Cap 48 : Et le prix « Coup de cœur » est attribué à…

Par Gaëlle Hoogsteyn  - 12 mars 2019 à 16:03 | 433 vues

© Pryzm, de gauche à droite : Olivier Rijckaert, Alexandre Wespes et Laïka.

Comme chaque année, Cap 48 a récompensé des entreprises pour leurs démarches d’inclusion des personnes handicapées. À l’occasion de cette 13e édition du Prix de l’Entreprise Citoyenne, un « Coup de cœur » a été attribué au cabinet d’avocats Sotra. Voici l’histoire d’Alexandre Wespes, non-voyant et bientôt avocat. 

Dans le monde du travail, être porteur d’un handicap reste malheureusement un frein important dans de nombreuses entreprises. En Belgique, le taux d’emploi des personnes en situation de handicap est de 35 % contre 50 % dans le reste de l’Union Européenne. Un chiffre donc bien en-dessous de la moyenne, qui interpelle d’autant plus quand on sait que 91 % des entreprises sont satisfaites de leur(s) travailleur(s) handicapés1 

Pour faire évoluer les mentalités, Cap 48 décerne chaque année des prix aux entreprises qui engagent des personnes en situation de handicap. Depuis 2006, Cap 48 a ainsi mis à l’honneur 43 entreprises privées et publiques qui ont compris qu’engager une personne handicapée, c’est engager quelqu’un qui a l’habitude des challenges. Et cette année, le cabinet d’avocats Sotra a reçu le prix « Coup de cœur » du jury pour l’engagement d’Alexandre Wespes, non-voyant.  

Une candidature qui interpelle 

L’histoire de Sotra et d’Alexandre est celle d’une rencontre qui aurait pu ne jamais avoir lieu. En effet, lorsqu’Alexandre envoie une lettre de candidature à Sotra, le cabinet ne cherche absolument pas à engager du personnel supplémentaire. « Notre cabinet était ouvert depuis un an à peine et nos effectifs suffisaient pour assumer la totalité du travail », raconte Olivier Rijckaert, directeur de Sotra. « Toutefois, la candidature d’Alexandre et son CV nous ont bousculés et nous avons presque immédiatement souhaité lui donner une chance. Compte tenu de ses tentatives précédentes pour trouver un travail comme avocat, nous étions conscients que nous serions peut-être les seuls à lui donner cette chance dont il rêvait. » Depuis la fin de ses études de droit, le jeune homme cherchait en effet sans succès un emploi dans un cabinet d’avocats.  

Pour Sotra comme pour Alexandre, le challenge est toutefois énorme, notamment à cause de la prédominance de l’écrit dans ce métier, en particulier pour les plus jeunes collaborateurs. « Mais j’avais confiance dans nos capacités réciproques de relever le défi », assure Olivier Rijckaert. Au terme de plusieurs entretiens, où les mesures à mettre en place sont évoquées en détail, Alexandre débute donc au cabinet, en tant qu’avocat à part entière. « Pour nous, il n’a jamais été question de faire d’Alexandre une mascotte à qui l’on ne donnerait du travail qu’occasionnellement, mais bien de l’intégrer totalement », poursuit-il. Alexandre se souvient : « À cette époque, je suivais plusieurs procédures en parallèle. L’un des cabinets où j’avais postulé me proposait un contrat d’apprentissage professionnel (CAP) alors que Sotra me proposait de collaborer immédiatement en tant qu’avocat à part entière. Dès mon arrivée, l’objectif pour l’ensemble du cabinet était de faire de moi un avocat spécialisé́ en droit social, à l’instar de chaque nouveau collaborateur qui intègre la structure. Certes, mon handicap requérait et requiert toujours un fonctionnement quelque peu différent, mais j’ai toujours été traité comme les autres collaborateurs. »   

Bientôt inscrit au tableau de l’Ordre 

Bien sûr, comme les autres, Alexandre s’est vu confronté aux difficultés du métier (rendre des documents impeccables, respecter des délais serrés, etc.), ces dernières étant accentuées par son handicap. Quelques mois après son engagement, il suit donc une formation en informatique, apprend le Braille et l’usage d’une tablette braille. Parallèlement, Sotra déménage vers un open space où Alexandre peut circuler plus facilement avec Laïka, son chien-guide, et achève sa transition paperless. Tout étant désormais numérisé, Alexandre est capable de gérer n’importe quel dossier.  

