Le Tour de France, cadeau économique pour Bruxelles

Par Géry Brusselmans  - 3 avril 2019 à 09:04 | 766 vues

Tour de France Bruxelles ©BelgaImages

Cinquante ans après la première victoire d’Eddy Merckx au Tour de France, Bruxelles accueille le Grand Départ ce 6 juillet. Le troisième événement sportif le plus suivi de la planète devrait accueillir 800 000 spectateurs à Bruxelles… et offrir un excellent retour sur investissement à notre capitale. 

 

« Le départ du Tour de France est sans conteste l’un des plus gros événements sportifs qu’a connus Bruxelles. » Philippe Close, bourgmestre de Bruxelles, a le sourire aux lèvres en évoquant la perspective du « Grand Départ ». Voilà une véritable aubaine économique pour notre Région et la Belgique en général : pour célébrer comme il se doit la victoire d’Eddy Merckx pour son premier Tour de France (c’était en 1969 !), la capitale accueille le départ du Tour de France le 6 juillet prochain, avec une étape de quasi 200 kilomètres, principalement dans les deux Brabants, suivie d’un contre-la-montre le 7 juillet, qui traversera une dizaine de communes bruxelloises 

En comptant la présentation des équipes et la préparation du Tour, la ville vibrera durant quasi une semaine en jaune. Rien que pour l’organisation, 4500 personnes sont attendues (y compris équipes et journalistes) et… pas moins de 800 000 participants. « L’estimation a été établie en analysant les retombées pour les villes d’Utrecht et de Düsseldorf, qui ont respectivement accueilli le Grand Départ du Tour en 2015 et 2017 », avance Jeroen Roppe, porte-parole de Visit Brussels, l’organisme qui assure la promotion de la Région de Bruxelles-Capitale« Nous n’avons pas encore calculé l’impact direct mais l’événement offrira indéniablement un coup de boost à l’économie bruxelloise. »  

Si les instigateurs n’avancent pas de chiffres, c’est surtout parce qu’il est difficile d’évaluer objectivement l’impact. Il y a l’impact direct, qui pourra être déterminé quelques semaines après l’événement, et l’impact indirect, qui se traduit dans la visibilité de la destination de Bruxelles à l’étranger et des retombées sur les prochaines années. Au niveau direct, le Grand Départ s’annonce d’ores et déjà gagnant pour le secteur hôtelier : « La période du début du mois de juillet est habituellement calme pour le secteur hôtelier à Bruxelles », avance Rodolphe Van Weyenbergh, porte-parole de la Brussels Hotels Association. « Grâce à au Grand Départ, nous espérons être complet toute la semaine qui entoure le Tour de France. Nous estimons à 25 000 le nombre de personnes qui logeront en hôtel sur la semaine. Il y a déjà 4500 personnes uniquement pour l’organisation, les équipes et la presse. Ceux-ci ont déjà pour la plupart réservé leur chambre. Il faudra également compter sur les touristes, qui réservent plutôt en last minute. Sur la Région bruxelloise, il y a 18 000 chambres d’hôtels. »  

 

Seulement 8 % d’étrangers pour Utrecht 

L’autre secteur qui devrait profiter de l’affluence est bien évidemment celui des restaurants et des cafés. On ne parle pas ici seulement des cafés du centre-ville, mais aussi des communes bruxelloises où passeront les cyclistes, notamment Etterbeek, les deux WoluweIxelles, Schaerbeek ou Laeken.  

