Smart Mobility à Tour & Taxis : l’intelligence collective en marche

Par Cédric Lobelle  - 3 juin 2019 à 12:06 | 537 vues

© Reporters

Comment résoudre les problèmes de mobilité, et notamment de mobilité douce ? C’est l’objet d’une série d’ateliers organisés dans le cadre du « Smart Mobility Hub », fruit d’une collaboration entre Extensa, propriétaire de Tour & Taxis, et Beci.  

Fin avril se déroulait le troisième workshop organisé par le Smart Mobility Hub autour des problèmes de mobilité rencontrés sur le site de Tour & Taxis et alentour, dans le cadre de son développement futur – un projet pilote dont on espère tirer des leçons qui seront aussi pertinentes ailleurs à Bruxelles.  

Les grandes problématiques ayant été cernées lors des deux premiers ateliers (lire nos magazines de décembre et d’avril), l’heure était venue d’attaquer cette thématique sous un jour plus concret, mais toujours collectif et participatif. 

Tour & Taxis accueille une centaine d’entreprises, mais aussi les administrations de Bruxelles Environnement et de la Communauté Flamande. À terme, quand la rénovation et le développement envisagés par Extensa seront réalisés (avec des immeubles de logements), on comptera au bas mot 6.000 travailleurs et 3.000 résidents, sans oublier tous les visiteurs pour les événements, les fournisseurs, les promeneurs, etc.  

 

Intelligence collective 

 « Les deux premiers workshops ont servi à analyser la situation et à interroger les usagers sur leurs habitudes, leurs sentiments sur la mobilité dans et autour du site », résume Ischa Lambrechts, Conseiller Mobilité de Beci. « Le troisième doit servir à dessiner quelques priorités concrètes issues de la création de profils spécifiques d’utilisateurs, imaginées par les entrepreneurs participants à cet atelier. » 

Cécile Huylebroeck, Conseillère Emploi chez Beci, aux commandes de ce workshop : « C’est le fameux last mile qui pose principalement problème. Tour & Taxis est difficile d’accès, tout spécialement par le biais de la mobilité douce (vélo, trottinette, scooter, etc). Nous privilégions l’intelligence collective pour trouver des solutions au-delà de la seule voiture (ndlr : le site comporte déjà 3.500 places de parking, et devrait bénéficier de 900 places supplémentaires, en souterrain, liées aux logements). C’est l’aspect multimodal que nous voulons mettre en avant. De plus, tel un laboratoire, on pourra s’inspirer des idées issues de ce Smart Mobility Hub pour les appliquer plus généralement à Bruxelles, afin d’éviter de la voir se vider de ses entreprises. » 

 

Les points qui fâchent 

La première partie de l’atelier du jour a permis de prendre connaissance des principales problématiques observées lors des réunions précédentes et d’une enquête réalisée auprès de 88 usagers de Tour & Taxis :  

  • La signalétique, absente et/ou imprécise. Il manque un plan d’accès et une signalétique précise pour les parkings deux-roues et voitures, mais aussi d’indications pour trouver telle entreprise ou tel bâtiment. La présence de stewards est par contre très appréciée. 
  • La connectivité et le last mile’ : Si les trams, trains et métros (stations Yser/Ribaucourt) permettent d’arriver aux alentours du site, les deux derniers kilomètres sont problématiques, même à pied, vélo, trottinettes, etc. À l’inverse, la navette reliant la gare du Nord à Tour & Taxis est un vrai bonus. 
  • L’insécurité, si elle n’est pas problématique en journée, se ressent davantage le soir. Le sentiment d’insécurité est présent autour de la gare, du métro ou dans le parc. 
  • La sécurité routière et le confort : Il n’y a pas grand-chose de prévu pour faciliter l’usage de moyens de déplacement spécifiques. Vélos, trottinettes et voitures, se retrouvent sur les mêmes voiries. Le traçage est insuffisant, les PMR sont en difficulté, les pavés posent problème, les parkings deux-roues manquent. 

© C. Lobelle. Le parcours de Julio, le visiteur anversois.