Trois ans après le début de l’aventure, Alexandre travaille toujours chez Sotra. Il sera bientôt inscrit au tableau de l’Ordre, devenant ainsi l’un des très rares avocats non-voyants de Belgique. « Si nous avons eu des moments de doute ou de découragement, ceux-ci ont été contrebalancés par des moments de joie intense, comme la première plaidoirie d’Alexandre. Cette expérience nous prouve qu’il est tout à fait possible de travailler avec des personnes en situation de handicap. Alexandre et Laïka apportent une dynamique positive au sein du cabinet. Nous espérons que notre expérience pourra servir d’exemple à d’autres entreprises », déclare Olivier Rijckaert. Et Alexandre de conclure : « Je me lève chaque matin en me répétant que j’ai une chance inouïe de travailler avec et pour des personnes compétentes, très humaines, dans un environnement et un domaine que j’affectionne tout particulièrement. Sotra participe à mon développement professionnel et personnel et constitue une des pierres principales de l’équilibre de ma vie. » 

Pourquoi pas vous ? 

Hayate El Aachouche, conseillère RH au sein de la cellule diversité de Beci, se réjouit elle aussi de ce beau parcours : « Sotra a décidé de collaborer avec Alexandre avant de connaître les outils techniques et les aides financières existant et sans faire appel à aucun service d’insertion externe. La collaboration s’est faite simplement à partir d’une décision humaine : une candidature qui suscite un intérêt. Le recruteur a su voir les atouts de son futur collaborateur : une personne compétente, tant par ses diplômes que par ses qualités personnelles. Bien souvent, et c’est dommage, on ne voit que le handicap alors que ces personnes ont les mêmes compétences professionnelles que d’autres, et qu’elles ont souvent développé des soft skills remarquables comme la persévérance, la créativité, l’empathie, la capacité à résoudre des problèmes, etc. » 

Beci encourage les entreprises qui, comme Sotra, relèvent le challenge d’engager un travailleur en situation de handicap, sans savoir si elles vont y arriver ou pas, si cela sera facile ou difficile, parce que la personne en vaut la peine. Vous souhaitez en savoir plus ? Beci accompagne les DRH et les directions d’entreprise en matière de diversité (en termes de genre, de cultures, de handicap, d’âge,…).  Via sa cellule Diversité, vous pouvez obtenir gratuitement un diagnostic et des conseils sur mesure (sélection, recrutement, gestion, aides financières, aides techniques…) 

 

 

 

 

L’avis de Frédéric Storme, Président de l’association I See 

« Je suis ravi pour Alexandre, dont je suis le parcours depuis le début. Il mérite ce qui lui arrive : il a étudié, travaillé dur et possède toutes les compétences requises pour être un bon avocat. Très intelligent, il a un sens analytique très poussé et fera sans aucun doute très bien son métier. Je déplore par contre que sa réussite soit considérée comme exceptionnelle. L’intégration des personnes en situation de handicap dans le monde du travail devrait être la norme, et pas quelque chose qu’on célèbre. Dès le moment où les compétences sont là, un employeur ne devrait donner aucune importance au handicap, pas plus qu’à une couleur de peau ou à une orientation sexuelle. »  

« Malheureusement, il y a trop de tabous autour du handicap. Or, l’être humain a peur de l’inconnu. Dans le cas d’un handicap visuel, les entreprises ne savent pas comment l’aborder, ne connaissent pas les technologies existantes ni les aides qui peuvent être mises en place. De nos jours, grâce à la technologie, de nombreux métiers qui autrefois auraient été inaccessibles aux non-voyants, leur sont ouverts. Si on en parlait davantage, on pourrait démystifier le handicap et enfin faire changer les mentalités. » 

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