Adeline Dieudonné : le jour où sa vraie vie a basculé

Par Elisa Brevet (Fondatrice de Generation Makers) - 5 avril 2019 à 14:04 | 507 vues

Adeline Dieudonné ©️Gwladys Louiset

Son roman « La Vraie Vie » est une vague qui déferle sur le monde littéraire francophone, raflant les prix sur son passage. À 32 ans, la Bruxelloise Adeline Dieudonné est la révélation littéraire de l’année 2018. En quelques mois, elle est devenue la coqueluche des médias belges et français. Alors, comment faire pour garder la tête froide ? Nettoyer chaque soir la litière de son chat Gus, par exemple !

 

Vous souvenez-vous du jour précis où tout a basculé ? Le moment précis où tout a basculé, c’est quand j’ai eu mon éditrice au téléphone qui m’a annoncé : « C’est bon on le prend, ton livre sera publié » ! Tout ce qui m’arrive, je le dois à Stéphane Levens, la mère de la meilleure amie de ma fille. Un jour, au détour d’une conversation, elle m’a appris qu’elle était attachée de presse. Quelques jours plus tard, je lui ai donné une de mes nouvelles à lire. Elle a adoré et m’a présenté à Julia Pavlovitch, l’éditrice de l’Iconoclaste.

 

Accoucher d’un premier livre ce n’est pas rien, comment s’est passée la période de gestation ? Entre la rencontre avec la maison d’édition et la sortie du livre, il se passe presque un an. C’est une période longue et nécessaire avec un gros travail de correction. À cette étape-ci, on ne change plus le texte puisqu’il est terminé, mais les correcteurs pointent quelques problèmes tels que les fautes d’orthographe, les tics d’écritures et certaines répétitions. Ensuite vient le tirage des premiers services de presse et l’envoi des épreuves aux libraires… Petit à petit, le texte prend vie. C’est galvanisant !

 

Le succès de « La vraie vie » est incroyable. Qu’est-ce que cela fait de recevoir un prix, puis deux, puis six… ? C’est complètement dingue ! J’ai une formation de comédienne et je dois reconnaître que je n’ai pas forcément réussi ; en tous cas, je n’ai jamais gagné ma vie. C’est un monde difficile, la plupart du temps : tu te présentes au casting où on te dit que tu es sur la liste, que le réalisateur t’adore et finalement, ce n’est jamais toi. J’ai tellement l’habitude de ne pas avoir été choisie. Alors oui, recevoir ces prix c’est incroyable : tout à coup, c’est moi qu’on choisit parmi des centaines de livres.

 

Comment gérez-vous cette nouvelle notoriété ? Parfois cela peut être un tout petit peu étourdissant. Le fait de parler beaucoup de soi, d’être un peu le centre de l’attention, je sens bien que ce n’est pas vraiment naturel chez moi. Après, je reconnais que c’est aussi super d’être reconnue pour son travail. C’est d’ailleurs exactement ce qu’on recherche quand on produit une œuvre. Heureusement qu’après quelques envolées, quand on rentre chez soi et qu’on doit vider la litière du chat et s’occuper de ses enfants, on sancre de nouveau dans le réel.

 

« C’est un pavillon qui ressemble à tous ceux du lotissement. Ou presque. Chez eux, il y a quatre chambres. La sienne, celle de son petit frère Gilles, celle des parents, et celle des cadavres. Le père est chasseur de gros gibier. La mère est transparente, amibe craintive, soumise aux humeurs de son mari. Le samedi se passe à jouer dans les carcasses de voitures de la décharge. Jusqu’au jour où un violent accident vient faire bégayer le présent. Dès lors, Gilles ne rit plus. Elle, avec ses dix ans, voudrait tout annuler, revenir en arrière. Effacer cette vie qui lui apparaît comme le brouillon de l’autre. La vraie. »

La vraie vie, Adeline Dieudonné, L’Iconoclaste, 2018.

La vraie vie sera adapté prochainement au théâtre par Georges Lini. Un film devrait également voir le jour.

 

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