« L’impact du passage du Tour sur les restaurants et cafés est très difficile à estimer », tempère toutefois Philippe Trine, responsable de la Fédération Horeca Bruxelles. « Il y a plus de 4000 restaurants et cafés à Bruxelles, mais il y a pas mal d’impondérables. L’effet Tour de France est indéniable mais la période de début juillet peut être excellente tout comme elle peut être compliquée. Pour un événement sportif en plein air comme le Tour de France, même s’il y a du monde attendu, une pluie continue peut changer complètement la donne. »  

Il est par ailleurs possible d’avoir une idée du retour économique en analysant les statistiques d’éditions précédentes. En 2017, la ville de Düsseldorf en Allemagne a accueilli le départ du Tour de France, tout comme la ville d’Utrecht en 2015. Avec plus de 600 000 habitants pour Düsseldorf et seulement 350 000 habitants pour Utrecht, on peut dire que Bruxelles présente une petite longueur d’avance en termes de public potentiel. En 2017 à Düsseldorf, 500 000 fans ont ainsi encouragé les cyclistes le samedi 1er juillet, pour une étape de contre-la-montre… sous la pluie. Pour la deuxième étape, dont l’arrivée prenait d’ailleurs place à Liège, 800 000 personnes ont applaudi les cyclistes. Pour la ville d’Utrecht, qui accueillait le Grand Départ en 2015, les analyses sont plus précises. Durant les deux jours d’étape, pas moins de 750 000 touristes se sont déplacés, dont 365 000 personnes pour la première étape du 4 juillet. Les statistiques avancent que 39 % des visiteurs habitaient la ville, contre 61 hors d’Utrecht, dont une majorité de Néerlandais. Ce Grand Départ n’a en fait accueilli que 8 % d’étrangers, dont en majorité des Allemands (25 %) et des Belges (21 %). Parmi les rentrées économiques clairement chiffrables, la simple présence du staff (équipes, journalistes, organisation) en termes de nuitées et restauration a représenté 1,2 millions d’euros, soit 267 euros par personne. Il s’agit déjà d’un beau retour… dont Bruxelles a indispensablement besoin. La Ville de Bruxelles a en effet déboursé 5 millions d’euros pour avoir le droit d’accueillir le Tour de France ! 

 

Un dispositif à 100 jours du départ du Tour de France

Les organisateurs des étapes du Tour ont l’habitude de dire qu’un euro investi en rapporte 1,5 de manière directe à la ville hôte. Sur le long terme, il en rapporterait même 4 à 10. Les responsables politiques l’affirment : c’est surtout la visibilité de la ville à l’étranger qui prend tout son sens. Le Tour de France est en effet le troisième événement le plus suivi de la planète. Diffusé dans pas moins de 190 pays, dont un direct pour 60 chaînes de télévision, l’événement est vu au total par 1 à 3,5 milliards de téléspectateurs dans le monde. « Cette visibilité est sans commune mesure avec des matches de football ou une compétition d’athlétisme, où la ville hôte n’est pas forcément mise en avant », avance le bourgmestre Philippe Close.  

Pour faire vivre l’événement comme il se doit, la Ville de Bruxelles a surtout misé sur un programme de festivités démarré 100 jours avant le départ, soit le 28 mars. Citons notamment parmi les activités la mise en place de la Maison du Tour à De Brouckère, l’inauguration de la place Eddy Merckx à Woluwe-Saint-Pierre, un week-end d’activités mi-mai pour célébrer 50 jours avant le Grand Départ, une fête du vélo 2 juin ou encore le BXL Tour le 16 juin prochain. « Grâce à ces événements, nous nous focalisons sur un public local », avance Jeroen Roppe (Visit Brussels) 

Coup de pub pour Bruxelles, opportunité économique pour les acteurs horeca, le Tour de France devra par ailleurs être envisagé avec des inconvénients : les embouteillages occasionnés, la mobilisation du personnel policier, les dépenses énergétiques (une étape du Tour génère pas moins de 20 tonnes de déchets et 410 000 tonnes de CO2 !) et l’image de moins en moins positive véhiculée par le cyclisme, à cause des multiples affaires de dopage. Enfin, un facteur incontrôlable fera surtout de cet événement une véritable aubaine économique, ou pas : la météo !  

