professionnels organisés dans tout le pays. Attention à la langue ! En Flandre, on parle flamand ! C’est donc une approche très différente de la France. Ici, avoir une armée de commerciaux à faire du cold calling n’est pas forcément utile.

 

Le rapport au temps de travail et au salariat

Les conséquences de la restructuration économique des années 80 a eu aussi un impact sur la structure du salariat.

Plus de 30% de la population active est constituée de salariés indépendants (indépendants complémentaires ou indépendants personne physique). En France, le statut d’autoentrepreneur ne fait qu’émerger…

Cela signifie que bon nombre de Belges cumulent plusieurs activités. Souvent une activité salariée dans une PME, et un petit boulot de service de proximité ensuite. La Belgique est le pays des petits boulots, comparativement à la France, qui reste un pays de travailleurs statutaires, gardant leur poste dans la même boîte, à vie.

Ce phénomène est accentué par le coût du travail salarié en Belgique. Pour avoir 100€ net en poche, un salarié coûtera à son entreprise 252€, alors qu’en France, c’est 230€. Mais avec les facilités fiscales, un indépendant pourra avoir 100€ net en poche en ne générant que 175€ de chiffre d’affaires.

Dès lors, pour le chef d’entreprise que vous êtes, tout est clair : n’embauchez pas, privilégiez de travailler avec des indépendants payés avec une forte dose de variable dans leurs honoraires. Eh oui, la Belgique est bien plus libérale que la France !

La contrepartie de cette flexibilité offerte par les indépendants, c’est que vous ne pouvez bénéficier de 100% de leur temps de travail. Comme le nom l’indique, ils sont indépendants, dans tous les sens du terme. Donc pour vous assurer une bonne collaboration, vous devez les choyer, avec bon nombre de bonnes attentions, dans un respect mutuel très important.

 

La décision par le consensus, quand décision il y a !

En tant que Français, l’apprentissage du processus de décision à la belge est certainement la chose la plus difficile que vous aurez à apprendre. Jamais un Belge ne prendra une décision tranchée qui laisserait sur le carreau une partie de l’équipe. Là, ou le Français n’hésitera pas à prendre des décisions qui fâchent.

Le business à la Belge se fait donc dans une tempérance douce-amère, où les non-dits sont nombreux, et les attitudes subtiles. Laissez vos gros sabots de décideurs parisiens à la frontière, et chaussez vos pattes de velours.

Les conséquences sont que même pour 5 000€ de contrat, les décisions sont longues. Transformer une entreprise de 100 personnes en Belgique vous prendra autant de temps que transformer un groupe de 10 000 en France. Mais cette transformation se fera dans la douceur.

Cette dimension culturelle est fondamentale à comprendre pour bien faire du business en Belgique. Et à mon sens, il faut revenir à l’histoire et surtout la géopolitique de la Belgique pour comprendre les origines de cela.

Au Nord de la Belgique, il y a la mer. Au sud, les Alpes. De tout temps, quand les peuples ont voulu aller du Nord vers le Sud de l’Europe, ou l’inverse, ils sont passés par les terres belges (même si la Belgique n’existe administrativement que depuis 1830).

Toutes les nationalités du monde s’y côtoient depuis des lustres. C’est aussi une terre de conflit (Pays-Bas – Espagne, France – Allemagne…). Alors voyez la Belgique comme une grande auberge espagnole… Il y a toujours le gîte et le couvert disponible chez un Belge, pour n’importe qui.

Mais comme dans toute auberge, le tavernier reste discret, en retrait. Il écoute mais ne prend pas de place. Comprenez ceci, intégrez-le, respecte-le, et alors la porte du business belge pourra s’ouvrir.

 

Certaines mauvaises langues diront que cet article est bourré de clichés. Peu m’importe… Il est surtout le résultat d’un vécu, que d’autres Français s’installant en Belgique pour entreprendre découvrent aussi à leur tour.

Alors, vous aussi, Français qui souhaitez entreprendre en Belgique, écoutez ce retour d’expérience.

Et pour aller plus vite dans vos démarches, faites ce que j’aurais dû faire. Rendez-vous à la chambre de commerce de Bruxelles, BECI. Ils vont vous aider grâce à un programme d’accompagnement spécialement dédié à la création d’entreprise en Belgique : le BECI Starter program.

 

Venez découvrir ce que BECI peut vous apporter pour concrétiser votre projet dans nos Lunchs Starter. C’est gratuit, et c’est tous les lundis midi (ou presque). Consultez notre agenda et lancez-vous !

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Salima Serouane

Coordinatrice Hub Transmission