« La génération qui court »

3 juin 2019 à 16:06 | 487 vues

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La Génération Y est pleine de contradictions. Hyper à cheval sur l’équilibre vie privée/vie professionnelle, elle sait aussi être hyper ambitieuse, parfois à l’excès. Une contradiction qui entraîne parfois son lot de difficultés… 

Partons d’un cliché bien connu, celui du recruteur qui interviewe un jeune candidat pour son premier job, et lui demande où il se voit dans deux ans. Réponse : « J’aimerais devenir manager de mon équipe ». On le sait, l’ambition de la Génération Y n’est plus de mener une longue carrière dans la même entreprise ou le même département, en gravissant les échelons un à un. La « Gen Y » veut des avancées de carrière plus rapides, plus marquées, plus… spectaculaires. C’est peut-être aussi le reflet d’une époque façonnée par Facebook et les successeurs de la Star Academy : si tu n’as pas quelque chose d’intéressant à poster tous les jours, et si tu n’as pas « réussi » à 30 ans, tu es un raté. 

Giles Daoust, CEO de Daoust

Le problème, c’est la contradiction majeure qu’il y a entre cet excès d’ambition (voire d’ego) et l’importance donnée par la Gen Y au sacrosaint équilibre vie privée/vie professionnelle. On a donc non seulement une ambition débordante, mais en plus on essaie de tout faire rentrer dans les traditionnelles 38 heures/semaine. Ceci produit une « génération qui court », mais qui confond parfois le sprint et le marathon.  

En conséquence, on assiste à une certaine forme de procrastination, avec des jeunes gens ambitieux, qui travaillent très vite et sans regarder derrière eux, mais qui oublient parfois de faire leur bilan de compétences. On crâne plutôt que de reconnaître ses limites. On fonce plutôt que de prendre le temps de se former. Du coup, on va trop vite, on brûle des étapes. Parfois, on se brûle soi-même. De nombreux burnouts sont provoqués par le travailleur lui-même, à cause de la pression qu’il se met et de l’incapacité qu’il rencontre à identifier ses limites et à y remédier 

Je suis le premier à encourager les comportements ambitieux. Mais je voudrais faire un plaidoyer pour l’humilité. Votre ego est votre pire ennemi ! Si vous avez encore des choses à apprendre, c’est tout à votre honneur de le reconnaître. Plutôt que de faire semblant de tout savoir, il vaut mieux identifier ce qu’on ne sait pas, et investir un peu de son temps libre dans l’apprentissage, via tous les canaux qui sont à notre disposition.  

Nous vivons un âge d’or de la connaissance. Aucune génération passée n’a eu accès à autant d’informations, que ce soit via le web, les livres du monde entier disponibles sur Amazon, les MOOC, les formations gratuites ou payantes proposées par divers organismes privés et publics. En échange, il est de notre responsabilité de lire, nous documenter, nous former en continu. Non, on ne peut pas tout apprendre « on the job ». Non, l’entreprise n’a pas à elle seule la responsabilité de former les jeunes aux compétences dont ils auront besoin pour se développer. Pour entreprendre sa carrière, il faut en permanence se remettre en question. Lire, se documenter, se former. Savoir reconnaître ses erreurs, et en tirer des leçons. Et ne jamais croire qu’on sait tout.  

Je conclurai en citant Nietzsche : « Celui qui un jour veut apprendre à voler, celui-là doit d’abord apprendre à se tenir debout et à marcher et à courir, grimper, danser – ce n’est pas du premier coup d’aile que l’on conquiert l’envol » 

Giles Daoust, CEO de Daoust 

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