Quatre problèmes, quatre solutions 

À partir de là, la trentaine de participants, principalement des responsables de sociétés présentes à Tour & Taxis, ont été invités à se regrouper autour de quatre tables, en usant de la méthode Diamond Design Thinking’ – une méthode collaborative en plusieurs étapes : découverte d’une situation, définition d’un problème, développement d’une solution, et livraison de cette dernière, en élargissant puis en ciblant chaque fois le champ de réflexions. « L’idée est d’abord de bien cibler les problèmes, pas d’aller trop vite aux solutions », précise Isabelle Casteleyn, consultante.  

Cette dernière a invité les quatre tablées à construire trois « personas », des profils de fictifs représentant autant de groupes-cibles, devant se rendre sur le site de Tour & Taxis, dresser leurs traits de personnalité, leurs usages en termes de mobilité. Puis d’en sélectionner un pour le présenter à l’assemblée. Quatre profils ont ainsi émergé.  

Étape suivante : chaque groupe a approfondi les besoins de son « persona » pour arriver à destination, en imaginant les problèmes rencontrés sur le trajet final (le last mile), mais aussi ses (inter)actions et ses décisions, et en les associant à une humeur. « L’objectif est de confronter chaque persona aux zones d’opportunité : imaginer ce qui pourrait améliorer son parcours et donc son état d’esprit, mais aussi les barrières qu’il rencontre », reprend Isabelle Casteleyn. « À partir de là, chaque groupe choisit un problème en particulier qui entrave son persona dans son cheminement. » Nous pouvons ainsi vous présenter : 

  • Eva, automobiliste de Wavre. Elle est victime des embouteillages, notamment sur l’Avenue du Port et à l’entrée 86C de T&T, où elle travaille. Elle doit également trouver une place de parking. Elle commence donc sa journée assez stressée. Comment l’aider à parvenir à destination en toute tranquillité et à se sentir plus apaisée au travail ? 
  • Thierry est livreur à vélo pour financer ses études. Il perd du temps à T&T pour trouver son client, vu la signalétique défaillante, ce qui retarde la livraison suivante. Comment l’aider à s’y retrouver dans ce quartier où les entreprises fourmillent, au contraire des panneaux indicateurs, pour une livraison rapide qui améliorera son rating ? 
  • Olivier, aveugle, se rend en train à un workshop à T&T, accompagné de son chien. Mais ce dernier l’a emmené dans une mauvaise direction et les pavés ajoutent aux difficultés. Vu le manque d’infrastructures et de signalétique spécifiques pour les porteurs de handicap, comment parvenir à destination en toute autonomie, sécurité et confiance ? 
  • Julio, Anversois, veut visiter une expo à T&T. Près de la gare du Nord, il trouve un scooter partagé. Mais une fois sur le site, il ne sait pas trop où aller, ni où garer son véhicule. Faute de signalétique claire et d’emplacement spécifique pour les deux-roues partagés, comment lui permettre se garer à proximité de ses activités ? 

 

Avec les partenaires « mobilité » de T&T 

À la fin de l’atelier, Cécile Huylebroeck se montrait plutôt satisfaite : « Nous sommes arrivés au résultat voulu : que chaque groupe isole un problème spécifique sur lequel il se penchera lors des deux derniers workshops, afin de proposer, enfin, des solutions collectives. Elles deviendront ensuite des projets concrets qui devront être testés sur le terrain. » Avec, néanmoins des contraintes réelles : Extensa, propriétaire de Tour & Taxis, doit s’y retrouver en termes de solutions, afin de les intégrer dans ses projets de développement et de rénovation. « De plus, les fournisseurs de services parmi les participants, ainsi que les acteurs de la mobilité qui travaillent déjà avec Tour & Taxis, doivent pouvoir présenter leurs services et se positionner comme fournisseurs de solutions possibles. Des solutions collectives, avec une cohérence entre les différents projets, au sein de ce Smart Mobility Hub. » 

Rendez-vous donc les 17 mai et 14 juin pour les deux derniers ateliers. 

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