ABA : quand le rebond rend hommage à Walthéry

Par David Hainaut  - 14 mai 2019 à 16:05 | 387 vues

Les auteurs d’« Hommage collatéral », Bruno Gilson et Dragan Lazarevic.

Petit événement, fin mars chez Beci : en marge du programme reStart – qui accompagne les entrepreneurs ayant fait faillite – était présenté un album de BD en hommage au dessinateur Walthéry. Quel rapport ? « Hommage collatéral » est la première production de la nouvelle ASBL ABA, née de l’union de deux créatifs passés par la case reStart, Olivier Ghys et Michèle Lahaye. 

« L’échec est un diplôme » ou « Échouer, apprendre de ses erreurs et rebondir » : les slogans du programme reStart de Beci parlent d’eux-mêmes. Existant depuis deux ans, ce précieux outil, créé pour épauler tant humainement que professionnellement les entrepreneurs faillis de notre capitale (Bruxelles a compté l’an dernier 3000 liquidations) méritait forcément une attention. Destiné à aider, sensibiliser et accompagner des personnes soucieuses de relancer une activité économique, reStart a déjà accueilli 120 profils, dont la moitié ont déjà retrouvé un nouvel emploi. « Ces premiers résultats sont très positifs », commentait, en guise d’introduction, son coordinateur Eric Van den Bemden, lui-même issu du monde entrepreneurial, ajoutant : « Nous restons présents pour recevoir des gens, les aider à grandir – en les coachant, par exemple – pour se relancer, tout en dédramatisant certaines situations. » 

Fruit concret, parmi d’autres, de ce nouveau programme solidaire : la naissance de l’ASBL ABA, qui en a profité pour dévoiler un nouvel album BD, « Hommage collatéral », qui a la particularité de parodier les célèbres Natacha et Rubine, deux personnages créés par le dessinateur liégeois François Walthéry. Cela en présence des initiateurs, employés de l’association, Olivier Ghys et Michèle Lahaye, un tandem soucieux de promouvoir notre patrimoine culturel à travers des artistes, de leur coach et présidente de l’association Moira Wrathall, ainsi que les auteurs de l’ouvrage, Bruno Gilson et Dragan Lazarevic. Une présentation à laquelle assistaient plusieurs autres entrepreneurs concernés par le programme reStart, dans une ambiance particulièrement conviviale, où l’attention voire l’émotion – se lisait sur pas mal de visages. Tant la création de ce module aussi concret que neuf, on le comprend, nourrit pas mal d’espérances. 

 

De gauche à droite : Bruno Gilson, Dragan Lazarevic, Eric Van den Bemden (reStart), Michèle Lahaye, Olivier Ghys et Moira Wrathall (asbl ABA).

Une double relance 

Michèle Lahaye et Olivier Ghys, qui relancent donc main dans la main leurs carrières d’entrepreneurs/employés, ont témoigné de leur parcours, de leur rencontre et des bienfaits que le programme reStart a pu leur apporter. Sans oublier de remercier chaleureusement leurs aidants et en rappelant l’importance des subsides offerts par la Région de Bruxelles-Capitale. De leurs témoignages, nous avons retenu six conseils utiles à ceux qui se relancent :  

 

  1. Accepter la situation : « Rebondir après un tsunami, voire parfois la crise de toute une vie, ce n’est vraiment pas simple, on l’imagine », concède Michèle Lahaye. « Dans un premier temps, le mieux est de bien accepter la situation. C’est essentiel, dans ce genre de cas, de se donner du temps, de ne pas s’alarmer et de prendre du recul. »

 

  1. La confiance : « Ensuite, on essaie de faire un petit pas chaque jour », poursuit Michèle Lahaye. « La force, on va aussi la chercher en connaissant bien notre chemin. Grâce à reStart et ses précieuses personnes, nous avons été entendus, nous avons pu parler, abondamment même. Et ainsi nous retrouver dans des conditions optimales pour commencer à ré-envisager notre avenir. Et pouvoir nous reconstruire, tout simplement. »

 

  1. L’écoute : « Quand on fait face à une faillite, il faut savoir rester humble. C’est important de se mettre à l’écoute », enchaîne la prolixe Michèle Lahaye. « À l’écoute de ses propres peurs, mais aussi celle des autres, qui souvent, nous prodiguent d’importants conseils. Avec Olivier, mon partenaire, nous avons découvert notre complémentarité de façon progressive et constructive. Tout cela prend peut-être un certain temps, mais il est important. Par la suite, en lançant notre ASBL, nous avons parfaitement été conseillés, notamment sur quelques lourdeurs administratives. Le soutien est en fait là à tous les niveaux. »

 

  1. La persévérance : « Même lorsque, comme moi, on se trouve totalement désabusé face l’arrêt brusque d’un commerce qu’on aime, un tel programme, nourri par la bienveillance et le respect, cela ne peut qu’être utile pour retrouver l’espoir, pour (re)devenir persévérant, oublier les doutes et les questionnements », explique Olivier Ghys, complétant : « Car chacun d’entre nous le sait, sans persévérance dans ce monde, il n’y a pas de miracles, on ne peut arriver à rien. Et via reStart, on peut facilement passer d’un extrême à l’autre. Avec un moteur décuplé ! ». Sa collègue renchérit : « À un moment donné, nous savions ce que nous voulions, nous étions donc déterminés. Sans jamais négliger que le risque zéro n’existe pas, et en considérant qu’il y a toujours une part de chance dans la réussite d’un nouveau projet. »

 

  1. Découvrir son autre soi : « Petit à petit, avec toutes les démarches possibles du programme, la confiance renaît et on parvient à écouter son autre soi, à savoir de quoi on est capable. Cela peut parfois être surprenant ! », explique encore Michèle Lahaye. « Pour nous, pouvoir créer une maison d’édition et aider des artistes par le biais d’une ASBL qui nous emploie, même partiellement à ce stade, s’est imposée assez vite. Bien sûr, si l’aspect lucratif est à l’ordre du jour, ne nous leurrons pas, ce n’était pas l’unique but de notre entreprise. Il y avait une envie commune d’accomplir quelque chose de plus. Et pour cela, le soutien de la culture est quelque chose qui nous semble aujourd’hui primordial. Maintenant, au-delà de cette activité, nous espérons qu’ABA pourra devenir notre principal employeur. Après, on verra ! »

 

  1. Prendre du plaisir… et en donner : «Pour nous, les deux vont de pair, surtout à cette époque. Prendre du plaisir dans ce qu’on fait est capital, mais c’est encore mieux si on peut en donner, en créant du lien. Histoire de se rendre utile et permettre à chacun de s’y retrouver », conclut Olivier Ghys.

 

Pour en savoir davantage sur le projet reStart, rendez-vous à l’adresse https://go.beci.be/restart. Le programme, qui permet donc de rencontrer des coachs, d’intégrer une communauté et de ré-orienter sa carrière professionnelle, reste gratuit pour tout entrepreneur bruxellois aillant fait faillite. Et chaque mois, des séances d’information sont organisées.  

 

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