Gérer le risque climatique : un enjeu économique pour les villes

Par Johan Debière  - 1 juin 2019 à 16:06 | 106 vues

© Belga Bruxelles connaît régulièrement des épisodes d’inondation, comme ici à Woluwe, en 2016.

Les conséquences du dérèglement climatique constituent désormais une menace sérieuse pour les villes et leurs entreprises, plus encore que le coût lié aux cyberattaques ou les risques pourtant réels liés aux conséquences de pandémies comme celle du H5N1, qui avait fait apparaître tant de solutions hydroalcooliques dans les sanitaires des entreprises lors de l’épisode de 2004… 

 

C’est une étude réalisée par Lloyd’s, LA référence en matière actuarielle, qui l’a révélé en 2018 : le plus gros risque auquel Bruxelles est exposée, au même titre que plusieurs autres grosses villes européennes d’ailleurs, ce n’est pas du côté des crises financières qu’il faut le chercher, ni même du côté des pandémies, comme l’épisode H5N1 ou celui, plus récent, lié à la résurgence de maladies comme la rougeole ou la tuberculose, mais du côté des… inondations, et plus largement des manifestations liées aux dérèglements climatiques. Dérèglements que les assureurs intègrent désormais dans la gestion des risques, comme nous le confiait voici quelques mois de CEO d’Ageas 

En 2018, Lloyd’s avait estimé à près de 250 millions de dollars les risques liés aux inondations, laissant à distance les risques financiers (230 millions de dollars) et plus loin encore, à 230 millions de dollars, le coût lié aux cyberattaques dont on parle pourtant beaucoup. Dans quelques semaines, avec la publication du nouvel index de Lloyd’s, nous verrons dans quelle mesure la situation a évolué ou… s’est dégradée. Quoi qu’il en soit, à bien considérer le nombre de soucis rencontrés récemment lorsque les éléments se déchaînent, il y a visiblement encore beaucoup de pain sur la planche.  

 

Carte des zones inondables 

À Bruxelles, le politique a pris conscience de la nécessité de bien appréhender ces phénomènes extrêmes, faute de pouvoir les prévenir. « Nous avons établi une carte des zones inondables », explique-t-on à Bruxelles Environnement. « Il s’agit d’une sorte de cadastre qui détermine les zones où des inondations sont susceptibles de se produire, en fonction de renseignements établis sur une base scientifique, d’une part, et d’autre part selon des observations rassemblées par le Service d’Incendie et d’Aide Médicale Urgente de la Région (SIAMU), par le Fonds des Calamités et par Vivaqua. »  

Un peu plus en amont, du côté du réseau d’égouttage, la situation n’est guère brillante : l’état des 2.000 km d’égouts est assez mal connu, l’égouttage double séparant eaux pluviales et eaux usées quasiment inexistant et l’étanchéité des conduites souvent très relative. Outre les effondrements qui se sont multipliés au cours des dernières années, le mauvais état du réseau de conduites peut contribuer à accentuer les conséquences de précipitations inhabituelles. Avec les conséquences que l’on sait.  

 

Plan Pluie 

Dès 2008, la Région a agi de manière conséquente en actionnant le Plan Pluie, plan complété par la mise en place de la plateforme de coordination réunissant les différents opérateurs et acteurs de l’eau de la Région. Un peu plus tôt, en 2006, le placement des citernes d’eau de pluie avait même été rendu obligatoire pour toute nouvelle construction.  

En plus du double égouttage auquel la Région accorde désormais beaucoup d’importance, d’autres actions efficaces sont désormais engagées, encore en aval, mais aussi de plus en plus souvent en amont. Ainsi, l’installation de toitures vertes est encouragée par des primes, de même que l’aménagement de surfaces perméables sur les zones de parking. Il y a urgence : entre 1955 et 2006, le taux d’imperméabilisation des sols n’a cessé de grimper, passant de 27 à 47 %. Aujourd’hui, un mouvement s’est engagé en sens contraire et la tendance au bétonnage cède peu à peu la place à la perméabilisation.  

