Olivia et Steven Beckers : « On peut et on doit vraiment faire plus pour le climat »

Par Johan Debière  - 6 juin 2019 à 09:06 | 377 vues

Olivia & Steven Beckers

On ne présente plus Steven Beckers. Occupé dans Art&Build jusqu’en 2011, Steven l’architecte a créé Lateral Thinking Factory. Il est ainsi un peu devenu Steven l’agriculteur, le précurseur des fermes urbaines. Visiblement, les gênes sont passées chez sa fille : à 19 ans, Olivia est végétarienne, étudiante au Middelburg Liberal Art&Science et pétrie de valeurs durables. 

Notre société est-elle capable, aujourd’hui plus qu’hier, d’évoluer radicalement sur la thématique du climat ? Et plus particulièrement si l’on se réfère à la décevante COP15 de Copenhague, voici dix ans ?  À cette question, Olivia et Steven Beckers évoquent tous deux un « saut générationnel » : « Une des grandes différences entre 2009 et maintenant, c’est le changement de génération. La génération qui en 2009 était trop jeune est aujourd’hui en âge de changer les choses, peutêtre à plus grande échelle. C’est une génération conscientisée depuis le plus jeune âge, qui comprend bien tous les enjeux climatiques. Il y a aussi un changement de valeurs vers plus de partage et de communauté, moins d’individualisme. » À cet égard, Olivia souligne l’importance des réseaux sociaux : « Ceux-ci sont un outil extraordinaire de mobilisation et de partage de l’information ». Elle témoigne aussi d’un beau sens critique et d’une réactivité bien marquée lorsqu’elle évoque le « foutage de gueule » (sic) de la COP21 de Paris. Visiblement, si les nouvelles générations ont changé en bien, on ne peut pas en dire autant des grand-messes climatiques… 

Clivage social ? 

Sur la question générationnelle, Steven Beckers se montre peut-être un peu plus nuancé, en particulier lorsqu’il évoque les milieux sociaux différents : « La mobilité des jeunes est extraordinaire dans les milieux aisés ; elle diffuse cette conscience. Nos enfants sont beaucoup plus dans le bon sens et actifs. Il est difficile de juger de ce phénomène dans des milieux moins favorisés, qui risquent de rester sur le côté, sauf pour le mouvement des jeunes pour le climat, très largement suivi. Les COP sont très loin de la population et assez stériles en communication ». Et Steven, tout comme Olivia, d’évoquer « les grandes réunions entre convaincus, qui accouchent de souris (…) depuis le sommet de la terre de 1992 à Rio ». Bref, pour reprendre mot pour mot la formule de Steven, « près de30 ans pour montrer que le développement durable est mort ». Steven croit bien davantage dans l’économie circuliare, depuis qu’il a rencontré ses inventeurs Mc Donough et Braungart. 

 

Changeons-nous assez vite ? 

Quant à savoir si le rythme des évolutions positives est assez rapide, Olivia et Steven répondent un grand « non » à l’unisson. Olivia Beckers : « On doit faire beaucoup plus. Une prise de conscience collective est nécessaire, tant au niveau international, chez les grands industriels, qu’au niveau individuel. On doit aussi faire des efforts personnels et arrêter de penser qu’on est seul à le faire. C‘est plus encourageant ; c’est comme une goutte d’eau qui fait des ondes. Sil y a un plus grand mouvement citoyen, les multinationales seront obligées de suivre ». À l’égard du rôle que peuvent jouer les gros acteurs économiques, Steven Beckers évoque l’exemple des GAFA qui devraient, selon lui, « non pas payer des impôts locaux, mais être obligés d’investir dans des business rentables régénérateurs et à impacts positifs sur les plans environnemental et sociétal », signant ainsi l’arrêt du greenwashing et mettant un terme à « lobscure utilisation des taxes ». 