 

 

Jeroen Roppe (Visit Brussels)

Jeroen Roppe (Visit Brussels)

 

 

Rodolphe Van Weyenbergh

Rodolphe Van Weyenbergh

 

Philippe Close : « L’impact du Tour se vérifiera dans 2 à 3 ans » 

 

Optimiste, le bourgmestre de Bruxelles vise surtout les retombées du Tour sur le long terme. 

 

Combien coûte le Grand Départ à la Ville de Bruxelles ?  

Pour accueillir le Grand Départ, la Ville paye 5 millions d’euros à l’organisation du Tour de France. À quoi il faut ajouter entre 2 et 3 millions pour les animations autour du Tour. La Région bruxelloise investit en parallèle 1,5 à 2 millions d’euros. Nous ne comptons pas dans ces dépenses les frais de sécurité, de police ou de personnel défrayé pour l’événement. Comparé au coût d’autres événements, le retour sur investissement est extrêmement important. La stratégie amorcée depuis plus de dix ans, à savoir rendre une image positive de Bruxelles, devient payante. La Ville accueille désormais plus de 8 millions de touristes par an. 

 

Avez-vous déjà calculé l’éventuel retour sur investissement ?  

À l’heure où je vous parle, je ne peux pas vous donner un chiffre mais ce retour est assurément payant. Le retour direct est indéniable au niveau de l’horeca, même si on sait que le tourisme de loisirs rapporte moins que le tourisme business. Le cyclisme est un des seuls sports où les gens découvrent la destination, contrairement au football ou au tennis. De plus, le Tour de France est le plus grand événement sportif gratuit du monde. Nous avons fait appel aux entreprises et organismes pour qu’ils participent à la fête en se mettant tous en jaune.  

 

Comment pourrez-vous déterminer l’éventuel impact du Tour ? 

Nous misons sur un effet retard : il faudra estimer le nombre de touristes qui viennent à Bruxelles d’ici deux à trois ans. Le Tour, c’est un énorme plus dans notre stratégie permanente de rendre Bruxelles positif. Il y a dix ans, Bruxelles avait une image ennuyeuse, voir négative. Nous avons travaillé pour que Bruxelles ait une image dynamique. J’ai croisé pas mal de personnes (responsables politiques, organisateurs…) qui ont eu l’occasion d’organiser le Tour dans leur ville. Toutes ont été ravies d’accueillir le Tour. 

 

Philippe Close

Philippe Close

 

 

« Entre 10 et 15 000 pièces en produits dérivés » 

Le secteur horeca ne sera pas le seul à profiter de l’affluence pour le Grand Départ. Un touriste dépenserait en moyenne 20 euros lors d’une journée passée sur le Tour. Il y a la nourriture mais également les produits dérivés, dont certains commerces profiteront pour booster leur chiffre d’affaires. C’est la société ASO, qui organise le Tour de France, qui gère les stands de vente situés dans un périmètre de 500 mètres autour du départ et de l’arrivée. Au-delà, la société française Holiprom gère des stands de vente et propose surtout aux commerçants intéressés des t-shirts, casquettes et autres mugs estampillés Tour de France. « Nous sommes les seuls à pouvoir vendre les produits officiels », avance Jean-François Hogrel, PDG d’Holiprom. « Un de nos représentants passera d’ailleurs ce mois de mai à Bruxelles pour proposer aux commerçants nos produits. » Certains commerces de souvenirs ou même le secteur de la grande distribution peuvent y voir une belle opportunité financière. Une casquette ou un t-shirt est vendu environ 8 euros HTVA par Holiprom… et peut être revendue le double. « Suivant le type de commerce, un t-shirt est vendu en prix public entre 15 et 22 euros », poursuit Jean-François Hogrel. « Un commerce bien placé peut vendre facilement sur une journée une centaine d’articles. De plus, les ventes sont meilleures pour les départs à l’étranger car les touristes achètent plus. Pour Bruxelles, nous tablons sur une vente de 10 à 15 000 pièces sur les deux journées du Tour. » 

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