« Think like Hans »

Par Giles Daoust (Daoust) - 18 avril 2019 à 17:04 | 577 vues

Giles Daoust

Dans cette chronique Entreprises, je vais vous parler… de musiques de films.  

On peut affirmer que Hans Zimmer est le compositeur de musiques de films le plus « successful » de tous les temps. Les puristes diront que c’est John Williams (Star Wars, les films de Spielberg), mais force est de constater que la carrière de Zimmer lui fait une ombre écrasante. Quel est le secret de son succès ?  

Le grand public découvre Hans Zimmer avec sa bande originale pour Rain Man (1988), qui lui vaut une première nomination aux Oscars. Par la suite, ses innovations mariant éléments orchestraux et électroniques, font de lui la coqueluche d’Hollywood : Le Roi Lion, The Rock, Gladiator, Pirates des Caraïbes, The Dark Knight, Inception, Sherlock Holmes, Interstellar et Dunkirk… sont quelques-unes de ses innombrables références. Il a même lancé récemment une tournée de concerts, dont celui de Bruxelles a rempli le Palais 12.  

Le secret de son succès, c’est que Hans Zimmer sait s’entourer. Pour chaque film, il constitue une véritable équipe projet, s’adjoignant plusieurs compositeurs additionnels et musiciens d’horizons divers. Ce travail en équipe lui permet de continuer de se renouveler et d’innover, film après film, plus de 30 ans après ses débuts. Ce faisant, il a également lancé la carrière de nombreux autres compositeurs tels que Harry Gregson-Williams, John Powell ou Tom Holkenborg, qui firent d’abord leurs armes avec tonton Hans avant de voler de leurs propres ailes. L’écurie Zimmer domine aujourd’hui le secteur, tant en termes d’influence stylistique que de nombre de films.  

Ce travail en équipe a valu à Hans Zimmer un succès immense… et les plus virulentes critiques. Dont celle de l’Académie des Oscars, qui lui refusa pendant dix ans toute nomination, prétextant qu’on ne savait pas bien qui composait quoi sur ses films. Les mauvaises langues disent en effet que Zimmer n’a plus de mérite, qu’il se contente de piloter des jeunes talents qui font le travail à sa place. C’est pourtant particulièrement faux, comme on le constate en observant la carrière solo de ses disciples : sans tonton Hans, leur originalité a ses limites, et leur carrière aussi. C’est lui qui leur insuffle une créativité débridée, et non pas l’inverse. Il a donc toute sa légitimité.  

Avec un peu de recul, ce qui caractérise la méthode Zimmer, c’est le passage d’un mode « artisanal » à un mode « entrepreneurial ». Il fut le premier à réaliser qu’en travaillant seul, il lui était inévitable de se répéter. En fonctionnant en mode « écurie », non seulement il a lancé la carrière de jeunes compositeurs, mais il a pu se renouveler. C’est ainsi qu’à chaque film, on peut découvrir une nouvelle innovation, ce qui fait qu’il reste encore et toujours, le meilleur.  

Tout ceci nous ramène bien entendu au monde de l’entreprise, puisque les managers sont confrontés aux mêmes défis que Hans Zimmer. Comment se renouveler ? Comment apporter des nouvelles idées dans l’entreprise, tout en conservant son identité ? En entreprise également, la clef réside dans de bonnes collaborations : identifier les jeunes talents, et les guider, les orienter, les challenger. Plus important encore : leur donner des opportunités de se développer, de prendre progressivement plus de responsabilités, et de voler de leurs propres ailes. De devenir à leur tour managers.  

Pour réussir, il faut donner une chance aux autres, se mettre en danger, et accepter que les mauvaises langues diront : « il n’a pas fait ça tout seul ». Evidemment que non, un manager ne réussit jamais seul. Une entreprise n’est pas un atelier d’artisan.  

Think like Hans !  

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