« Ne pas attendre le changement, mais être le changement » 

Le changement peut-il, doit-il passer par le politique ? À nouveau, père et fille font le même constat : « Jusqu’ici, les politiques n’ont pas fait grand-chose », constate Olivia. À ses yeux, « c’est la demande citoyenne qui doit montrer le chemin au politique ». Dans le même temps, Olivia admet que le citoyen « a tendance à attendre que quelqu’un fasse le boulot qu’il s’agisse de l’Europe ou de l’État au lieu d’agir lui-même directement ». Or, elle estime que le citoyen a beaucoup plus d’impact qu’il ne le croit : « Il ne faut pas attendre le changement, mais être le changement ». À cette analyse, Steven souligne le court-termisme du politique : pour bien faire les choses, il s’agit pour celui-ci de « proposer une feuille de route, avec laide de la concertation et de la participation citoyenne ». Pour l’architecte, il faut fixer des objectifs forts et développer une vision à long terme : « Si certains passages sont parfois impopulaires, la vision, elle, reste comprise ». 

 

Une mobilisation qui fait plaisir à voir 

À la question de savoir si les choses ont évolué depuis l’organisation des fameuses marches climatiques, Olivia Beckers a le sentiment que le politique « n’a que peu réagi ». Elle se console toutefois par la prise de conscience collective qui, elle, a grandi. Visiblement, Olivia s’accommode mal de la langue de bois politique. Son papa souligne qu’elle s’étrangle littéralement en visionnant cette interview dans laquelle la ministre fédérale de l’Environnement Marie-Christine Marghem et sa collègue régionale Joke Schauvliege pointent du doigt la nécessaire conscientisation des étudiants… De son côté, Steven se dit enthousiasmé à la vue de la mobilisation des jeunes. « Je n’avais plus vu tel mouvement depuis ces fameuses manifestations contre la décision de l’État belge d’investir 30 milliards de francs belges dans de nouveaux avions de chasse. » 

 

De nombreux exemples inspirants, mais… 

Lorsqu’on verse dans la sphère économique, Olivia et Steven n’éprouvent aucune difficulté à trouver des exemples d’entreprises inspirantes dans leur manière de s’engager dans la lutte nécessaire contre le réchauffement. Olivia d’évoquer Fairphone, Ecosia ou Ocean Cleanup, et Steven de compléter avec les exemples de Desso, Delta Developpement (park 2020), Bigh, Mercato Metropolitano et Bioorg. Quant aux personnalités, c’est à Boyan Slat, l’initiateur d’Ocean Cleanup, qu’Olivia songe directement. Avec Tesla et Space X, Elon Musk est évoqué également, mais Steven est d’avis qu’il s’agit là de « pur business » et que, même si c’est visionnaire, « fuir la terre n’est pas une solution ». Olivia applaudit des deux mains cette pratique qui amène les entrepreneurs à partager la technologie pour améliorer les choses. Elle souligne la personnalité de Greta Thunberg, qu’elle considère comme une source d’espoir : « Même si cela ne dure pas, elle peut être une personnalité phare pour lavenir ». Du côté de Steven, c’est Michael Braungart, Nicolas Hulot, Ellen MacArthur, Arnold Schwarzenegger et le couple Al et Tippa Gore qui émergent, mais aucun grand leader qui puisse véritablement faire bouger les lignes. « Peutêtre parce qu’ils sont rares et fragiles ? » avance Steven, en pensant à des gens comme Alain Hubert ou Nicolas Hulot, qui ont pris pas mal de coups. 

 

« Et vous, Steven et Olivia, que faites-vous pour le climat ? » 

Olivia, végétarienne, tend vers le « zéro déchet » dans son appartement. Elle préfère le train à l’avion lorsqu’elle voyage et emprunte les transports en commun, mais elle mange aussi local, s’achète des vêtements et des meubles en seconde main, marche pour le climat, soutient les ONG  comme Ocean cleanup et 4Ocean, ramasse les déchets autant dans la ville qu’en pleine nature (Clean Walker) et conscientise les jeunes scouts… Ouf ! Du côté de papa, l’action passe évidemment par la vie professionnelle et par les actes posés dans la vie de tous les jours : comme Olivia, il prend le train plutôt que l‘avion, réduit le plastique, trie parfaitement et tend vers lui aussi le vers « zéro déchet » sous l’influence de sa fille. Dans l’attente de la voiture à hydrogène, il continue à rouler dans sa bonne vieille Saab de 14 ans. Il gère aussi l’ONG Local Solutions Development Group en Éthiopie, donne des conférences et, enfin, aime jouer au guide pour les écoles sur sa fameuse ferme urbaine à Bruxelles. 

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