Par ailleurs, la Région cherche à réconcilier les Bruxellois avec les cours d’eau. Encore très présents il y a un siècle, ceux-ci sont revenus comme par enchantement : « C’est ce maillage bleu qui nous permettra peu à peu de mieux gérer les précipitations en réintégrant l’eau dans la ville, en séparant les eaux usées des eaux propres et en engageant un mouvement de perméabilisation des sols, là où l’on ne jurait que par le béton, et en privilégiant la rétention d’eau et la temporisation des écoulements, avec des toitures végétalisées ou en récupérant les eaux pluviales dans des citernes. »  

 

Serious game 

Aujourd’hui, le Plan de Gestion des Risques d’Inondation (PGRI) a été incorporé dans le Plan de Gestion de l’Eau couvrant la période 2016 à 2021. Récemment, c’est la Ville de Bruxelles qui s’est distinguée de manière originale en lançant l’EcoRun, un serious game qui permet de sensibiliser aux risques liés aux inondations, au phénomène de formation d’îlots de chaleur et, plus globalement, à la vulnérabilité du territoire de Bruxelles-Capitale face aux manifestations du réchauffement. Avec l’objectif ambitieux de réduire ses émissions de 40 % et de favoriser l’autoproduction d’énergie renouvelable pour 27 % de la consommation.  

Ces risques climatiques, Bart Corijn les prend très au sérieux. Au sein de l’association The Shift, il milite auprès des villes, des communes et des institutions publiques pour qu’elles retirent leurs avoirs des placements liés aux énergies fossiles, responsables du phénomène de réchauffement. Bart sait de quoi il parle : il y a quelques années, il travaillait au sein d’une grande banque et a œuvré comme gestionnaire de risques. Il dirige aujourd’hui un groupe constitué d’investisseurs institutionnels, assureurs et fonds de pension, qui réfléchissent à un mouvement de désengagement en prenant soin toutefois d’éviter l’utilisation du mot « désinvestissement », auquel il préfère de loin le vocable  « investissement favorable au climat ». 

 

© Belga. Parmi les mesures prises ces dernières années : l’installation de bassins d’orage, comme ici dans la vallée du Struykbeek.

Triodos, la banque durable 

Cette volonté de se détourner des placements à risques, c’est aussi une ligne adoptée par la « banque verte » Triodos, fondée par le Néerlandais Peter Blom. Établie à Bruxelles, au cœur du quartier des Marolles, Triodos est ouverte aux particuliers, mais aussi aux entreprises. Depuis son lancement en Belgique, Triodos n’a eu de cesse de se détourner des business qui peuvent nuire directement, mais aussi indirectement à l’environnement et au bon état de la planète. En mettant l’argent qui lui est confié au service du financement de projets entrepreneuriaux qui contribuent à un changement positif et durable.  

Outre les prêts aux entreprises travaillant dans le tabac ou dans l’industrie du jeu de hasard, sont proscrites par cette banque, qui se veut éthique, les activités liées au commerce de fourrure, les activités susceptibles de nuire à l’environnement, les activités liées aux armes… Exemple concret : c’est auprès de Triodos que la société de promotion immobilière durable Ethical Property Company a trouvé plusieurs financements qui lui ont permis de faire sortir de terre le beau projet Mundo-B, à Ixelles. Un endroit où l’on applique précisément tous les principes susceptibles de rendre une ville plus résiliente, en particulier la citerne de 30m² pour la récupération d’eau de pluie qui alimente les sanitaires du bâtiment. 

 

Gazon maudit 

À Bruxelles, l’éco-entrepreneur Louis De Jaeger s’est récemment distingué avec une action de sensibilisation menée sur ce qui était la pelouse de l’Atomium. Pour refaire cet espace vert détruit par les vicissitudes de l’hiver, il a proposé de remplacer la pelouse ordinaire par de la verdure, des fleurs et d’y planter un pommier. L’avantage est double : l’aménagement augmente la capacité du sol à stocker les précipitations et il soutient la biodiversité. 

http://byebyegrass.eu 

 

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